Grâce à un entraînement physique constant et à son passé de sportif, Hugo Giroux, qui donne ici la réplique à Mélanie Pilon dans le rôle de Roxanne, relève le défi d’incarner Cyrano de Bergerac dans une tournée d’une centaine de représentations. Le spectacle, monté par la compagnie La Comédie humaine, fait halte à Sherbrooke mercredi soir.

Jouer un être plus grand que tout

Vous souvenez-vous des publicités « réconfort » du lait, il y a une dizaine d’années? Notamment celle où le comédien Guy Nadon racontait, à l’époque où il jouait Cyrano au théâtre, comment il s’écroulait parfois en larmes lors de ses sorties de scène, momentanément écrasé par la charge d’énergie et d’émotions nécessaire au rôle, réconforté par une amie costumière qui lui permettait de retrouver son aplomb?

Non, Hugo Giroux, qui enfile depuis octobre ce rôle que tout acteur rêve d’incarner au moins une fois, ne craque pas à chaque pause en coulisses. Mais si cela n’était de la discipline de vie qu’il s’impose, sans doute qu’il n’aurait pas eu l’endurance pour tenir durant la centaine d’escales que compte la présente tournée de la compagnie La Comédie humaine.

« Je crois qu’il reste encore une trentaine de dates. Nous faisons plusieurs matinées scolaires, et c’est arrivé plusieurs fois qu’il y ait deux représentations par jour. La semaine dernière, on en a fait sept en cinq jours et je t’avoue qu’on en a tous ressenti les effets! J’ai heureusement mon passé sportif pour m’aider », raconte le comédien, qui, en plus, intercalait les tournages de District 31 à travers tout ça (il y incarne l’enquêteur Normand Auclair) et aurait sans doute fait davantage d’apparitions dans la série télé cette année sans ses obligations théâtrales.

« La multiplication et l’impact des enjeux font de Cyrano un personnage qui permet à son interprète de traverser à peu près toutes les gammes d’émotions. C’est un homme qui nous fait croire que tout est possible, parce qu’il est imbattable et impressionnant physiquement. Il est en verve tant dans ses mots qu’avec ses armes. Comme acteur, il faut assurer tout ce panache. Alors, oui, je suis tout à fait d’accord avec Guy Nadon! »

Hugo Giroux estime qu’il avait à peu près 10 ans quand il a découvert Cyrano, au théâtre et au cinéma, et qu’il a commencé à rêver de l’incarner.

« C’était la première fois que je pouvais associer un personnage à mes espérances dans la vie (disons que, sans être laid, j’ai toujours senti que mon nez avait une bonne place dans mon visage). Cyrano porte en lui l’absolu, l’amour, la passion, l’amitié, le souci de se faire respecter, la fierté, les mots, la connaissance, le raffinement, l’intelligence sans être faux-cul… Ce sont des émotions valeureuses, dont plusieurs ont été un peu oubliées à notre époque. »

« Cyrano, cet être qui est plus grand que tout, tout en restant mortel », résume-t-il.

lettre d’excuse

Étant donné qu’une partie du public de la tournée est adolescent, la pièce, mise en scène par Michèle Deslauriers, a été ramenée de 180 à 100 minutes environ. « Les gens qui l’ont déjà vue dans son entièreté remarqueront les passages enlevés, mais l’essentiel est encore là », mentionne Hugo Giroux, qui a pu constater que, pour plusieurs jeunes spectateurs, il s’agit d’une première expérience au théâtre.

« Ce n’est pas évident pour tous de commencer par une œuvre aussi grandiose, à l’époque des réseaux sociaux. C’est arrivé une fois ou deux que les ados ont manqué de respect. J’ai même fait allumer les lumières à la fin pour leur dire qu’ils avaient été horribles. Nous avons reçu ensuite une lettre de leur part où ils se sont excusés. »


«  Cyrano est un homme qui nous fait croire que tout est possible.  »
Hugo Giroux

« Mais à 99 pour cent du temps, nous avons une très belle écoute. Ceux que nous avons rencontrés sont impressionnés par notre mémoire, mais comme ils ont pour la plupart déjà lu le texte, ils connaissent les enjeux et y sont très sensibles. »

Sublimer l’intimidation

Un des angles justement choisis en classe pour actualiser l’histoire pour la nouvelle génération, c’est de souligner que Cyrano est une victime d’intimidation.

« Une phrase qui nous a accrochés, Michèle Deslauriers et moi, c’est lorsque Cyrano dit que sa mère ne l’a pas trouvé beau. C’est vraiment le genre de mots qui peuvent avoir un très grand impact sur la suite d’une vie. Mais Cyrano a compensé cette faible estime non pas en s’enfermant chez lui mais en se forgeant une personnalité hors du commun, par son intelligence, son écriture, ses habiletés physiques pour se défendre et sa capacité de cerner l’esprit humain. La seule chose qu’il lui manquait, c’est de croire qu’il pouvait séduire quelqu’un, même s’il a gardé toute sa sensibilité et sa tendresse. »

Quant à au roc, au pic, au cap, à la péninsule de Cyrano, décision a été prise de ne pas affubler Hugo Giroux d’un faux nez, mais de plutôt souligner le sien par le maquillage, à l’aide de traits et d’ombres.

« Financièrement, une prothèse est assez coûteuse, et pour en avoir discuté avec Patrice Robitaille, qui a joué le rôle au Théâtre du Nouveau Monde en 2014, le risque qu’elle se décolle, à cause des mouvements et de la sueur, était un stress de plus. Je suis bien content de ne pas en avoir. »

Vous voulez y aller?

Cyrano de Bergerac
Mercredi 27 mars, 20 h
Salle Maurice-O’Bready
Entrée : 44 $ (étudiants : 34 $)