L’humoriste Jérémy Demay a fait salle comble vendredi soir à la salle Maurice-O’Bready

Jérémy Demay rit de (et avec) son public

CRITIQUE / La grande force de Jérémy Demay, celle qui lui a permis de remplir à craquer la salle Maurice-O’Bready vendredi soir, c’est probablement sa capacité à interpeller son public et à l’intégrer à son spectacle.

À la fin de la représentation, des personnages secondaires étaient nés tout naturellement dans la salle, comme le couple de Robert et Christina et celui de Maxime et Sandra, des Estriens qui avaient probablement prévu aller voir un spectacle tranquillement, sans penser qu’ils auraient droit à des running gags sur leur vie sexuelle qui se répéteraient tout au long de la soirée.

Les interactions entre l’humoriste et ses admirateurs ne se sont pas arrêtées là : il a accordé, sur scène, un long et malaisant câlin à un certain David du public, et affirmé au plus jeune membre de l’auditoire (Émerick, 13 ans) qu’il ne devait jamais cesser de croire en lui.

Oui, vraiment, il y a quelque chose dans l’attitude du Québécois d’adoption (Français d’origine) qui lui permet de sacrer après plusieurs membres de l’auditoire et de rire de la ville de Wotton devant des Wottonnais tout en restant sympathique.

Pour éviter de sombrer dans la catégorie des « maudits Français », Demay professe son amour des Québécois en imitant avec brio les divers types de rots émis par un mononcle qui boit sur une plage dans le Sud ou les mouvements prudents d’une matante qui s’avance dans les vagues de Cuba sans mouiller sa permanente. On sent une tendresse, un amour pour les gens desquels il se moque.

Jérémy Demay a également utilisé l’argument « musique » pour conquérir son public : chacune des deux parties du spectacle se terminait par une chanson – une reprise du Temps des cathédrales, pour raconter un examen de la prostate, et une d’On va s’aimer encore qui se voulait un vrai ode à la masturbation.

Jérémy Demay a le don de mettre son public de bonne humeur, et lui a même fait entonner des chansons pour le réchauffer au retour de l’entracte (allant des Colocs jusqu’à Hey Baby de Bruce Channel).

Vive la vie

De son propre aveu, Jérémy Demay a décidé d’appeler son spectacle Vivant alors qu’il a réalisé à la suite d’un long travail sur lui qu’il lui importait d’être vrai, de ne pas cacher ses travers, d’accepter l’inéluctable mort et de réaliser que sa vie est un résultat des choix qu’il a faits.

Les remarques glissées à ce propos tout au long du spectacle créaient un fil conducteur agréable pour naviguer à travers les blagues, anecdotes et imitations de l’humoriste, mais le spectacle a pris une toute autre tournure lors des remerciments, qui se sont étirés en un discours motivateur sur l’importance de croire en soi, qui – bien que le message était louable – détonnait un peu avec l’ensemble. La chanson au piano de la fin offrait également une étrange conclusion à ce spectacle, et cadrait probablement mieux avec l’esprit de son livre de croissance personnelle La Liste qu’avec le spectacle qui venait de se dérouler devant les yeux du public. Quoi qu’il en soit, Jérémy Demay est ressorti triomphant de son passage au centre culturel : les Estriens ont ri jusqu’au bout.

Comme mot de la fin, bravo à l’humoriste Alexandre Douville, qui a assuré une première partie très brève mais très drôle : on en aurait pris davantage...