L'auteur et historien Jean-Claude Germain.

Jean-Claude Germain : écrire pour déconstruire des mythes

La naissance de la confédération canadienne ne s'est pas déroulée exactement comme le croient nombre de Canadiens. Quand le pays a vu le jour, il y a 150 ans, on a davantage assisté à un mariage de raison qu'à une union d'amour sincère. L'écrivain et historien Jean-Claude Germain fait le récit de cette époque pas si glorieuse dans le tome 3 de sa série intitulée Nous étions le nouveau monde.
« Au mieux, on pourrait dire que la confédération est une union juridique, lance sans détour l'intarissable auteur. C'est une union qui s'impose par nécessité et parce que Londres espère la création d'un chemin de fer transcontinental au nord des États-Unis. »
Ayant longtemps vécu à Montréal, Jean-Claude Germain est depuis quelques années un résident à part entière de Sainte-Catherine-de-Hatley, où il habite une vieille maison entourée d'arbres et remplie de livres. L'histoire du peuple québécois continue de le passionner. Et le plaisir qu'il éprouve à la raconter est demeuré intact.
Dans les deux premiers tomes de sa série Nous étions le nouveau monde, l'auteur s'attardait aux événements qui se sont déroulés dans la foulée de la fondation de la Nouvelle-France et après la défaite des troupes dirigées par Montcalm sur les plaines d'Abraham en 1759.
Le troisième tome, intitulé Le feuilleton du ciel rouge et de l'enfer bleu, traite quant à lui des décennies qui ont suivi la rébellion des Patriotes, une période qui, de l'avis de l'auteur, a été moins explorée.
La route ayant pavé la voie à la confédération canadienne constitue évidemment une période qu'il importe d'éclairer d'une vive lumière si l'on souhaite mieux comprendre l'histoire du pays. À l'époque, toutefois, plusieurs hommes politiques se sont efforcés de rendre le plus opaques possible les négociations qui avaient cours entre les colonies britanniques impliquées.
D'ailleurs, l'auteur rappelle que les discussions pour l'établissement de la confédération canadienne se sont amorcées en 1864 sur la lointaine Île-du-Prince-Édouard, ce qui a permis aux artisans de travailler à l'abri des regards, du moins dans les premiers instants.
Quelques mois plus tard, lors de la fameuse conférence de Québec, les décideurs ont choisi de discuter en laissant peu de traces de leurs pourparlers sur le projet de confédération. « Cet événement s'est fait sans procès-verbaux », note Jean-Claude Germain.
Malgré le manque de transparence et les libertés prises par les principaux acteurs du dossier, Jean-Claude Germain paraît très attaché à George-Étienne Cartier, qui a joué un rôle de premier plan.
« C'est un homme avec une capacité de travail remarquable qui joue des rôles carrément conflictuels en ce qui concerne la création du Grand Tronc, un projet de chemin de fer majeur à l'époque. Il connaît la haute société à Londres. Je le trouve à la fois vivant et fascinant », déclare Jean-Claude Germain, tout en spécifiant qu'il éprouve l'empathie du dramaturge pour les personnages de son livre.
Mauvais départ
Si l'auteur est critique lorsqu'il relate le projet de confédération, il tient des propos encore plus durs au sujet du Canada-Uni, né de l'union du Bas-Canada et du Haut-Canada. Il qualifie carrément cette union de « désastre », en dépit de la vision rêvée que plusieurs en ont eue.
Jean-Claude Germain reconnaît que les premiers ministres Louis-Hippolyte La Fontaine et Robert Baldwin, obligés à collaborer dans le cadre de cette union, ont su travailler ensemble de belle façon. « Mais leurs partis n'ont pas réussi à faire de même », estime-t-il.
L'incendie de l'hôtel du Parlement, déclenché lors d'une émeute en 1849, constituerait d'ailleurs un exemple patent des problèmes qui affligeaient le Canada-Uni, un territoire qui regroupait deux peuples aux visées parfois aux antipodes.
Malgré ses critiques, l'historien laisse entendre qu'une concession non négligeable a été faite au Canada-Uni au milieu du XIXe siècle. La responsabilité ministérielle est effectivement accordée en 1848. Ce gain permet théoriquement de profiter d'une plus grande autonomie, mais l'auteur constate que cette concession n'a pas eu les effets escomptés.
Bleus et Rouges
À cette époque, un groupe aux idées avant-gardistes déploie ses ailes. Il s'agit des Rouges, qui, aux yeux de Jean-Claude Germain, sont les « héritiers des Patriotes ». Très actifs socialement, ils en viennent même à fonder un parti politique. La formation politique des Bleus, auquel a appartenu La Fontaine, voit le jour plus tard. Ses idées sont plus conservatrices.
« Les Rouges étaient pour la laïcité et ont bataillé durement contre l'Église catholique, qui jouissait d'une reconnaissance officielle. Ils souhaitaient l'instruction du peuple, ce qui les a amenés à fonder l'Institut canadien, une bibliothèque ouverte avec tous les ouvrages importants. Ils donnaient des conférences et ont créé les assemblées contradictoires, lors desquelles on confrontait deux points de vue. »
Connaissant sa part de succès, le modèle de l'Institut canadien se répand un peu partout à l'époque. « L'Église catholique, pour freiner le mouvement, excommunie non seulement l'Institut, mais également ses utilisateurs », raconte Jean-Claude Germain.
Une foule d'autres événements et anecdotes parsèment le récit de l'auteur, qui n'est d'ailleurs pas sans faire des liens entre l'actualité politique des années 2000, au Canada, et des faits survenus au Canada-Uni ainsi que dans la jeune confédération. « Sur le plan de la corruption, on est des enfants de choeur en comparaison avec ce qu'on voyait dans ce temps-là », lance-t-il.
Nous étions le nouveau monde t. 3 - Le feuilleton du ciel rouge et de l'enfer bleu
 
• Jean-Claude Germeain
• Essai
• Hurtubise HMH
• 312 pages