La réalisatrice Mariloup Wolfe était de passage à Sherbrooke mardi avec l’équipe du film Jouliks. Sur la photo, elle est accompagnée de la scénariste Marie-Christine Lê-Huu (assise à ses côtés) et des acteurs Jeanne Roux-Côté, Victor Andrés Trelles Turgeon et Lilou Roy-Lanouette.

Jouliks : Mariloup Wolfe répond aux critiques [VIDÉO]

De passage à Sherbrooke pour la présentation de son film Jouliks, la réalisatrice Mariloup Wolfe a répondu aux critiques qui l’accusent de faire du « racisme romantique envers les Roms » avec sa dernière œuvre.

Jouliks, dont la sortie en salle est prévue le 1er novembre, raconte l’histoire de Yanna, enfant de 7 ans dont la vie hors norme avec ses parents, Zarek et Véra, prendra un tournant dramatique. L’histoire est campée dans le Québec des années 1970.

Mardi matin, au micro de Patrick Masbourian à Tout un matin, le metteur en scène Serge Denoncourt et la journaliste Lela Savic se sont dits indignés par « les préjugés véhiculés » sur la communauté rom dans le film. Dans une entrevue avec le journaliste de La Presse Marc Cassivi, Dafina Savic, la directrice et fondatrice de Romanipe, organisme de défense des droits de la personne des populations roms, s’est également dite déçue par Jouliks.

« Il y a beaucoup de choses problématiques dans le scénario. Il est bourré de préjugés, véhicule des stéréotypes et propose une représentation erronée de la population rom », dénonce entre autres Dafina Savic lors de l’entrevue.

Le personnage du père, Zarek, était effectivement un Rom dans le scénario original. Mais après une rencontre avec la directrice de Romanipe, l’équipe du film a décidé d’enlever toute référence à cette communauté. Mais le « caractère rom » du scénario a été conservé, affirme Mme Savic.

« C’est clair qu’on parle des Roms », souligne la militante toujours en entrevue avec La Presse. Elle pointe entre autres la musique tzigane et les danses traditionnelles aperçues dans une scène. Aussi, dit-elle, le titre fait clairement référence à la population rom, « jouliks » étant un terme péjoratif pour la désigner.

Mme Savic conclut en affirmant que les stéréotypes véhiculés dans le long-métrage contribuent à déshumaniser les populations roms, qui sont toujours parmi les populations les plus discriminées en Europe.

« Un conte pour adultes »

En entrevue avec La Tribune, Mariloup Wolfe s’est défendue de véhiculer une image préjudiciable de la population rom dans son deuxième long-métrage. « C’est malheureux parce qu’on a eu le désir d’avoir un échange avec cette communauté. On a eu un dialogue avec eux, on a ajusté des inconforts. On en a ajusté beaucoup et je pensais honnêtement que ce serait suffisant, mais je vois aujourd’hui que ce ne l’était pas. J’entends leur déception et leur colère », souligne d’emblée la réalisatrice.

Tiré de la pièce du même nom écrite par Marie-Christine Lê-Huu, Jouliks traite d’amour, d’éducation et d’écart identitaire, soutient Mariloup Wolfe.

« Le sujet du film, ce n’est pas la communauté rom. Elle n’est jamais nommée et nous avons retiré tous les termes péjoratifs par respect pour eux. Il y a seulement deux scènes dans le film qui présentent cet imaginaire dont on parle, explique-t-elle, en faisant référence à une scène de danse. Peut-être que ce sont des stéréotypes que la population rom n’aime pas qu’on véhicule, mais ça reste un conte pour adulte, une fiction. On montre quand même une famille traditionnelle québécoise dans le film et le stéréotype de la grand-mère québécoise des années 1970 y est également. »

Selon Mariloup Wolfe, le personnage de Zarek représente un esprit libre, un bohème.

« Il ne faut pas se tromper entre un personnage et une communauté. Ce qu’on voulait exprimer, c’était une liberté, un couple qui décide de vivre en marge et d’élever une enfant d’une autre façon [...] Nous avons campé ce personnage dans une espèce de vie libre qui représente un peu cette communauté, on ne nie pas ça. Mais nous avons fait notre travail de recherche aussi... Quoi qu’il en soit, je suis ouverte à la discussion. C’est l’occasion de réfléchir à jusqu’où doit-on polir une histoire que l’on veut raconter pour faire plaisir à des communautés », se questionne la réalisatrice.

À propos du nom, Jouliks, jugé péjoratif, Mariloup Wolfe explique qu’il a été choisi par l’auteure Marie-Christine Lê-Huu, alors que les Roms n’avaient encore jamais été évoqués dans le livre.

« Dans l’histoire de base de la pièce, Zarek est décrit comme un nomade. Sans plus. Et il y a une chanson de Bratsch, Joulik, qui voulait dire ‘‘j’aime un voyou, maman’’. C’est de là que vient le nom. Il n’y a pas de connotation péjorative, tout a été fait avec une bonne intention », résume celle qui porte le titre de réalisatrice depuis plus de 10 ans.