Dominic Sillon et Martin Cloutier ont présenté leur cinquième spectacle, celui de leurs 25 ans d'association, samedi soir au Vieux Clocher de Magog.

Juste Dominic et Martin: Bien... mais peuvent mieux faire

CRITIQUE / Le plus récent spectacle de Dominic et Martin est très bien. Disons B +. C’est dire qu’ils peuvent mieux faire… et ils l’ont déjà fait, comme dans leur précédent tour de scène Fou.

L’intention de départ est bonne et louable : souligner les 25 ans de leur duo en retournant à ce qu’ils faisaient à leurs débuts, soit du stand-up comic pur et dur. Pas de personnages, ni de sketchs, ni de metteur en scène extérieur. Un dialogue de 90 minutes, sans pause. Il faut beaucoup de souffle et de rythme pour relever tel défi. Et ça, ils l’ont.

C’est davantage la valeur des thèmes et des blagues qui fait parfois défaut. Ces derniers diminuent d’intérêt à mesure que la prestation avance. Les 30 dernières minutes sont nettement les moins puissantes.

Or, pour tenir un public dans sa main durant une heure et demie, il faut constamment du matériel très fort et sans faille. Et il y a toute une génération de jeunes humoristes qui a placé la barre très haut ces dernières années.

La réaction du public était d’ailleurs un bon indicateur samedi soir au Vieux Clocher de Magog. Des rires francs, plus tranquilles par moments, mais pas de véritable délire. Le spectacle s’est terminé par une ovation, mais on ne peut pas parler d’enthousiasme.
Il faut dire que la finale est tellement sèche et imprévue… On percevait beaucoup de « ça finit vraiment comme ça? » dans les regards.

Cocoquoi?

Heureusement, la soirée commence bien. La dynamique du duo comique, que Dominic Sillon et Martin Cloutier possèdent sur le bout des doigts, est en action dès les premiers instants, les pitreries, bêtises et emportements du premier déstabilisant sans cesse les interventions du second. La partie où Dominic prend constamment les propos de Martin au pied de la lettre, les interprète mal ou déforme les locutions usuelles, est vraiment un beau flash. On en aurait pris davantage.

Idem pour le ras-le-bol avec les restaurants de déjeuner qui font des jeux de mots. « Cocolissez-nous patience! » rétorque Dominic. Son imitation de pruneau et de grand-mère qui se crache dans les mains éveille le désir d’un peu plus d’humour physique de sa part.

Si la dynamique de l’auguste et du clown blanc fera toujours en sorte que Dominic Sillon occupera l’essentiel de la glace, on sent le souci du tandem de ne pas en rester prisonnier et de donner un peu plus d’espace à Martin. D’ailleurs, la plupart des interventions de ce dernier, notamment son délire de patates pilées ou lorsqu’il rive le clou de son impertinent partenaire, agissent telle une soupape. À explorer davantage, surtout que Martin, sous ses dehors de straight man, est un gars aussi drôle que son coéquipier.

On sent quand même la prestation bien rodée, les quelques digressions que se permet Dominic étant vite rattrapées, même lorsqu’un trou de mémoire se pointe.

Attention aux grosses questions

C’est davantage vers la fin, alors que ces champions de l’autodérision et des travers du quotidien se mouillent dans des sujets plus sociaux (le traitement des handicapés, l’extrémisme, le végétarisme), que leurs observations font moins mouche. Ils ont semblé moins inspirés lorsqu’ils se sont approchés de plus grosses questions, notamment dans leurs exagérations, lesquelles ont eu moins d’effet.

Juste Dominic et Martin est un spectacle encore jeune, qu’il sera possible de bonifier (des représentations sont programmées pour un an encore). Il fera peut-être aussi prendre conscience au duo qu’un regard extérieur et un matériel plus varié valent l’investissement, dans leur cas, pour qu’ils puissent donner leur pleine mesure.

On leur souhaite, en tout cas, car ces gars-là ont mérité largement leur place sur la scène humoristique québécoise et sont même devenus nécessaires dans le spectre de plus en plus garni de leurs homologues.