Johanne Côté
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Johanne Côté : Revaloriser la matière... et l’histoire

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
Par la création d’œuvres contemporaines, l’artiste en arts visuels Johanne Côté souhaite avant tout reconnecter avec la matière brute. Lacet usé, canette en métal, bobine de fil, ruban à cassette : « tous les matériaux méritent une seconde vie et portent en soi une histoire à raconter ».

Celle qui est aussi graphiste de formation a été initiée à la couture dès son enfance. Aujourd’hui membre du Cercle des Fermières du Québec et artiste, elle trouve en l’art manuel et textile une façon de préserver les objets tout en créant un contraste avec l’instant présent.

« Personnellement, j’aime l’idée qu’il y ait une histoire, une âme, derrière les objets. Je les sors de leur utilité quotidienne, je les choisis pour leur côté esthétique et je les amalgame ensemble pour créer quelque chose de nouveau, une œuvre unique qui porte un message. »

La Sherbrookoise incorpore notamment du ruban à cassette dans sa technique traditionnelle de tissage, ce qui ajoute un effet métallique et industriel à ses œuvres. Elle s’intéresse également aux différents systèmes de communication, tels que le code morse et le braille, qui peuvent, discrètement ou non, s’insérer dans une série de motifs.

Dans son atelier, Johanne Côté nourrit entre autres ses idées des souvenirs qui jaillissent lorsque certaines personnes viennent à la rencontre de son art. « Le regard posé sur l’œuvre est toujours influencé par l’âge et la mémoire de ceux qui la regardent. Les personnes plus âgées se rappellent des moments d’enfance, elles sont parfois dans la nostalgie. En revanche, le public plus jeune se pose des questions sur l’évolution de certains objets », mentionne-t-elle.

Elle ajoute que l’inspiration lui vient aussi de façon parfois tout à fait anodine. « L’idée d’insérer du code morse dans ce que je fais par exemple m’est venue simplement en regardant un vieux linge à vaisselle qui présentait un modèle répétitif. Sinon je trouve beaucoup de matériaux inspirants dans les magasins de revalorisation », révèle-t-elle.

« Ce que je trouve aussi intéressant dans les objets dits plus vintage, c’est que les gens prenaient le temps de les fabriquer correctement, avec amour. Si on fait attention à ces objets, ils se conservent dans le temps. Aujourd’hui, disons que j’ai quelques bémols concernant notre société de consommation et les matériaux qui sont utilisés quotidiennement », confie celle qui accorde une importance particulière à la réduction, le réemploi ainsi que le recyclage.

Jouer pour admirer davantage

Présentement, Johanne Côté travaille à la conceptualisation d’une exposition à venir qui lui permettra de collaborer avec des personnes non voyantes. À l’aide de vieux dominos, de jeux de société en bois, de boutons à pression et de tous les objets qui lui tombent sous la main, elle crée de l’art textile basé sur l’alphabet braille.

« Dans mes plus récentes créations, il y a des mots qui sont cachés. Je les rends accessibles par une légende qui permet de déchiffrer le message. Je veux qu’il y ait une première lecture qui soit esthétique, puis une seconde qui demande que l’on prenne le temps de s’y attarder sous forme de jeu », explique-t-elle.

Pour y arriver, elle bénéficie d’un soutien financier obtenu grâce à l’Entente de partenariat territorial en lien avec la collectivité de l’Estrie qui a pour objectif de stimuler la création artistique. Toutefois, comme ses œuvres nécessitent d’être manipulées, la pandémie de la COVID-19 vient freiner son élan. 

« Évidemment, l’exposition est reportée à plus tard pour des raisons évidentes. Je prends donc le temps d’explorer de nouveaux matériaux et de tester de nouvelles idées. J’en profite également pour parfaire certaines techniques et suivre des formations. La revalorisation de la matière et de l’histoire, ça se traduit d’abord par le savoir-faire », résume-t-elle.

L’Entente de partenariat territorial en lien avec la collectivité de l’Estrie est un soutien financier du Conseil des arts et des lettres du Québec et de la Ville de Sherbrooke. L’exposition à venir en collaboration avec des personnes non voyantes se nomme « Visible, invisible ».