Julien Lacroix présentera deux spectacles à guichets fermés les 7 et 28 mars à Drummondville et Sherbrooke. Pour l’attraper, il faut regarder aussi loin que le 23 juillet, ou alors du 27 au 31 août (Vieux Clocher de Magog), le 18 septembre (Maison des arts de Drummondville) ou le 10 janvier 2020 (Centre culturel de l’Université de Sherbrooke).

Julien Lacroix : erreur sur la personne

Trop souvent, on dit à Julien Lacroix que ses « affaires vont bien depuis un an ». Il doit y avoir erreur sur la personne : voilà quelques années que l’humoriste s’évertue à multiplier les projets sur le web, à la télé, au cinéma et sur scène. « Alors f*** you », rectifie l’acide comique dans son premier spectacle solo. « J’ai travaillé fort pour en arriver là, et Jusqu’ici tout va bien ! »

On doit l’accorder à ces mauvaises langues : la dernière année a été prolifique pour l’artiste de 26 ans. Depuis sa triple victoire aux Olivier fin 2017, Lacroix a terminé la collection de capsules web « maison » qu’il a produites depuis 2015, continué ses collaborations à la radio et dans des séries télé et web (ALT, On parle de sexe, Et si la Terre était ronde…), et tourné, monté et fait paraître son premier film, Mon ami Walid. Mais c’est le stand-up qui a noirci le plus de plages horaires dans les derniers mois de son agenda : celui qui n’a jamais fait l’École nationale de l’humour est monté sur scène exactement cent fois pour parfaire son premier spectacle solo.

Le Lacroix que l’on voit sous les projecteurs a beau passer pour un grand naïf au ton cru, celui de la rue a ciselé cet ambitieux projet avec l’ardeur d’un bourreau de travail.

« Je suis un peu intense dans la vie », d’euphémiser l’humoriste qui pouvait jouer jusqu’à six soirs consécutifs par semaine pendant cette période. « J’ai appris [à créer un spectacle complet] en jouant vraiment beaucoup. Quand j’ai vu que j’étais capable de jouer tous les soirs, je me suis dit que j’allais le faire deux fois par soir. Donc deux fois tous les soirs, je courais d’un bar à l’autre pour peaufiner, peaufiner, peaufiner… »

Les rodages de Jusqu’ici tout va bien ont commencé au surlendemain du dernier spectacle de sa tournée avec Mehdi Bousaidan. « Sauf que je n’avais pas assez de matériel pour un deuxième spectacle », laisse-t-il tomber.

Les représentations et l’écriture, donc, ont eu lieu simultanément. Les talents d’improvisateur du champion du Mondial d’improvisation de 2013 ont été souverains, de même que les coups de pouce de ses amis et complices de plume Gabriel D’Almeida Freitas et Olivier Thivierge.

Deux ou trois essais

« J’écris d’une manière qui fait que j’improvise beaucoup. J’essaie des choses, et si ça ne marche pas après deux ou trois essais, je l’enlève », au point où ce n’est qu’après 60 rodages que le principal intéressé a pu se dire satisfait. « Donc le spectacle a beaucoup évolué. Quelqu’un qui a vu le rodage pourrait être vraiment surpris; il y a de nouveaux numéros et des vidéos que je ne faisais pas encore. »

Son personnage s’annonce un chouia moins grinçant que celui qui s’est fait connaître sur le web, sans pourtant cacher son ton « rose et noir » derrière les rideaux. Le garçon propret, capable de s’aventurer sur tous les terrains glissants sans déclencher d’avalanche, y abordera des sujets tels l’alcool au volant, le handicap et l’homosexualité. Le « nigaud » sautera à pieds joints (métaphoriquement) sur un enfant et partagera le micro avec lui-même, dans une vidéo qu’il avait enregistrée à l’âge de 10 ans. En résumé : « Il n’y a pas de blagues sur le camping. »

Bref, malgré (ou grâce à) son train d’enfer, tout va bien. « Je suis pas mal certain qu’une mère monoparentale de cinq enfants me dirait : “Toi et tes petits problèmes, calme-toi le beigne!” »

La suite

L’année 2019 a été amorcée sur les chapeaux de roue — en janvier et février, Lacroix faisait en même temps la tournée de son film et de son spectacle solo. Le reste s’annonce chargé : il écrit avec Adib Alkhalidey un deuxième film et planche sur de deux projets de séries, dont une deuxième saison des Prodiges avec Yannick De Martino.

« Je pense que je ne suis même pas à 10 pour cent de ce que je vais devenir comme humoriste », estime-t-il en ajoutant que certains numéros de son spectacle ont été remisés jusqu’à ce qu’il gagne « plus de maturité ».

Les 90 pour cent restants consistent, essentiellement, en autant de séries, de spectacles, de films et de « touski » que possible. L’interprète d’Antonin, qui a eu son baptême du grand écran dans Mon ami Walid, n’exclut pas de jouer d’autres rôles dramatiques au cinéma.

« Je pense que je vais faire exprès de me mettre en danger pour apprendre de nouvelles choses. »