Guylaine Tremblay

Guylaine Tremblay : formidable Nana

Le coup de fil est passé à 16 h 30 précises. Guylaine Tremblay a 15 minutes devant elle. Top chrono. Après, elle finit de boucler ses valises et elle met le cap sur l'Abitibi pour une série de représentations d'Encore une fois, si vous permettez. Après avoir été jouée plus de 30 fois chez Duceppe en 2016, la pièce prend un nouvel envol et se promène sur différentes scènes de la province.
« Maintenant que mes filles sont plus grandes, je redécouvre le plaisir de la tournée. C'est agréable de faire vivre cette production-là longtemps, ailleurs. D'abord parce que c'est une grande pièce, magnifiquement écrite. Après l'avoir jouée plusieurs fois, on a les personnages dans le corps, on peut aller plus loin dans le détail et la finesse. »
Soir après soir, Guylaine Tremblay enfile le costume de Nana, la mère de Michel Tremblay. « C'est très émouvant parce que Michel a écrit le texte 20 ans après la mort de sa mère. Il s'ennuyait d'elle, il a eu l'idée de la faire "revenir" le temps d'une pièce. Mère et fils discutent ensemble, pendant quelques tableaux. Même si on rit beaucoup, c'est vraiment touchant. Et ça rejoint tout le monde, parce que tous, nous avons une mère. Ça vient chatouiller cette fibre-là. Nana, c'est un peu comme la figure maternelle universelle. La pièce est jouée ici et des gens se reconnaissent dans le propos, mais elle est jouée à l'étranger, au Mexique par exemple, et des gens se reconnaissent encore. C'est là tout le génie de Tremblay. Il a su partir de sa vie et toucher celle des autres. »
Même si le lien filial est universel, l'époque qui teinte le propos de la proposition théâtrale n'est plus la même. Ça fait souvent sourire le public. Et la comédienne.
« C'est formidable d'entrer dans la peau d'une mère des années 1950. Pendant la création, le metteur en scène Michel Poirier me disait parfois : "Tu es trop moderne, là, Guylaine, tu négocies avec ton enfant!" Les mères d'avant ne faisaient pas ça. Elles avaient très peu de pouvoir à l'extérieur de la maison, mais chez elles, elles étaient les big boss, elles régentaient. Nana, son royaume, c'était la cuisine. Elle écoutait le télé-théâtre et les radio-romans, ce qui lui conférait une culture qu'elle ne soupçonnait pas. C'était une grande rêveuse, une femme à l'imagination débordante, une conteuse de talent. Je partage la scène avec Henri Chassé, qui incarne Michel. On suit la conversation entre lui et sa mère. On voit la connivence entre eux et on mesure à quel point la mère de Tremblay a inspiré son oeuvre. »
Dans <em>Encore une fois, si vous permettez</em>, Guylaine Tremblay incarne Nana, la mère de Michel Tremblay (interprété par Henri Chassé).
En mémoire de Rita
Les critiques ont été nombreux à saluer l'aplomb avec lequel Guylaine Tremblay campe la colorée matriarche, créée une première fois par Rita Lafontaine, il y a presque 20 ans, et reprise ensuite avec brio par Louison Danis. 
« J'avais vu la pièce à l'époque. Rita, notre belle Rita, c'était une grande, c'était la muse de Michel. Elle était extraordinaire, Louison l'était aussi, alors oui, j'éprouvais une certaine pression, c'étaient quand même de grosses chaussures à enfiler! »
Au stress de la première s'est ajoutée l'émotion : deux jours avant de lancer le bal des représentations, Rita est décédée. 
« Pour nous, pour le public, la première a été chargée. Nous sommes montés sur la scène en nous disant que c'était notre façon de poursuivre ce qu'elle avait amorcé et de lui rendre hommage. Les actrices passent, les rôles restent. » 
Marie extra-muros
Guylaine Tremblay en connaît un rayon au chapitre des rôles qui s'ancrent dans l'imaginaire collectif. Elle a été le pivot de la série Annie et ses hommes, ce qui lui a valu une pleine barque de statuettes. Depuis cinq saisons, les téléspectateurs la retrouvent chaque semaine dans Unité 9. La Marie qu'elle incarne est au coeur de l'intrigue depuis le tout premier épisode. Et ça ne risque pas de changer, même si l'attachante détenue est récemment sortie des murs cadenassés de Lietteville. 
« Je n'ai rien lu encore de la saison prochaine, mais je sais que je vais être là. Je ne m'attendais pas à ce que l'auteure fasse sortir Marie de la prison, mais je pense qu'elle veut écrire sur ce qui se passe ensuite. Il y a la Marie d'avant la prison, il y a celle d'après. Ce n'est pas la même personne, c'est clair, et ce sera sans doute intéressant de voir ce qu'elle va maintenant traverser. »
La comédienne sait que des surprises peuvent l'attendre au détour des pages. Danielle Trottier l'a promenée dans toutes sortes de situations et toutes sortes d'émotions. Évidemment que certaines scènes ont été plus difficiles que d'autres à tourner. 
« Quand les enfants de Marie sont morts, elle m'a demandé de jouer l'absence d'émotion. Le réflexe naturel, ç'aurait été de crier, de pleurer. Là, je devais faire l'inverse. Agir comme si j'étais glacée de l'intérieur. Une momie. C'était tout le contraire de ce que j'imaginais comme une réaction naturelle. C'était épouvantable, mais Danielle avait raison. Voir une femme se couper de tout comme ça, ça faisait encore plus mal. »
Amoureuse de Banc public
Guylaine Tremblay a adoré son passage sur le Banc public ces deux dernières années. Elle ne sait pas si elle y reviendra l'an prochain (rien n'a encore été annoncé par Télé-Québec), mais les rendez-vous du mardi se poursuivent encore jusqu'au 14 mars. 
« J'aime la formule de l'émission, les rencontres qu'elle suscite, les discussions qu'elle entraîne. Le côté très humain des entrevues s'accommode bien des portions plus informatives des reportages. Tout ça crée un équilibre. J'ai adoré piloter les entrevues. Chaque personne a amené sa vérité, son histoire, en me faisant confiance. Je suis privilégiée d'avoir reçu tous ces témoignages. »
Violence conjugale, obsession du corps au masculin et dérives de l'adoption sont quelques-uns des sujets qui abordés au cours des trois dernières émissions de la saison.
Vous voulez y aller?
Encore une fois, si vous permettez
Samedi 25 février, 20 h
Maison des arts, Drummondville
Entrée : 50 $
Salle Maurice-O'Bready
Mardi 28 février, 20 h
Entrée : 52 $
Salle Dussault, Thetford Mines
Samedi 4 mars, 20 h
Entrée : 49 $