Vincent Beaudoin, claviériste bien connu à Lac-Mégantic et photographié dans son studio personnel, dit jouer maintenant par plaisir, lui aussi au service de la musique.

Jean-Marc De Raeve et le Trio Soul Station : Sextupler le plaisir de la musique

Ils auraient bien pu se dénicher un bon petit restaurant, dans un coin bucolique et inspirant de l’Estrie, pour se réunir et dialoguer, en toute intimité, sur leurs passions communes, la musique et la chanson. Ils ont préféré se rencontrer sur une scène — six amis au Festival Saint-Zénon, à la petite église blanche de Piopolis — afin d’ouvrir au public leur Dialogue en musique, pour partager une soirée intime à la base, une histoire d’un soir.

Il s’agit, d’abord, de Jean-Marc De Raeve (prononcez De Rave), ce troubadour du blues aux multiples influences, guitariste chevronné, vraie encyclopédie du folk et du folk revival, du rock’n roll, du jazz, du soft jazz et de bien d’autres courants musicaux. Belge qui a vécu à Détroit à l’époque du mouvement connu et reconnu du Motown, il aime parler de musique pendant des heures, au point de donner des conférences.

Il sera accompagné du Trio Soul Station, qui comptera cinq musiciens et chanteurs pour l’occasion : Simon Bergeron, batteur émérite issu d’une famille de musiciens, la chanteuse Valérie Paquet (épouse de Simon), Vincent Beaudoin,maestro des claviers bien connu à Lac-Mégantic, ainsi que deux complices invités, soit le guitariste Guillaume Gilbert et le bassiste-contrebassiste Jonathan-Guillaume Boudreau.

Voilà pour les présentations, même si, dans le milieu, ils n’en ont plus vraiment besoin. Ces six amants de la musique se sont découvert des atomes crochus en faisant de la musique ensemble, en se comprenant d’instinct, musicalement, sans être obligés de s’étudier longtemps, et prenant chaque fois beaucoup de plaisir à s’exécuter de concert...

Ils présenteront un répertoire vaste et varié. « Mais dans lequel chaque participant, à un moment ou l’autre du concert, sera touché par l’émotion, assure Jean-Marc De Raeve; chacun aura aimé au moins une fois dans sa vie un des nombreux grands succès que nous allons jouer, c’est certain! »

« On va interpréter des chansons de Pink, Elvis Presley, Ray Charles, Simon & Garfunkel, Michel Rivard, Patrick Norman, Gordon Lightfoot, Pete Seeger, Sade, James Taylor, Norah Jones, Tracy Chapman et bien d’autres, énumère Jean-Marc. Durant le spectacle, je parle beaucoup pour présenter l’histoire des chansons. »

De saint-eustache à Détroit

Jean-Marc De Raeve avait 14 ans quand sa famille a émigré de Saint-Eustache à Détroit, aux États-Unis, en 1965. Un homme là-bas l’a pris sous son aile, il jouait de la guitare acoustique avec lui, c’était l’époque de Motown, des Beatles et du folk revival.

Jean-Marc De Raeve joue maintenant de la musique que par pur plaisir.

En 2012, il s’est installé à Piopolis et y vit depuis une retraite paisible, au bord du lac Mégantic. Durant sa carrière, il a joué surtout à Mont-réal, avec un groupe hommage à Pink Floyd comptant 15 musiciens et chanteurs, mais aussi avec son propre groupe, Jay Dee Blues Band.

Maintenant, son passe-temps favori est la fabrication artisanale de guitares, ce qui nécessite précision et minutie, qualités qu’il a développées durant sa carrière professionnelle de 30 ans en aéronautique chez Air Canada.

Arranger sur place

Pour sa part, Vincent Beaudoin fait de la musique par pur plaisir. Il avoue avoir arrêté de jouer en concert pour voir grandir ses enfants, ne faisant alors que du studio.

« Quand j’ai recommencé, il y a environ sept ans, j’ai appelé deux gars, Simon Bergeron et son père Richard. Je voulais jouer avec eux », leur a-t-il demandé.

Il est bien tombé, ils venaient de perdre le pianiste de leur groupe.

« Avec ces musiciens professionnels, ce n’est que du bonheur… Le point fort de Soul Station, c’est qu’on arrange les chansons sur place, à mesure. Une chanson devient différente d’un spectacle à l’autre. On s’ajuste facilement l’un à l’autre. À trois, il y a énormément de complicité. Valérie est une chanteuse et une musicienne complète et polyvalente. On peut passer à différents rythmes, dans la même chanson, par exemple de swing à samba, à bossa. Ce ne sera pas un show de Jean-Marc, ni un de Soul Station, ce sera simplement pour le plaisir, pour l’amour de la musique. Soul Station, ce n’est pas juste un groupe de musique, mais plutôt des amis profonds. Je suis le gars le plus heureux sur Terre! »

Capables d’instinct

Finalement, Simon Bergeron, quant à lui, apprécie que le groupe ne s’enferme pas dans des interprétations rigides et fermées.

« On s’adapte. Une pièce récente d’Ariane Moffatt qu’on décide d’interpréter, ça ne sonne pas comme du Ariane Moffatt. Nous sommes un groupe de musiciens capables d’un instinct et d’une écoute musicale développés. On se laisse un espace de manœuvre, notre improvisation donne lieu à des moments magiques. Le public voit cette complicité et l’apprécie. Il y a une connivence, une chimie qui a été acquise parce qu’on se connaît très bien! On aime passer une chanson dans le tordeur… » image le batteur chevronné.

« Valérie chante, mais ce n’est pas son métier. C’est un passe-temps auquel elle est accro. Aujourd’hui, nous ne faisons que des spectacles sporadiques. Dans le passé, nous avons fait tellement de cafés-bars, d’événements privés, toutes sortes de choses. Maintenant nous nous concentrons sur des trucs qu’on aime faire. Il n’y a pas de question d’égo, c’est un vrai dialogue, un partage pour le plaisir, pour l’ambiance… On s’entend bien. Il n’y a pas de vol de vedette, on est là seulement au service de la musique. »

Pour ceux qui ont des préjugés à l’égard des artistes locaux, il est bon de savoir que Simon a déjà joué avec le Cirque du Soleil, et qu’un bassiste de leur trio est allé travailler pour Céline Dion… Vraiment pas des amateurs, ces six passionnés!