Concepteurs d’effets spéciaux, Carlo Harrietha et le Sherbrookoise d’origine Jean-Mathieu « Jib » Bérubé ont travaillé sur le plus récent long métrage de Robin Aubert, Les affamés.

Jouer avec le feu selon Les Blood Brothers

Le tournage du film Les affamés de Robin Aubert (en salles vendredi) a été une « belle guerre de tranchées » pour les créateurs d’effets spéciaux Jean-Mathieu « Jib » Bérubé et Carlo Harrietha.

« Tout a été filmé à Ham-Nord, souvent dans des coins reculés, en forêt, avec peu d’électricité. Il fallait transporter nos machines hydrauliques, nos machines à fumée, etc. Créer de la brume dans de pareilles conditions, c’était tout un défi! On devait courir partout avec nos dispositifs à boucane, dans un vent infernal! Mais c’était un beau plateau, un projet dont on avait envie et sur lequel on a travaillé avec le concepteur de moulages et de maquillages Érik Gosselin. »

« Le film de Robin n’est pas un film de zombies traditionnel. Il y a des séquences qui sont très graphiques, où le faux sang gicle en abondance, mais il a aussi une portée poétique. Notre défi, c’était de trouver le bon niveau d’horreur. Le résultat est au-delà de nos espérances », explique Jib, qui baigne dans la pellicule et l’image depuis plus d’une quinzaine d’années.

« Carlo et moi, on a commencé à s’intéresser aux effets spéciaux en réalisant nos courts métrages. On avait peu de moyens. Il fallait tout faire nous-mêmes. On était vraiment bons et on aimait ça », ajoute le Sherbrookois d’origine.

Après avoir apporté leur expertise sur le plateau du long métrage Turbo Kid, les deux amis ont décidé de jouer la carte des effets spéciaux à temps plein, il y a trois ans.

Avec Matisse Contant, qui s’occupe davantage du volet administratif, ils ont fondé l’entreprise Effets spéciaux Blood Brothers FX.

« On a un grand souci de l’image, étant donné qu’on a chacun de l’expérience derrière la caméra. On est assez autodidactes, on est capables de "penser en dehors de la boîte". Cette manière différente de voir les choses nous distingue. C’est une profession où on n’a pas le choix d’être créatifs et débrouillards, de toujours approfondir nos connaissances. On fait de la menuiserie et de la soudure, on manipule du propane, on opère de l’hydraulique. »

Leurs locaux de Saint-Valérien-de-Milton sont un véritable laboratoire, où ils font leurs tests. « C’est plus simple à la campagne. On ne pourrait pas expérimenter nos lance-flammes dans un stationnement de Montréal. »

Du feu et de l'ambiance

L’imaginatif duo se spécialise en pyrotechnie, mais aussi dans les scènes d’explosions et d’impacts par balles.

« Ces temps-ci, on s’amuse à chorégraphier des explosions en fignolant tous les détails. Mais une grande partie de notre travail consiste à créer des effets invisibles, qui vont ajouter de l’atmosphère au film, mais que le public ne remarquera pas nécessairement. De la pluie, du vent, une tempête, une porte qui s’ouvre par exemple. Une simple scène de feu de camp, qui peut prendre quatre heures à tourner mais ne durer qu’une minute, exige de créer un feu constant et artificiel, qui se ressemblera dans toutes les séquences », explique le concepteur de 37 ans.

Qu’ils créent de l’extraordinaire ou qu’ils habillent le décor d’ambiance, la prudence est non négociable pour les Blood Brothers. « On en donne le plus possible à la caméra, mais toujours de façon totalement sécuritaire », insiste Jib.

Le film américain Small Crime (sur Netflix), le film de genre Game of Death, La petite fille qui aimait trop les allumettes et La Bolduc sont quelques-unes des productions sur lesquelles les Blood Brothers ont récemment mis leur griffe. « Chacun nous amène dans des univers complètement différents. Chacun a ses défis. C’est ce qui nous plaît. »
Le duo a aussi réalisé un clip pour le groupe Canailles (Rendez-vous galant) et il s’apprête à prendre l’autobus pour sillonner les rues de Montréal. « C’est un gros projet qu’on mène pour le 375e de la ville. On a repeint et décoré un autobus touristique à deux étages, façon zombie. Il se promènera dans la ville dès samedi. »

Dès le mardi 17 octobre, à 19 h, Ztélé rediffuse la série Les Blood Brothers, dans laquelle on suit le quotidien de ces fabricants d’extrême.