Cinq ans après la parution de l’album Crazy Carnival sous le nom d’Orange O’Clock, les frères Raphaël et Mickaël Fortin, devenus Hey Major, arrivent avec un second album, The Station.

Hey Major : chemin musical vers le bonheur

Deux ans après avoir opéré un virage musical et adopté le nom de groupe Hey Major, les frères Mickaël et Raphaël Fortin lancent un premier opus sous l’étiquette d’Indica. En vente depuis vendredi, The Station est en quelque sorte un album de retour aux sources pour lequel les deux frangins ont multiplié les allers-retours en studio.

« Ça fait longtemps qu’on le prépare, ce disque! Certaines chansons existent depuis plus de quatre ans et remontent à l’époque de notre trio Orange O’Clock (avec Anthony Simoneau Dubuc). D’autres sont apparues en cours de route. Plusieurs ont connu trois ou quatre versions avant d’aboutir à celles qu’on a gardées pour l’album. Notre rencontre avec Indica nous a amenés à repenser notre son. »

La maison de disques a posé une question, une seule, qui a permis au duo de rebrasser les cartes de son jeu musical. 

« Ils nous ont demandé : qu’est-ce que vous voulez vraiment faire? On a réfléchi et on est revenus à l’idée et à l’énergie de base, à tout ce qui nous animait au départ. Et nous, ce qui nous branche, ce sont les artistes dont le rock s’articule autour du piano », résument les deux Sherbrookois. 

L’instrument, rassembleur, est redevenu le moteur des mélodies. 

« Le piano apporte vraiment une couleur particulière. Il permet d’insuffler du rythme et du dynamisme, mais c’est aussi le cœur des harmonies vocales, parce que c’est un instrument autour duquel c’est facile de se retrouver pour chanter ensemble », explique Mickaël. 

Avec son frère, il partage ce qui ressemble à un diapason commun. Une complicité musicale qui, dans une certaine mesure, se tricote depuis l’enfance. 

« Je te raconte une anecdote qui illustre comment on était toujours collés l’un à l’autre : lorsqu’on était petits, tous les midis, on revenait manger à la maison. On s’assoyait dans une chaise à peine plus large que moi et là, cordés, en mangeant presque dans la même assiette, on écoutait Scooby-Doo. En regardant de vieilles cassettes, on a aussi constaté qu’on faisait de la musique ensemble alors qu’on était vraiment très jeunes. Aujourd’hui, on n’a souvent pas besoin de parler pour savoir où l’autre s’en va avec tel ou tel accord. »

« Et dans tout ça, en dehors de la sphère artistique, on s’équilibre bien, ajoute Raphaël. Moi, je suis celui qui planifie, qui fait des plans, qui établit des cadres. Mick, lui, aime bouger les choses. Il est du genre à changer l’ordre et la rythmique des chansons dix minutes avant un show. »

Chanson locomotive

Le duo n’a pas eu à débattre longtemps pour s’entendre sur le fait que The Station était la chanson-titre du disque, celle qui devait ouvrir la galette. 

« Ça allait de soi. À travers nos chansons, on aime animer différents personnages. On réalise souvent, après coup, que les textes sont des métaphores de notre propre parcours. Ce disque-là est assez introspectif. C’est en quelque sorte un voyage vers la liberté, qui reflète sans doute notre chemin vers le bonheur, comment on se fait tranquillement une place dans le métier. Pour bâtir le fil conducteur entre les différentes chansons, on a cette fois imaginé un voyage vécu par deux personnages. C’est une histoire écrite nulle part, elle n’existe que dans notre tête, mais sans doute que certains verront ce deuxième niveau et trouveront les références plantées dans certaines chansons », exprime Mickaël, qui signe les textes du groupe. 

« Je fais le squelette et, ensuite, on travaille les arrangements ensemble », précise-t-il. 

Cette fois, une chanson en français s’est glissée dans le chapelet de titres en anglais. Ce n’était ni calculé ni prévu.

« Pour tout dire, Pour mieux respirer est arrivée presque spontanément. On avait signé la mélodie pour la chanson qui rythmait la version sherbrookoise de Faire danser un village et on avait envie de rejouer dans ces partitions-là. On a remanié le tout en écrivant de nouvelles paroles pour que ça corresponde à notre univers et que ça soit cohérent avec l’album », soulignent les deux multi-instrumentistes qui, au fil de leurs nombreux passages en studio, ont travaillé avec différents réalisateurs tels que Tim Palmer (Bowie, Tears for Fears, U2, The Cure) et Chris Shaw (Dylan, Weezer, Wilco, Rolling Stone). 

« On ne savait pas, au moment d’entrer en studio, qu’ils avaient travaillé avec d’aussi grosses pointures. Notre gérante non plus, d’ailleurs. C’est assez formidable d’avoir eu l’apport de tous ces grands de la musique. »

Kangourous et araignées

Old Kid, la chanson qui a en quelque sorte révélé Orange O’Clock en permettant au trio de remporter le concours Sherbrooklyn en 2012, a aussi été remaniée et rebaptisée (Old Enough) pour se retrouver sur le disque.  

« C’est notre producteur, Franz Schuller, qui l’a entendue en écoutant notre premier opus, une journée où on patientait dans le trafic. L’album était presque terminé, mais il a insisté pour qu’on ajoute une journée en studio afin d’enregistrer cette chanson-là. » 

Après un passage à Montréal, les deux musiciens ont choisi de revenir s’installer à Sherbrooke. 

« C’est ici qu’on est les plus créatifs, probablement parce qu’on se sent groundés avec les montagnes, la nature et la famille autour », résume le duo, qui quittera ses terres estriennes dans quelques jours pour une série de spectacles en Australie. La deuxième de sa carrière.

« Notre compagnie de disques a une antenne là-bas, ce qui facilite ce genre de projets. Notre première saucette de l’autre côté du globe a été incroyable. C’était une première tournée à l’étranger pour nous et c’était génial. »

Les quelques semaines passées au pays des kangourous ont notamment permis aux deux frères d’apprivoiser le surf et de tester leur tolérance à la présence d’araignées de toutes tailles. L’expérience a ancré une confiance neuve chez les frères Fortin. 

« C’était la première fois qu’on jouait pour un autre public que celui du Québec et devant des anglophones. Ils ont aimé nos chansons, notre accent, notre son. Ça nous a permis de constater que nos chansons pouvaient vivre à l’étranger, qu’elles recevaient un bon accueil. »

La photo qui orne la couverture de l’album a été prise à Sydney, pendant ce séjour, « dans une carrière à flanc d’océan ». Le vidéoclip de la chanson The Station, déjà en ligne, a aussi été tourné là-bas.

Avant d’y retourner, Raphaël et Mickaël Fortin lanceront un nouveau vidéoclip tourné à Sherbrooke par Louis-Charles Blais pour la chanson Brother. Et ils promettent un spectacle-lancement en bonne et due forme dans leur ville natale, le 30 novembre prochain, au Boquébière de Sherbrooke.

Le piano est revenu au coeur de l’écriture et des chansons de Hey Major.

Chanter et s’engager

Hey Major avait déjà saupoudré quelques phrases plutôt engagées dans une chanson ou une autre. Mais pour la première fois, il glisse une chanson au propos directement tourné vers l’avenir. « Smoke and Mirrors décrit un futur désertique, sans eau. Toujours plus de gratte-ciels, plus d’argent, plus de pétrole, ça vient avec un prix... Dans cette chanson-là, on expose nos questionnements, nos préoccupations. C’est la première fois qu’on le fait de façon aussi franche. Cela dit, on essaie de regarder l’avenir avec optimisme. On fait de petits gestes, à notre échelle, en mangeant végé et en apportant nos bouteilles et nos ustensiles réutilisables, par exemple. C’est minime, mais c’est du concret. Et ça correspond à notre vision : chaque action compte. »

En 2012, Orange O’Clock (Raphaël Fortin, Anthony Simoneau Dubuc et Mickaël Fortin) a remporté le concours 
Sherbrooklyn.

Rêver d’Elton

Les frères Fortin ont déjà coché plusieurs éléments sur la liste de leurs projets musicaux. Jouer à l’étranger, signer avec une compagnie de disque et chanter à la Fête du lac des Nations, par exemple. D’autres rêves figurent dans leur palmarès.« Plus on avance dans le métier, plus cette liste se simplifie, parce que ce qu’on souhaite le plus, on le fait, et c’est faire de la musique qui nous ressemble. » Tout de même. Il y a un rêve, un grand, qu’ils aimeraient bien réaliser un jour.  « Si on pouvait rencontrer Elton John... C’est un grand, une inspiration, un artiste à tous points de vue. Il a ce côté théâtral qui nous touche. On le connaissait, on capotait sur les chansons du Roi Lion quand on était jeunes, mais en réécoutant ses plus grands succès, on a vraiment réalisé à quel point c’est une référence musicale importante pour nous. Tout a l’air simple, ses mélodies sont accrocheuses, mais c’est tout un pianiste, qui arrive à faire des trucs vraiment complexes sans que ça paraisse. »

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