Jason Roy a rassemblé dans un seul recueil une trentaine de courts récits et nouvelles publiés au fil des ans dans différentes revues littéraires.
Jason Roy a rassemblé dans un seul recueil une trentaine de courts récits et nouvelles publiés au fil des ans dans différentes revues littéraires.

Jason Roy : écrivain sur le mode aléatoire

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
Suspense policier, humour, poésie, science-fiction, univers fantastique : pourquoi se camper à un genre alors qu’ils nous collent tous à la peau? L’auteur estrien Jason Roy a donc opté pour la fonction « aléatoire ». Il invite d’ailleurs les lecteurs à découvrir sa playlist d’écriture dans son nouveau recueil de nouvelles Les paresseux aiment les histoires brèves.

L’écrivain de Waterville a toujours refusé de s’apposer une étiquette dans le monde littéraire. Pour sa défense — et celle de son nouveau recueil qu’il qualifie d’hétérogène –, Jason Roy s’amuse à comparer littérature et musique. Celui qui sait aussi bien apprécier Le printemps de Vivaldi et Smells Like Teen Spirit de Nirvana dans le même programme de lecture raffole des contrastes.

« Au risque de paraître étrange, vous seriez surpris du nombre de fois où cette fonction aléatoire – que j’ai pratiquement humanisée — me fait sourire. J’ai souvent l’impression qu’elle s’amuse avec ma liste, qu’elle cherche parfois à me faire plaisir, parfois à s’adapter à l’ambiance où à l’état d’esprit dans lequel je me trouve », explique Jason Roy dans un avant-propos somme toute assez convaincant.

« Et même lorsqu’elle me jette aux oreilles une chanson qu’on pourrait juger très “discordante”, il est étonnant de constater que, souvent, je suis heureux que celle-ci arrive. L’irruption est agréable », ajoute-t-il pour bien faire comprendre son choix éditorial qui propose 32 nouvelles aux genres variés.

Entre enseignement et brèves

Ce désir d’explorer différents univers correspond à son mode de vie, qui s’éloigne désormais de ce qui peut ressembler à une routine. Après avoir fui le milieu des affaires à l’âge de 36 ans, Jason Roy a renoué avec l’écriture à temps plein en effectuant une maîtrise en études françaises à l’Université de Sherbrooke. Il avait alors déjà en poche un baccalauréat en études littéraires ainsi qu’un certificat en création littéraire.

Depuis, il enseigne la littérature au collégial en tentant de maintenir l’équilibre entre sa vie professionnelle et personnelle. Comme le temps lui manque, il écrit... des brèves. Et chaque fois, il s’inspire d’une palette de genres variée.

« C’est une de mes craintes, comme écrivain, d’être peinturé dans un coin. Plusieurs auteurs gèrent cela très bien, mais personnellement, ça me traumatise que l’on me colle une étiquette. J’ai envie d’être un médecin généraliste. Je veux toucher à tout. Je ne prétends pas être un expert de chaque genre et sous-genre, mais je veux garder cette liberté de tous les explorer et les travailler », raconte l’auteur.

Selon Jason Roy, une tradition qui ne s’explique pas dans le domaine de l’édition veut que les textes d’un auteur se retrouvent toujours catalogués sous une thématique précise.

« On a en quelque sorte tenu pour acquis que les lecteurs qui se rendent en librairie n’ont envie d’explorer qu’un seul univers. Moi, je ne crois pas à ça. Je comprends qu’un amateur de jazz puisse avoir envie d’écouter un album de jazz, mais je n’accepte pas ce constat. Pourquoi sous-estimer le lecteur qui a peut-être envie de plonger dans un genre puis dans un autre? Pourquoi n’aurait-il pas envie de se laisser surprendre et de découvrir différents genres? »

Refusant de se contraindre, Jason Roy cumule depuis quelques années des nouvelles et des récits publiés dans diverses revues littéraires, certaines en Europe. L’idée de concevoir lui-même son propre recueil afin de rapatrier tous ses textes lui est venue naturellement. « On n’est jamais mieux servi que par soi-même », dit-il en riant.

« Dans le milieu littéraire, c’est à contre-courant, mais je sais que je touche à quelque chose. Les gens ont envie d’explorer. Le lecteur va aimer certains textes, d’autres lui parleront un peu moins, mais dans le fond... pourquoi pas? »

Ces personnes qui souhaitent découvrir différents genres, Jason Roy les décrit comme des « paresseux », sans aucune connotation négative. « Je suis moi-même un paresseux, car je lis des histoires brèves de tous genres. Je trouve que ce terme s’applique bien au lecteur qui aime s’asseoir, lire quelques pages et s’endormir », précise-t-il.

En parcourant la trentaine de nouvelles, les lecteurs pourraient être déstabilisés par des chutes abruptes. Ils seront peut-être surpris ou déçus de voir la fin arriver rapidement, « mais c’est ce qui caractérise le récit et la nouvelle brève », explique Jason Roy.

« Tu n’as pas le temps d’entrer dans une caractérisation de personnages ni de créer un décor très élaboré. L’idée, c’est de plonger tout de suite dans un univers et de laisser le lecteur en suspens. Que ce soit positif ou négatif, le but premier, c’est d’aller toucher une corde qui résonne en soi », conclut l’auteur.

JASON ROYLES PARESSEUX AIMENT LES HISTOIRES BRÈVESRÉCITS ET  NOUVELLESÉditions Jason Roy284 pages