L’humoriste Julien Lacroix amorçait mardi soir une série de cinq représentations de son premier spectacle solo Jusqu’ici tout va bien, au Vieux Clocher de Magog.

Jusqu’ici tout va bien de Julien Lacroix : les qualités et défauts de sa jeunesse

CRITIQUE / Le premier spectacle solo de Julien Lacroix est à l’image de l’idée qu’on se fait du personnage : talentueux, maîtrisé, irrévérencieux, et surtout très survolté, à la fois par sa jeunesse, sa fougue et sa nervosité. Autrement dit, si c’est la coolitude d’un Jay Du Temple qui vous fait rire, ce spectacle n’est pas pour vous.

Mais si vous aimez particulièrement être mitraillé de blagues sans avoir le temps de vous remettre de la précédente, si un humoriste qui hurle toutes les minutes vous fait crouler, si les énormités lancées comme si de rien n’était ne vous font pas peur, vous êtes à la bonne place.

Comprendre qu’on entre ici dans l’univers d’un artiste de 26 ans dont le talent naturel et la vivacité d’esprit ne font aucun doute, mais qui n’abaissera pas son rythme de livraison le temps que les rires s’estompent. Jusqu’ici tout va bien se déguste comme une salve de tirs rapprochés. Et si vous n’arrivez pas à suivre, c’est votre problème, il ne ralentira pas pour vous. Prenez le train ou séchez.

Même si on aurait parfois envie de dire : ça va aller Julien, ça marche, ton show. Pas besoin d’aller si vite (on perd des mots) ni de crier autant. Prends un demi-valium et ce sera aussi bon.

COMÉDIE DANS LES VEINES

Encore presque inconnu il y a trois ans, semblant sorti de nulle part, Julien Lacroix a la comédie qui lui coule dans les veines, ça se perçoit tout de suite (on se demande d’ailleurs encore pourquoi il a été refusé à l’École nationale de l’humour). Les ressorts humoristiques, il les possède, surtout celui de nous faire croire qu’il devient sérieux. On pourrait penser qu’on finit par le voir venir : mais non, il réussit toujours à prendre son public par surprise.

Et ça n’arrête jamais, même pas le temps de reprendre son souffle. Ça commence par une énumération de tout ce qu’il ne veut pas devenir dans la vie (de celui qui oublie de tirer la chasse d’eau dans une toilette publique jusqu’aux gens qui attendent l’ouverture des magasins lors des soldes d’après-Noël). Ça passe ensuite par sa famille dysfonctionnelle. Ça se termine par ses observations sur le quotient intellectuel à la baisse dans les gangs de gars (un segment très réussi d’ailleurs).

Ce qu’on finit par voir venir parfois, ce sont ses répliques où il renverse la vapeur, par exemple lorsque le meurtre de sa voisine d’appartement l’empêche de dormir. On se doute bien que son personnage aura une réaction pourrie d’indifférence et de méchanceté.

Mais belle trouvaille de dévoiler les coulisses d’un numéro, par exemple lorsqu’il livrera le punch final et avouera qu’il n’attendait que ce moment depuis le début.

SOMMETS D’IRRÉVÉRENCE

Évidemment, ses thèmes sont liés de très près à sa vingtaine. Des histoires de découverte de la sexualité, de premières blondes ou de premiers beaux-parents, qu’il réussit à pousser à l’extrême, même si son traitement n’est pas toujours au sommet de l’originalité. Il faut d’ailleurs aimer l’exagération parce que monsieur ne se gêne pas pour tout tirer par les cheveux.

Tout comme il atteint des sommets d’irrévérence envers le public. La différence est qu’il n’essaie même pas de s’excuser. Et ce ne sont pas les mineurs dans la salle (à qui il s’adresse expressément dans une portion de la soirée) qui seront épargnés. Vaut mieux laisser sa fierté au vestiaire au cas où l’impertinent bellâtre en lui vous prenne comme tête de Turc.

Des quelque 75 minutes de spectacle, Julien Lacroix excelle surtout dans le dernier numéro, où il sort des boules à mites de véritables vidéos de tendance mode qu’il a réalisées à l’âge de 10 ans. Une belle façon de retourner l’arme contre lui après avoir fait écoper l’auditoire plusieurs fois.

En prime, le public de mardi soir a eu droit au rodage d’un nouveau segment, une sorte de numéro destiné à un public anglophone mais où la langue de Shakespeare est volontairement et comiquement massacrée. À garder assurément.