Médecin, compositeur et multi-instrumentiste, Jean-François Bélanger est l’un des rares québécois à savoir jouer du nyckelharpa. Il vient à Sherbrooke le 9 mars présenter les pièces instrumentales de ses deux derniers albums.

Jean-François Bélanger: porté par le nyckelharpa

Trois ans après avoir lancé Les vents orfèvres, Jean-François Bélanger propose «Les entrailles de la montagne», opus deux de ce qu’il a pensé et créé comme un diptyque. Les pièces instrumentales qui figurent sur ce CD tout neuf font joliment écho à celles de sa précédente galette.

« Il y a vraiment une complémentarité entre les deux projets, qui sont axés sur les influences et les instruments scandinaves. Le concept est quasiment affaire de yin et de yang. Le premier disque était plus introspectif, plus intérieur, doux et romantique, celui-ci est plutôt primal, intense, dynamique et instinctif », résume le compositeur multi-instrumentiste, qui est aussi psychiatre de profession.

« J’ai longtemps vu ces deux sphères de ma vie comme étant des trucs séparés. Maintenant, je réalise davantage le lien entre elles. Je constate que ce sont deux choses qui s’abreuvent à la même source. Pour l’une comme pour l’autre, il faut aller dans une zone similaire, celle du relationnel, du lien avec l’autre et de l’échange », explique le médecin-musicien, qui joue avec les notes depuis plus de 25 ans.

« J’ai commencé à apprendre le violon classique quand j’étais jeune. J’aimais ça, mais je n’étais pas sur ma voie. »

Il a découvert plus tard la musique trad québécoise et celtique. Révélation. « J’ai vraiment senti que j’étais dans mon élément. »

Les musiques du monde étaient une porte ouverte sur différents possibles. Les rythmes du Maghreb, de l’Europe de l’Est et de l’Inde sont quelques filons qu’il a explorés. Mais ceux de la Scandinavie l’ont happé comme aucun autre.

Entre Vikings et Louis XIV

« Jusqu’au début des années 2000, la Scandinavie a connu un grand renouveau de musique traditionnelle, principalement en Suède. C’était très effervescent. Plusieurs étiquettes sortaient des disques qu’on retrouvait en Amérique du Nord. Le son était très créatif et original. Plusieurs osaient mélanger le trad acoustique à l’électro ou au rock avec beaucoup de goût. C’était extraordinaire! Pour le créateur en moi, c’était très nourrissant. »

« Ce qui m’a touché, je pense, c’est que leur musique est très riche et variée. Souvent, la musique trad est teintée d’une seule couleur émotive. La musique cubaine, par exemple, c’est toujours joyeux, même quand les chansons racontent de tristes histoires d’amour. C’est comme ça dans plusieurs pays. En Scandinavie, ils explorent toute la palette. Leur musique a un côté baroque, comme si le XVIIe siècle s’était poursuivi jusqu’à nos jours. Certaines pièces sonnent très Louis XIV, salon chic et poudré. Et à l’autre bout du spectre, d’autres nagent dans l’intensité, avec un côté brut et guerrier, qui évoque les Vikings. Ce côté complet du tour émotif humain, c’est très caractéristique. Je n’ai pas vu ça dans les autres musiques trad. »

C’est en tendant l’oreille à un enregistrement où on entendait le nyckelharpa, instrument national de la Suède qui ressemble à un violon à plusieurs cordes et à clés de bois, que le Québécois a eu un véritable coup de cœur.

Flotte scandinave

« Le son du nyckelharpa a quelque chose de fort, de mélancolique. La première fois que je l’ai entendu, j’ai su qu’il m’en fallait un. C’est d’ailleurs l’instrument principal de mon projet double », explique celui qui a appris à en jouer de façon autodidacte.  

« C’est quelque chose à apprivoiser, mais je partais probablement avec une longueur d’avance, parce que je jouais déjà du violon. »

Un ténorharpa, au son plus solennel, un kontrabasharpa et un violon d’Hardanger complètent sa flotte d’instruments scandinaves. Une flotte qu’il promène en concert aux quatre coins de la province, parfois en solo, parfois en quatuor.  

« J’autoproduis mes trucs, je fais tout moi-même et je réalise que le monde de la musique change beaucoup. La diffusion de celle-ci, surtout. Depuis trois ans, le rythme s’accélère. Les ventes ont fondu. Ce n’est pas facile de faire sa place dans ce contexte. Comme j’ai beaucoup de plaisir à enrober la musique, à ajouter des couches, peut-être que je vais éventuellement me concentrer sur la production en studio. En même temps, je ne me plains pas, je réussis quand même à jouer une trentaine de fois pendant l’année. Il y a un sens à ce que je fais, aux efforts que je déploie. Ça me rappelle la parabole des talents : qu’est-ce qu’on fait de ceux dont on a hérité? On les enterre ou bien on fait quelque chose avec? J’ai choisi de les mettre à profit. Avoir un pied dans la musique, composer des pièces, c’est pour moi une façon de raconter une histoire, c’est une forme de communication. »

À Sherbrooke, c’est en solo qu’il viendra faire chanter ses instruments fascinants, le temps d’un concert pensé comme un beau voyage musical scandinave.

Vous voulez y aller?
Jean-François Bélanger
Vendredi 9 mars, 20 h
Concerts-maison du Vieux-Nord (1439, boul. Portland)
Entrée : 15 $ (réservations : fortin.christine@videotron.ca)

JEAN-FRANÇOIS BÉLANGER
Les entrailles de la montagne
MUSIQUE DU MONDE
Les Productions de l’Homme-Renard