Après des années fastes dans Ramdam et Providence, le comédien d'origine sherbrookoise Hugo Dubé s'est fait plus discret depuis cinq ans, mais n'a pas chômé pour autant. En attendant de la voir apparaître comme chef de police dans la série Le cheval-serpent, on peut le croiser comme conférencier, en train de vanter les mérites et les bénéfices de la créativité.

Hugo Dubé propage le virus de la créativité

Pendant dix ans, Hugo Dubé a été très présent dans notre petit écran. Surtout dans la peau de Claude L'Espérance, le père de famille de Ramdam, quotidienne de Télé-Québec qui a connu sept saisons et 785 épisodes, de 2001 à 2008. Parallèlement, le Sherbrookois d'origine a aussi tenu le rôle de Bertrand Lavoie dans Providence, téléroman de Chantal Cadieux à l'antenne de Radio-Canada de 2005 à 2011. A suivi une sabbatique... qui a finalement été plus longue que prévu, le comédien n'arrivant pas à décrocher de nouveaux rôles. Résultat : son métier de conférencier, qu'il avait déjà amorcé il y a presque 20 ans, a pris beaucoup plus de place, le menant aujourd'hui à un livre sur la créativité.
« Être oublié, c'est la peur de tout travailleur autonome, mais je crois aussi à l'importance de se retirer pour se ressourcer. J'ai déjà entendu dire que Jean-Paul Riopelle pouvait passer une année entière à ne pas peindre. Il sentait le besoin de prendre ses distances, de laisser les choses retomber. Après Providence, j'ai donc débranché moi aussi, mais je ne pensais pas que ce serait si long. Bien des projets sont partis après, mais j'ai eu l'impression d'avoir raté le train », raconte celui qui a quand même obtenu, en 2014, le rôle de Claudio dans Série noire, qu'il a repris en 2016.
« Travailler dans un téléroman (par rapport au cinéma, par exemple) permet d'expérimenter et d'aller plus loin en création. On n'a pas besoin de tout réexpliquer chaque fois que l'on revient sur le plateau. J'aimais beaucoup le rituel de découvrir les textes de Chantal Cadieux, dont je trouvais l'écriture fabuleuse. La fin de Providence et de Ramdam a donc été un gros deuil pour moi, même si ça fait partie de mon métier. »
Voyant son congé se prolonger, Hugo Dubé en a profité pour voyager, « bouffer » des livres, s'adonner à sa passion pour le tennis... et se mettre à réfléchir sur les conférences pour adolescents qu'il avait déjà commencé à donner. « Je me suis demandé comment je pourrais aller plus loin là-dedans, en pensant aux sujets que je voudrais aborder. »
Outil post-conférence
Vient donc de paraître La créativité a quatre lettres : vous, aux éditions Un monde différent.
« On pourrait dire que c'est la suite de ma conférence Osez la bonne idée : tout peut s'enclencher. Les gens me disaient, après la conférence, qu'ils auraient aimé avoir un outil, un document pour continuer de réfléchir », rapporte le comédien, qui trouvait d'autant plus pertinente la publication d'un livre sur la créativité avec les perspectives d'avenir en Occident.
« On nous annonce que les prochaines années seront très bouleversantes avec la révolution de la robotique, de l'informatique et de l'intelligence artificielle qui vont laisser plusieurs êtres humains sur la touche. À mon avis, Trump a été élu parce que beaucoup de personnes aimeraient revenir en arrière. Mais le rythme s'accélère et les conditions changent. Devant tout ça, je me suis demandé comment les gens pourraient retrouver ce sentiment de création qu'ils ont mis de côté pour toutes sortes de raisons. Car la créativité n'est pas réservée aux Steve Jobs et Robert Lepage de ce monde. Et ce n'est pas non plus qu'une affaire de bricolage. »
Hugo Dubé a développé une méthode en quelques étapes (observation, curiosité, doute, questionnement et action) permettant d'envisager petits et grands défis différemment. « Par exemple, ton fils fait une chute pendant un match de soccer. Tu observes que le terrain a été mal entretenu et tu doutes que la Ville ait investi assez d'argent. Tu te demandes quoi faire. Et pour la partie action, tu as le choix : soit tu vas te plaindre à l'hôtel de ville, soit tu trouves une autre façon pour que tout le monde participe à réparer le terrain. »
Sans solution miracle
Hugo Dubé ne voudrait surtout pas que son livre soit perçu comme une solution miracle. Il demeure très conscient du rôle que peuvent jouer l'entourage, le temps, le hasard ou une certaine forme de « synchronicité ».
« J'aimerais bien, par exemple, comprendre pourquoi J.K. Rowling a essuyé sept refus avant d'être publiée. De leur côté, Steve Jobs et Bill Gates n'auraient pas eu le même destin s'ils étaient nés cinq ans plus tôt, car ils auraient alors été assez âgés pour être embauchés chez IBM. C'est parce qu'ils étaient trop jeunes pour ça qu'ils ont innové chez eux. Il ne faut pas non plus s'attendre à réussir tout de suite (c'est un des grands défauts de notre époque). Les Beatles, il leur a fallu dix mille heures de travail avant que ça décolle, affirme-t-il. Dix mille, c'est un peu le chiffre magique. Maintenant, y a-t-il encore des employeurs prêts à tolérer ça, à oser les brouillons et les esquisses, les tentatives ratées, les projets tout croches? » demande celui qui préfère être perçu comme un allumeur de réverbères plutôt que comme un coach de vie.
Clin d'oeil du destin : c'est justement un « beau weirdo » de conférencier qu'il a incarné, l'an dernier, dans le film La nouvelle vie de Paul Sneijder, auprès de nul autre que Thierry Lhermitte. Cette comédie dramatique, adaptée d'un roman de Jean-Paul Dubois, est une coproduction France-Québec et a été tournée à Montréal, mais elle est passée presque inaperçue.
« Malheureusement, je pense qu'elle n'a été à l'affiche que dans deux salles. Mais j'avais la chance d'incarner un beau rigolo qui ne voulait que le meilleur dans tous les aspects de sa vie. J'ai beaucoup appris à côtoyer Thierry Lhermitte, un grand passionné, même après 30 ans de carrière. J'ai eu beaucoup de plaisir à rire avec lui. »
Si ses deux fils ont hérité de la curiosité et de la créativité de leur paternel, ils n'ont toutefois pas choisi la voie des arts. « Le premier est diplômé des Hautes Études commerciales en finance (et je pense qu'il est déjà plus riche que moi) et l'autre termine en génie mécanique à Polytechnique, probablement en développement durable. Mais ce sont deux gars curieux, bien dans leur tête et leur corps, et qui savent s'émerveiller. Mon but, c'était de leur donner les outils pour qu'ils soient utiles à leur société et qu'ils s'épanouissent dans leur époque. »