Certaines des oeuvres que Julie Normand expose au Célestine Café jusqu’en janvier 2019 sont suffisamment petites pour que l’artiste ait prévu une loupe à la disposition des personnes qui souhaitent découvrir tous les détails. L’exposition Reliques sentimentales compte quelques autres formats un peu plus grands.

Julie Normand : du micro aux pinceaux

SHERBROOKE — Pendant une quinzaine d’années, les Estriens ont pu entendre la voix de Julie Normand sur les ondes radio, d’abord à CIMO (précédent nom d’Énergie), puis à CFLX et pendant presque une décennie à Rythme FM. Parallèlement, cette passionnée des communications animait à la télé communautaire et à MATv, quand elle n’incarnait pas un des personnages du tour guidé Traces et souvenances (ce qu’elle fait d’ailleurs encore).

Mais d’aucuns ignorent peut-être que la Sherbrookoise entretenait aussi en parallèle un talent pour la création en arts visuels. Son absence du milieu des médias depuis cinq ans lui a justement permis de renouer avec cette passion qu’elle avait mise en veilleuse pour exercer ses autres activités professionnelles et pour fonder une famille.

Il faut dire que sa mère est Colette Genest, une artiste qui a enseigné les arts plastiques à des générations d’étudiants au Cégep de Sherbrooke, aux côtés des Claude Lafleur et Jacques Barbeau.

« Le dessin et la peinture ont donc toujours été présents chez moi. Ma mère a fait un retour à l’École des beaux-arts quand j’étais encore enfant et elle m’y emmenait. Elle doit avoir quelque part dans ses souvenirs les premières linogravures que j’ai réalisées en la suivant là-bas. Comme j’étais fille unique, je dessinais souvent de grosses, grosses familles, se remémore Julie Normand en souriant. Plus tard, j’ai fait mon cégep en arts plastiques et j’ai eu ma mère comme professeure. J’ai bifurqué à l’université, en choisissant d’aller en option théâtre. C’est ce qui m’a amenée aux communications, lorsque j’ai commencé à jouer dans des publicités locales. »

La résiliation de son contrat à Rythme FM en 2014 a toutefois été un très dur coup à encaisser et Julie Normand n’hésite pas à dire que la création a été une des bouées lui ayant permis de passer à travers cette épreuve.

« J’avais recommencé un peu auparavant, grâce à mes enfants, qui demandaient à leur maman de leur faire un dessin aux Crayola. Je me suis aperçue que la passion était encore là. »

Influencée par les couleurs vives des œuvres de son fils et de sa fille, Julie Normand a débuté par les marqueurs. Dès l’automne 2013, elle présentait une première exposition à la Maison des arts et de la culture de Brompton.

« Quand est venue la coupure avec la radio, j’ai éprouvé le désir de continuer à me réaliser et, à défaut d’un micro, ce furent les pinceaux. Depuis cinq ans, je dois avoir participé à une trentaine d’expositions. Exposer est ma motivation pour peindre, pas dans une recherche d’approbation, mais pour avoir un but. »

Du plaisir dans la minutie

C’est donc Julie Normand qui a sollicité Clément Drolet, du Comité Arts et culture Jacques-Cartier, pour vérifier si elle ne pourrait pas être invitée au Centre Françoise-Dunn.

« Quand il a vu mon projet de miniatures, il m’a répondu en riant que son espace d’exposition était bien trop grand », raconte celle qui s’est finalement retrouvée, grâce au concours du directeur artistique, au Célestine Café, avec une vingtaine de minuscules tableaux à l’acrylique. D’anciennes créations, de formats d’environ 60 cm2, complètent cette exposition baptisée Reliques sentimentales.

Julie Normand a découvert les miniatures en lisant le curriculum vitae de la peintre sherbrookoise Chantal Julien. « J’ai vu que ça existait, des Internationales d’art miniature! C’est très long à réaliser, mais j’ai quand même eu un coup de foudre. Pour moi, l’intérêt est à peu près le même que celui d’un bijoutier : l’œuvre devient comme un petit trésor. J’éprouve du plaisir dans cette minutie. C’en est presque hypnotique ou méditatif. »

Depuis cinq ans, le thème de la femme se retrouve au cœur des peintures de Julie Normand. « J’ai toujours aimé représenter la réalité des femmes, comme la maternité, mais aussi des images proches de choses ou de sentiments que j’ai vécus. »

D’ailleurs, uns des plus grandes toiles figurant dans Reliques sentimentales, intitulé En chute libre, fait référence à son départ forcé de la radio. « À cette époque, je me suis mise à peindre des femmes qui tombent... mais aussi qui lâchent prise. Ça exprime des choses, mais je préfère que les gens inventent leurs propres histoires. »