Après avoir abordé la délicate question du deuil dans une pièce destinée aux grands enfants (Lettre pour Éléna), Érika Tremblay-Roy change de ton et de registre. Avec Histoires à plumes et à poils, la directrice artistique du Petit Théâtre de Sherbrooke propose aux tout-petits un coloré voyage dans un univers où se baladent une kyrielle d'animaux. Les comédiens Emmanuelle Laroche et Ludger Côté interprètent les deux personnages, Elle et Lui.

Histoires à plumes et à poils : joyeux bestiaire théâtral

Après avoir abordé la délicate question du deuil dans une pièce destinée aux grands enfants (Lettre pour Éléna, couronnée oeuvre de l'année en Estrie par le CALQ en novembre dernier), Érika Tremblay-Roy change de ton et de registre. Avec Histoires à plumes et à poils, la toute nouvelle création qu'elle cosigne au Petit Théâtre de Sherbrooke, l'auteure et metteure en scène propose aux tout-petits un voyage théâtral dans un univers rigolo, où grouille une colorée ménagerie.
« L'étincelle derrière cette création-là, c'est l'envie de faire un bestiaire. Ça fait longtemps que je traîne cette idée de faire un spectacle qui mettrait en scène plusieurs animaux », explique la directrice artistique du Petit Théâtre de Sherbrooke.
Celle-ci signe la mise en scène de la pièce qu'elle a écrite à six mains, avec David Paquet et Marie-Hélène Larose-Truchon.
La toute neuve création a été conçue pour les enfants âgés de trois à neuf ans. Le point de départ est simple : une fille et un garçon, Elle et Lui, ramassent un oeuf tombé de son nid. Un oeuf qui miaule, qui jappe, qui hennit, un oeuf qui fait finalement beaucoup de bruit, c'est un oeuf de quoi?, se demandent les deux amusants personnages interprétés par Emmanuelle Laroche et Ludger Côté.
« Le duo va essayer de refaire le trajet pour renvoyer l'oeuf vers son nid. Tous les deux, un peu comme des enfants qui jouent l'espace d'un après-midi, ils vont prendre 150 000 détours pour réaliser une action qui aurait pu être simple. C'est au fil de ces détours-là qu'apparaissent les animaux. C'est ludique, un peu déjanté, parfois cocasse. On n'est pas dans le dessin animé, on n'est pas au cirque, mais tout ça est rythmé, assez clownesque. C'est la première fois que j'écris pour un aussi jeune public et j'avais le goût d'avoir du plaisir avec les petits, de leur proposer une rencontre plutôt sous le signe du comique et de la fantaisie. Pour ce groupe d'âge, c'est souvent une première sortie au théâtre, alors j'aimais bien l'idée de travailler de courtes histoires qui ne demandaient pas nécessairement une attention en continu. L'approche est un peu surréaliste. En suivant un fil conducteur, on enfile les petits portraits, les fragments », explique Érika.
Pour faire successivement apparaître dinde, chameau, porc-épic et baleine bleue sur les planches, il a fallu user d'imagination et d'inventivité.
« On n'a pas de costume de mascotte, on n'a pas de dessins non plus comme dans les albums pour enfants. Faire surgir une parade d'animaux, sans moyen techno et sans vidéo, c'était un beau défi dans l'écriture comme dans la mise en scène. »
Dans les classes
Avant de se lancer dans la conception de la pièce, les trois auteurs ont visité classes de maternelle et CPE. D'emblée, ils l'ont constaté : l'intérêt des enfants pour le règne animal est réel. Et nourri.
« Le but, pour nous, ce n'était évidemment pas de faire un documentaire, mais on a discuté d'animaux avec les petits pour voir de quelle façon on pouvait décoller, quelles folies le thème pouvait inspirer. On l'a vu, ils en connaissent, des animaux! Ils sont archisavants! À quatre ou cinq ans, ils sont déjà capables d'en nommer en quantité. Ça fait partie des premières choses qu'ils apprennent. On a vite réalisé que ça nous donnait un beau terrain de jeu ensemble, parce qu'on a des références communes, peu importe nos âges. À partir de là, on pouvait imaginer plein de choses, »
Et ils pouvaient, au passage, effleurer des sujets plus « humains ».
« Je ne suis pas la seule à faire ça, c'est quelque chose qu'on voit fréquemment en littérature jeunesse, notamment : la représentation animale permet de parler d'émotions, de relations humaines, de toutes sortes de trucs. J'avais le goût de m'y coller moi aussi », mentionne Érika.
Habituée de créer en interdisciplinarité, Érika Tremblay-Roy a cette fois fait appel au talent de l'artiste Isabelle Caron, qui a imaginé le décor sur scène. Un décor tout en tuyaux qui permet de faire naître une kyrielle d'animaux.
« Isabelle était là dès le début du projet, avant même qu'on commence l'écriture et déjà, elle esquissait son tableau. Le décor qu'elle a conçu se déploie comme une installation en arts visuels dans laquelle les personnages évoluent et avec laquelle ils jouent. »
Le théâtre adressé aux tout jeunes enfants est souvent affaire de sensations, d'émotions, de récits qui tiennent en peu de phrases. Le trio d'auteurs a fait le pari de jouer la carte des mots.
« Il y avait de notre part ce désir que la pièce s'appuie sur le texte, que celui-ci ait une place importante. Parce que les enfants aiment les histoires, ils aiment qu'on leur en raconte. Ils prennent ce qu'ils peuvent prendre, mais ils comprennent le sens plus large. »
La pièce tout en mots et en animaux commence son parcours en lion. Après s'être déployé au Théâtre Léonard-Saint-Laurent pour des matinées scolaires et des représentations familiales, cette semaine, le beau zoo théâtral mettra les voiles vers Montréal au printemps prochain, pour trois semaines de représentations à la Maison Théâtre.
Vous voulez y aller?
Histoires à plumes et à poils
Petit Théâtre de Sherbrooke
Pour les 3 à 9 ans
Présenté au Théâtre Léonard-Saint-Laurent de Sherbrooke
16 décembre, 19 h
17 décembre, 11 h
18 décembre, 14 h
12 $
*Le nombre de places étant limité, il est conseillé d'acheter vos billets à l'avance : billetterie.cotescene.ca