Le photographe sherbrookois François Lafrance présente à compter de mercredi sa troisième exposition solo, Errances, à la Galerie d'art du CCUS.

Heureuses errances

L'Estrie est la région parfaite pour se perdre. Ils sont d'ailleurs nombreux, les gens d'ici ou d'ailleurs, à s'être déjà sauvés en voiture sur les petites routes de campagne des Cantons-de-l'Est, sans destination précise, simplement pour le plaisir de découvrir de nouveaux paysages. Quant à ceux qui n'ont jamais cédé à cet appel, rien n'est perdu : François Lafrance l'a fait pour eux, et ses errances ornent pour un mois L'espace invitation de la Galerie d'art du CCUS.
Ceux et celles qui suivent la démarche du photographe sherbrookois ne seront d'ailleurs aucunement déroutés : comme ses précédentes expositions solos Témoins solitaires (2009) et Les chemins de travers (2011), l'artiste est parti à l'aventure, à l'affût des surprises que peuvent receler boisés, guérets, chemins de terre et... ciels gris.
« J'ai l'habitude de dire qu'en été, ici, il y a quelques belles journées, et les autres jours, il fait soleil », résume celui qui traque plutôt les contrastes veloutés et nuancés, possibles uniquement lorsque la lumière passe par le tamis des nuages. « Un ciel nuageux est un ciel habité, alors que le grand soleil écrase les contrastes », estime-t-il.
L'errance, ici, n'est pas qu'un titre, ni un simple état de fait : elle tient surtout de l'état d'esprit.
« Ma façon de voir les choses est tributaire de la façon dont je me promène, c'est-à-dire me sentir perdu, et même, parfois, ne réellement pas savoir où je suis. Je me sens en fait comme si j'étais entré dans un musée sans regarder l'affiche à l'entrée. Les cantons deviennent les salles d'exposition, et je passe de l'une à l'autre, en découvrant des choses magnifiques. C'est cet état de surprise qui me guide. Et quand j'y retourne, les peintres ont modifié leur toile pendant mon absence. »
Car, oui, il y retourne. Les errances de François Lafrance ne sont pas totalement dépourvues de repères. Le photographe revient souvent dans les lieux déjà visités, pour les voir sous un autre jour (meilleur, l'espère-t-il). « Mais il y en a certains que je ne retrouve pas. J'ai totalement oublié où j'ai pris la photo. Ou alors, je retombe dessus par hasard au bout de six mois. »
Il a même réussi à en retrouver un grâce à une affiche de vente posée sur le mur d'une vieille grange qu'il avait photographiée. « J'ai tapé le numéro de téléphone sur le site Canada411. »
Laisser les clichés roupiller
De tels trous de mémoire ne sont pas que le fruit de la flânerie. Le croqueur de pâturages laisse volontairement ses clichés dormir dans le disque dur plusieurs semaines avant de les ressortir, pour vérifier si la magie du moment capté est toujours là ou si elle s'est émoussée avec le temps.
« Les faire ainsi mijoter me force à être introspectif. Avant, je recherchais le coup de coeur immédiat, le facteur wow! Aujourd'hui, je médite davantage, je me pose plus de questions. Certaines photos deviennent moins flamboyantes dans la durée, alors que d'autres tiennent mieux la route une fois imprimées. »
D'Ulverton à Coaticook, de Johnville à Saint-Félix-de-Kingsey, François Lafrance n'a fait que deux exceptions, à Baie-du-Febvre et au parc du Bic. Le hasard a aussi voulu qu'il tombe sur plusieurs scènes avec chevaux et vaches. Dont une où un troupeau complet le fixe placidement.
« C'est extrêmement difficile d'avoir toutes ces vaches qui vous regardent toutes en même temps. Encore plus lorsque vous prenez la photo en plusieurs clichés juxtaposés. J'ai dû tricher avec une seule, qui me tournait le dos. »
L'artiste avoue d'ailleurs éprouver autant de plaisir à retravailler ses photos qu'à les prendre, une étape au cours de laquelle il s'amuse avec les couleurs et les contrastes. « Il y a beaucoup d'improvisation. J'aime créer des paysages de rêve avec l'impression d'être ailleurs. »
Parmi ses 14 photographies, François Lafrance est particulièrement fier des trois emplies de brouillard. « J'ai été extrêmement chanceux. D'habitude, en automne, la brume matinale se dissipe en 20 minutes. Ce jour-là, elle est restée jusque vers midi. Je suis donc parti revisiter tous les endroits que je connaissais. Nous avons une région absolument extraordinaire! »
Vernissage de l'exposition Errances
Mercredi, 17 h
Galerie d'art du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke
Entrée gratuite