Guylaine Lebreux

Guylaine Lebreux : rester debout

Dans un livre qui paraîtra le 10 octobre, Guylaine Lebreux raconte son parcours de survivante et de battante, elle qui a été agressée à répétition par les membres de sa famille alors qu’elle était enfant.

L’histoire de la Sherbrookoise native de la Gaspésie a fait les manchettes il y a quelques années, alors qu’elle a amené ses oncles agresseurs devant la cour. Tous les quatre ont plaidé ou été reconnus coupables d’agression sexuelle et ont pris le chemin de la prison. La démarche (et sa conclusion) était en quelque sorte une libération pour la mère de famille. Pendant des années, elle avait vécu l’inceste de façon répétée. Pendant des années, elle avait gardé le silence. 

Son livre est une nouvelle prise de parole publique, mais il met aussi un point final au processus de guérison qu’elle a entamé en dénonçant ses agresseurs.  

« En publiant mon récit, je souhaite donner espoir aux gens. Leur dire que oui, on peut s’en sortir, malgré les blessures qu’on porte, malgré les souffrances endurées. On peut traverser les pires épreuves et être capable de se reconstruire. On peut vivre libre, ensuite », assure la femme de 51 ans. 

Guylaine a à peine six ans quand débutent les agressions, lesquelles se poursuivent pendant près d’une décennie, par plusieurs membres de sa famille, autant du côté paternel que maternel. 

« L’agression sexuelle est le crime le plus déshumanisant qui soit. Moi, j’ai grandi dans une famille où la culture du silence et les tabous étaient partout, où la négligence et la violence étaient bien présentes. Je tentais de survivre dans ce milieu-là. Lorsque tu es enfant, tu es censée pouvoir compter sur les adultes autour de toi pour t’aimer et te protéger. Je n’ai pas connu ça. Les adultes de mon entourage ne faisaient que se servir de moi. »

Nouveau départ

À l’âge de 17 ans, elle quitte la Gaspésie pour déménager à Sherbrooke, où elle étudie au cégep puis à l’université. Sa nouvelle ville est la promesse d’un nouveau départ. 

« Naïvement, je pensais que je laissais mes problèmes derrière moi. Mais quand on est brisé à l’intérieur, le passé nous rattrape. Je portais un lourd trauma. Ce qui est très difficile, après une agression sexuelle, c’est qu’on ne peut jamais fuir le lieu du crime. On continue toujours d’habiter notre corps. »

Celle qui a étudié en psychoéducation à l’Université de Sherbrooke entame alors une thérapie et trouve de l’aide auprès de différents organismes tels que le CALACS et le CAVAC. Elle peut aussi compter sur l’appui de ceux et celles qu’elle appelle ses « anges gardiens », précieux amis qui lui permettent de réapprendre à faire confiance aux autres. 

« Lorsque j’ai su que j’allais être mère, j’ai eu peur pour mes enfants. C’est un tabou dont on parle peu, mais souvent, les personnes qui ont été agressées ou violentées peuvent ressentir cette pulsion de répéter le scénario. J’étais consciente de ce danger, mais je savais aussi que je ne voulais surtout pas poursuivre le cycle de la violence. J’étais déterminée à ce que mes enfants ne traversent jamais les épreuves que j’avais vécues. »  

Aujourd’hui, son fils a 25 ans et sa fille, 10 ans. Ils étaient avec elle lorsqu’elle a reçu la boîte de l’éditeur, lorsqu’elle a sorti le premier exemplaire de la pile. Le moment était marquant. Symbolique. « Je pense que tous les deux, ils sont fiers de moi. »

Le livre, c’est aussi un peu pour eux qu’elle l’a écrit. Pour leur montrer qu’on pouvait se relever et se tenir droit après les épreuves. Pour briser l’omertà qui régnait dans le milieu familial où elle a grandi. Reste que le chemin de la reconstruction a été long. Et les démarches juridiques ont été lourdes.

Des anges sur le chemin

« Dans tout ça, j’ai eu la chance d’être bien entourée. Ma sœur et moi avons déposé notre plainte ensemble. Comme moi, elle avait été victime. Nous avons été écoutées et entendues par les policiers qui ont recueilli notre témoignage à Sherbrooke. Nous avons été bien accompagnées, ensuite, pendant l’enquête en Gaspésie et lors des démarches juridiques. »

Une fois que ses oncles ont été condamnés au criminel, la Sherbrookoise a senti le besoin d’aller plus loin. Elle a entamé des procédures judiciaires en responsabilité civile. La cause a été entendue l’été dernier, mais le jugement n’est pas encore rendu. 

« Ils ont payé leur dette à la société en faisant leur temps derrière les barreaux, mais ils n’ont pas payé leur dette envers moi. J’ai porté le traumatisme pendant des décennies. Comme je n’ai pas demandé d’expertise, mon cas pourrait faire jurisprudence. Tout ça était exigeant, ça commandait du temps, de l’investissement, mais ça faisait partie de ma démarche de reconstruction personnelle. Tout le monde du côté paternel m’a reniée après le dépôt de ma plainte. Pour eux, j’ai fait éclater la famille. Même mon père a témoigné contre moi. C’était douloureux, mais lorsqu’on se lance dans des démarches comme celles-là, il faut être prête à tout. Maintenant, je me tiens debout. Je ne suis plus intimidée par mes agresseurs. Je n’ai plus ce vide à l’intérieur qui m’a habitée tellement longtemps. J’ai vraiment vécu une renaissance, j’ai repris le pouvoir sur ma vie. Je me sens maintenant comme une personne à part entière », dit Mme Lebreux. 

Celle-ci a mis sur pied la Fondation Rose Bleu pour les victimes d’agression sexuelle, il y a deux ans. Elle plaide pour une réforme des tribunaux. 

« Certains l’ont déjà soulevé : le système de justice québécois n’est pas adapté aux crimes de nature sexuelle. D’abord, lors d’une agression sexuelle, il y a rarement des témoins. C’est très difficile pour une victime de dénoncer, de faire la preuve de son agression. C’est un crime spécifique, pour lequel il devrait y avoir un tribunal spécifique, un peu comme ce qui existe ailleurs, en Ontario, par exemple. »

Vous voulez y aller? 

Séance de dédicaces
Vendredi 12 octobre, 18 h à 19 h
Samedi 13 octobre, 11 h à 12 h, 17 h à 18 h
Dimanche 14 octobre, 10 h à 11 h 30
Salon du livre de l’Estrie, kiosque 117