Les frères Réjean et André Brunet font maintenant tous deux partie du groupe trad Le Vent du Nord. Avant de gagner l’Europe pour une série de spectacles en janvier, ils multiplient, au Québec, les représentations de Solo!, bâti conjointement avec les membres du groupe De Temps Antan.

Joyeux temps trad

Il n’y a pas l’ombre d’un Grinch dans le sourire franc des frères Brunet. André et Réjean mettent chaque année le pied dans le mois de décembre avec enthousiasme. Et impatience. « On fait probablement partie des plus grands fans de Noël », assurent les deux musiciens, qui ont appris enfant, et ensemble, à décrypter les partitions.

« Notre père et son frère faisaient de la musique ensemble, rappellent-ils. On est tombés là-dedans tout naturellement. »

Chacun de leur côté, ils ont ensuite fait leur bout de chemin dans le milieu de la musique traditionnelle. André avec La Bottine souriante puis avec De Temps Antan, Réjean avec La Volée de castors et, depuis 11 ans, avec Le Vent du Nord.

L’an passé, ils se sont retrouvés sur la même scène dans un projet scénique unique qui réunissait De Temps Antan et Le Vent du Nord.

La série de spectacles, couronnée de succès, appelait une suite. Les deux groupes se donnent rendez-vous cette année encore pour un deuxième chapelet de représentations et l’enregistrement d’un disque, en janvier.

Les deux frangins, eux, ont en quelque sorte scellé leurs retrouvailles musicales. André fait désormais partie du Vent du Nord.

« Quand la possibilité de jouer au sein de La Bottine s’est présentée à moi, en 1997, j’ai plongé, se souvient-il. C’était un groupe mythique, celui qui m’avait accompagné en musique pendant mes années de cégep. Je ne pouvais pas dire non à ça, je ne pouvais pas y aller à moitié, mais j’ai toujours pensé que Réjean et moi, on ferait à nouveau de la musique ensemble un jour. »

Le Vent du Nord envisageait depuis un bon moment déjà à recruter un deuxième violoniste. Et André avait un agenda qui lui permettait de se consacrer à temps plein à un nouveau projet. Le maillage allait de soi. 

En janvier, le groupe filera en avion pour une série de spectacles à l’étranger. La France, l’Écosse, l’Irlande, le Danemark, les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande sont quelques-uns des endroits qui attendent la visite du sympathique quintette au cours des prochains mois.

Solo! à huit

Mais avant tout ça, il y a Solo!, le spectacle né l’an dernier du désir de marier l’univers du Vent du Nord à celui De Temps Antan qui reprend la route dans le temps des Fêtes.

« On a appelé ce show Solo!, mais en fait, tout est collectif dans ce projet-là. On l’a tissé ensemble, à huit. »

Et sous le regard précieux du conteur Michel Faubert, qui signe la mise en scène.

« Michel est non seulement une référence dans le domaine du trad, c’est aussi un artiste qui écoute de tout, absolument de tout, jusqu’à la musique punk. Son univers est donc riche de toutes ces influences. »
Le spectacle collectif qu’ils ont forgé tous ensemble regroupe des chansons originales des deux groupes, mais aussi quelques classiques de notre répertoire pure laine, tout québécois.

« Ce qu’on voit, ce qu’on constate, c’est que la musique traditionnelle est une formidable rassembleuse. 

Les gens viennent en gang et en famille. Ils chantent, ils tapent du pied, ils dansent. Dans nos spectacles, l’ambiance est toujours festive », note André.

À huit sur scène, les musiciens ont dû, eux, apprendre à moduler leur enthousiasme, à miser sur la nuance.

« On a des violons, des accordéons, un harmonica, des guitares, un bouzouki, une mandoline, une vielle à roue, une guimbarde, une basse, un piano, plusieurs voix. On veut remplir l’espace sonore, mais pour que ça reste audible, il faut doser le tout, orchestrer les instruments pour qu’on perçoive la richesse de chacun. L’exercice a été vraiment intéressant à faire », mentionne Réjean.

Musique de saison

Chaque année, la question revient. Inévitable comme le père Noël au centre commercial. Pourquoi la musique trad québécoise se consomme-t-elle essentiellement pendant la saison des atocas et de la tourtière?

« Cette association entre musique traditionnelle et temps des Fêtes dure depuis des décennies. D’autres avant nous ont essayé de renverser ça. Je pense à Yves Lambert, par exemple. Jusqu’ici, ça n’a pas beaucoup changé », remarque André.

Peut-être parce qu’elle fait partie d’un passé dont on a voulu se distancier?

« On a peut-être sacrifié le bébé avec l’eau du bain... La musique traditionnelle fait pourtant partie de notre patrimoine vivant, de nos racines à nous, remarque Réjean. Comme d’autres groupes trad, c’est certain qu’on aimerait que notre musique soit écoutée ici en tout temps et pas seulement en décembre, mais ce n’est pas notre cheval de bataille. Ce qu’on fait est tellement bien accueilli à l’international, on ne peut pas se plaindre. On joue dans de gros festivals, sur de belles scènes, devant des publics emballés pour qui notre musique transporte un brin d’exotisme. »

Ici, au Québec, ils remarquent tout de même qu’une nouvelle génération découvre leur répertoire avec emballement.

« Les jeunes qui ont entre 20 et 35 ans n’arrivent pas avec les mêmes a priori. Ils n’ont pas connu la Soirée canadienne. Pour eux, la musique trad ne rime pas avec ceinture fléchée. »
Le hic, c’est qu’ils ont rarement l’occasion de la côtoyer. Le grand pas à faire, le nerf de la guerre, c’est la diffusion. C’est un élément essentiel. Les radios font très peu tourner les chansons des groupes trad québécois. C’est difficile de se faire connaître auprès des plus jeunes, qui n’ont pas nécessairement le réflexe d’aller voir le spectacle d’un groupe qui fait une musique qu’ils n’entendent jamais, sauf quelques jours à la radio, à la fin du mois de décembre. »

Vous voulez y aller?

Solo!
Avec Le Vent du Nord et De Temps Antan
Jeudi 28 décembre, 20 h 30
Vieux Clocher de Magog
Entrée : 37 $