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Le récit d’Olivia est l’histoire d’un règlement de comptes.
Le récit d’Olivia est l’histoire d’un règlement de comptes.

Hugo Meunier : l’histoire d’une – pas si douce – vengeance

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
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Qu’on ait ou non assisté à un conventum du secondaire, on peut saisir assez rapidement le mélange de joie, d’inconfort et de nostalgie qui règnent dans ces soirées. C’est pourtant dans cette ambiance qu’Olivia se plonge alors qu’elle revient d’un long et inspirant voyage en Inde. Un mal pour un bien puisqu’il s’agit de la dernière fois où elle devra faire face à la cruauté de son adolescence.

Avec Olivia Vendetta, sa deuxième œuvre de fiction, Hugo Meunier, auteur et journaliste, plonge ses lecteurs dans la vie d’Olivia, une femme trans à qui l’on avait attribué le nom d’Étienne à la naissance. Celle-ci retourne dans son patelin, après plusieurs années à l’étranger, afin de fêter les vingt ans de la fin de son secondaire.

Ponctué par ses retrouvailles avec ses amis d’enfance et par de nombreux souvenirs – de son adolescence, mais aussi de son exil en Inde où elle a appris à s’accepter elle-même –, le récit d’Olivia est l’histoire d’un règlement de comptes. Pour en finir avec ses bourreaux de l’époque.

Hugo Meunier avait déjà envie, depuis quelque temps, de faire de son «Saint-Eustache natal» le décor d’un de ses livres. Inspiré par cet espace qui l’a vu grandir, il glisse ainsi dans sa plus récente histoire les éléments qui font d’une banlieue des années 90 un lieu universel.

Si la trame principale du roman traite du retour à la maison et de la cruauté de certains ados, elle accorde aussi une grande importance à l’affirmation de soi et au passage à la vie adulte. Afin d’écrire sur le «voyage initiatique» d’Olivia, l’auteur a puisé ses idées dans son périple familial d’un an lors duquel il a visité l’Asie. L’expérience lui a notamment fait découvrir les hijras, une communauté indienne d’individus qui ne se considère ni homme ni femme, ainsi que les Ladyboy, en Thaïlande : «C’est lors de ce voyage que ça m’a frappé. […] Autant ici, cette communauté est encore très marginalisée, autant là-bas, on dirait qu’ils faisaient partie du décor. Avec toutes sortes de défis, mais quand même…»

En tant qu’homme cisgenre, Hugo Meunier était toutefois bien conscient du possible malaise que pourrait créer son histoire dans la communauté LGBTQ+. L’auteur a ainsi, «par respect», préféré ne pas mettre la transidentité au cœur même de son roman. Si sa protagoniste est bel et bien trans, il ne fait donc qu’effleurer, par exemple, sa transition.

En tant qu’homme cisgenre, Hugo Meunier était toutefois bien conscient du possible malaise que pourrait créer son histoire dans la communauté LGBTQ+.

Pour lui, le fait de vivre en périphérie des villes, en 1990, et ses personnages secondaires sont tout aussi importants.

«Je voulais souligner que, quand tu grandis en banlieue dans les années 90 – et peut-être même encore aujourd’hui – et que tu ne fais pas partie du moule stéréotypé, ce n’est pas facile. Je pense que ce sont toujours des villes de hockey pis de chars», souligne celui qui était considéré à l’époque comme un «weirdo», en raison de ses études en littérature, et étiqueté «gai», parce qu’il «se tenait avec des filles avec qui [il] ne couchait pas».

Si l’écriture de fiction lui permet de «se lâcher lousse dans le style», Hugo Meunier a toutefois dû faire bien attention en composant Olivia Vendetta. Alors qu’il souhaitait mettre des mots sur l’aspect universel du lieu et de l’époque, il devait malgré tout éviter les clichés.

«Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui vont pouvoir s’identifier à Olivia. Parce que… on est quand même content qu’elle pète la gueule [de ses intimidateurs]. Il n’a donc pas fallu que je me censure pour les écrire, ces personnages détestables. Il fallait justifier que, même vingt ans plus tard, elle n’en revienne pas et que [les lecteurs] comprennent pourquoi.»

Avis aux amateurs de Quentin Tarantino, la fin du livre est d’ailleurs fortement inspirée par le rythme des films du réalisateur américain, lance l’auteur, en riant.

Sensibilité et respect

En entrevue, Hugo Meunier confie ses craintes par rapport à la réception de son livre et l’éventuel malaise que cette publication pourrait susciter. Mais il insiste aussi sur la sensibilité, le respect et la rigueur avec lesquels il a rédigé Olivia Vendetta.

Bien qu’il admette ne pas être un expert en la matière, Hugo Meunier affirme avoir assisté à de nombreuses conférences et avoir fait lire son roman par quatre femmes trans ainsi qu’un comité de sensibilité. Pendant son processus de création, il s’est également découvert une cousine «qui possède une expertise clinique auprès des personnes trans en région», raconte-t-il.

Toujours avec son approche journalistique, l’auteur a donc souhaité rédiger son roman sans «fabuler la réalité».

«Je suis un peu tanné que, à chaque fois qu’on écrit des articles sur une personne trans, on doive l’ajouter dans le titre. […] C’est peut-être parce que je ne le suis pas mais, pour moi, une partie de la solution, c’est d’arrêter de mettre des étiquettes sur ces gens-là. On peut aussi juste dire une femme ou un homme, that’s it. Et c’est un peu ce que j’ai voulu faire dans mon livre», affirme également celui qui est en ce moment reporter pour Urbania et Noovo.

Le récit d’Olivia est l’histoire d’un règlement de comptes.