Présenté gratuitement en ligne jusqu’au 25 juin, à l’occasion de l’édition numérique du Festival Cinéma du monde de Sherbrooke, le documentaire Paris Stalingrad, coréalisé par Hind Meddeb, n’a pas été distribué en France, notamment en raison des images gênantes qu’il renvoyait sur la gestion de la crise des migrants à Paris.
Présenté gratuitement en ligne jusqu’au 25 juin, à l’occasion de l’édition numérique du Festival Cinéma du monde de Sherbrooke, le documentaire Paris Stalingrad, coréalisé par Hind Meddeb, n’a pas été distribué en France, notamment en raison des images gênantes qu’il renvoyait sur la gestion de la crise des migrants à Paris.

Hind Meddeb : le côté sombre de la Ville lumière

Dans son documentaire Paris Stalingrad, coréalisé avec Thim Naccache, Hind Meddeb montre un Paris froid, rigide et insensible aux besoins des nombreux réfugiés qui s’installent autour de la station de métro Stalingrad, aussi appelée « la salle d’attente à ciel ouvert ». Aujourd’hui, la cinéaste nous fait partager ses nombreuses déceptions.

En entrevue, la réalisatrice franco-tunisienne parle avec ferveur de la situation politique en France dans laquelle elle se sent opprimée. Elle dénonce, entre autres, le contrôle de l’État sur les médias et leur manque de transparence.

« Quand on a commencé à tourner Paris Stalingrad, nous étions très naïfs, raconte l’ancienne journaliste. On se disait qu’on allait alerter la population. Visiblement, on n’a pas réussi. On espérait faire honte à l’État et avoir le soutien des médias locaux », révèle celle qui se décrit comme une réalisatrice « engagée politiquement ».

Bien que Paris Stalingrad ait fait son bout de chemin à l’international, il n’a pas été distribué en France. Hind Meddeb se dit déçue qu’il n’ait pas atteint son public cible : les Parisiens.

« J’avais d’abord vraiment fait le film pour eux. Pour leur donner envie de s’engager et de voir les choses différemment, là où ils sont. Ça n’a pas du tout fonctionné. Si on regarde les médias et les discours politiques en France, il y a un immense écart entre ces gens-là et la réalité. Il y a beaucoup de déni et de manipulation », dénonce-t-elle.

Filmer pour « humaniser »

Dans sa démarche artistique, Hind Meddeb affirme vouloir « humaniser » les causes qui lui tiennent particulièrement à cœur. Pour cela, elle avoue s’en tenir parfois à un seul point de vue : celui qui la touche personnellement.

« J’ai envie de faire vivre aux gens ce que je ressens, moi, auprès d’eux. Lorsqu’on me parle des “problèmes des migrants”, ça devient un concept. J’ai fait Paris Stalingrad pour qu’on ne soit plus dans le concept, mais dans la vie, dans l’humanité et dans l’échange. »

« Je veux que le spectateur prenne conscience que les réfugiés ne sont pas des chiffres. Il doit s’imaginer que ça pourrait être lui. La démocratie et les droits de l’homme, ce n’est pas acquis. »

Même si elle s’intéresse beaucoup aux injustices sociales, Hind Meddeb ne se décrit pas comme une « activiste ». Elle confie toutefois avoir joué indirectement ce rôle lors du tournage.

« J’étais toujours sur le campement. J’ai aidé les réfugiés à faire leurs papiers. Ils ont dormi chez moi et quelques-uns sont devenus mes amis, raconte-t-elle. Je suis beaucoup dans l’empathie et dans la discussion avec les gens. Je suis complètement avec eux. »

Transition soudanaise

En ce moment, Hind Meddeb travaille sur un nouveau projet de documentaire : la transition démocratique au Soudan. Comme pour Paris Stalingrad, elle souhaite montrer « à quel point nous sommes interconnectés malgré les frontières ».

« Au Soudan, après 30 ans de dictature, il y a une explosion d’artistes et de personnes engagées qui veulent changer leur pays. Ils ont beaucoup à nous apprendre. Mais même si la dictature est tombée, les militaires détiennent encore toutes les ressources. Ce qui se passe là-bas, nous en sommes tous indirectement responsables. »

Par son travail, Hind Meddeb se donne la responsabilité de « garder une trace pour la mémoire collective ». Elle affirme que plusieurs étudiants d’universités de partout dans le monde s’intéressent à son contenu.

« Même si on ne retrouve plus de réfugiés à Stalingrad, le problème est encore là. En fait, il est pire. Depuis 2016, les migrants sont dispersés et il y a beaucoup de suicides. Dans dix ans, nous aurons ces images pour nous le rappeler. »