L’humoriste Jay Du Temple a entamé hier soir une série de quatre représentations de son premier spectacle solo Bien faire hier soir au Vieux Clocher de Magog.

Jay Du Temple : Bien faire et faire du bien

CRITIQUE / Non, Jay Du Temple n’est pas que le beau gosse qui a animé Occupation double. C’est le gars à qui le talent, la répartie, les qualités d’improvisateur, le sens de l’autodérision, le don de la caricature, le charisme fou — et la belle gueule — ont permis de décrocher le poste de capitaine d’OD. Et avec son premier spectacle solo, Bien faire, voilà la confirmation qu’il n’a rien volé de tout ça. En fait, Jay est l’archétype parfait de ce jeune qui vous énerve parce qu’il n’est pas juste beau : il est aussi très bon.

Bien sûr, c’est la génération Y qui est au centre de ce premier effort vraiment bien huilé qu’il présentait hier soir au Vieux Clocher de Magog, devant une salle presque pleine. Mais cette génération, la sienne, l’humoriste la connaît très bien et en exploite les moindres recoins, dans une prestation vraiment emballante et souvent surprenante, notamment dans la façon dont il réussit justement à exploiter les différences entre jeunes et moins jeunes et, à la fin, rejoindre tout le monde. Et ce, même si la moyenne d’âge était assez basse dans l’assistance.

Parce qu’au fond, il n’y a rien de neuf dans les thèmes que Jay exploite brillamment : les parents, l’adolescence, l’école secondaire et toutes les premières fois associées à cette période de la vie (première blonde, première relation sexuelle, première infidélité, première rupture, première brosse, premier appartement, premier roadtrip…). Il le fait toutefois avec une touchante (fausse) naïveté, en grossissant les choses juste assez pour éviter la couche de trop et le recul nécessaire pour se moquer tendrement

On ne peut d’ailleurs que saluer cette forme d’« humilité » de Jay de s’être attardé sur ce qu’il connaît le mieux, c’est-à-dire les 25 premières années de la vie. Certains pourraient crier au manque d’originalité ou dénoncer un nombril hypertrophié. Au contraire, il faut à la fois modestie, sagesse et intelligence pour, justement, reconnaître ses limites tout en réussissant à en extraire ce qu’elles ont d’universel.

SANSDRICK ET JULIE

Ça ne veut pas dire qu’il n’y a aucun gag qui n’est pas trop daté pour susciter quelques points d’interrogation. Harry Potter, Lorie, Lindsay Lohan, Kevin Parent (son imitation est à se rouler par terre) n’ont pas la même résonance pour tous. Mais la connivence que crée l’artiste est assez forte pour passer par-dessus. Sinon, c’est l’humoriste qui se dépêchera de souligner que, ce gag-là, les plus jeunes ou les plus vieux ne l’auront probablement pas saisi.

S’il fera plusieurs fois référence à OD (notamment à un certain Sansdrick et au fait qu’aucun gag sur l’émission ne doit se rendre aux oreilles de Julie Snyder), il n’en abuse heureusement pas. La façon dont il tresse des liens entre les modes de communication d’hier et d’aujourd’hui, par exemple si nos grands-parents avaient pu eux aussi envoyer des textos en état d’ébriété, fait généralement mouche.

C’est toutefois lorsqu’il sort de son texte pour interagir avec les spectateurs que Jay soutire le plus les rires, révélant en même temps un fort talent d’improvisateur et un petit côté moqueur. Notez, on est encore loin des piques corrosives à la Sugar Sammy, et l’humoriste le précisera à une de ses spectatrices : « Je ne suis pas Mike Ward, tu n’es pas Jérémie Gabriel! »

Mais de la même façon que Jay exprime sa reconnaissance envers son public à la fin du spectacle, on ressort de sa prestation avec le sentiment d’avoir dénoué chacun des petits drames de sa jeunesse et, finalement, de trouver que la vie est quand même belle.