Guy Nantel

Guy Nantel, maître cynique

CRITIQUE / Maître Nantel, derrière son micro perché, livre une leçon d'humour philosophique, de blagues engagées et de quolibets trempés dans le vitriol. Avec son cinquième spectacle solo présenté au Vieux Clocher de Magog, l'humoriste Guy Nantel ne ménage que très peu de susceptibilités dans un élan ininterrompu d'un peu plus d'une heure et demie.
Le titre Nos droits et libertés résume parfaitement l'essence des monologues qui s'accélèrent au fur et à mesure que les thèmes se succèdent sur la scène dégarnie, dénuée du moindre décor. Accompagné uniquement de projecteurs, Guy Nantel cherche à éclairer d'un cynisme qui fait parfois rire jaune tellement il s'approche de la réalité.
S'il repousse avec douceur les limites de l'indignation, l'humoriste donne l'impression qu'il aurait pu pousser davantage, critiquer plus violemment encore les religions, les politiciens et les électeurs aveugles qui ne votent qu'en fonction des sondages. Ce pari lui aurait toutefois peut-être valu d'échapper une partie du public qui s'était pourtant visiblement préparé à un discours percutant. Ça sent le dosage.
On ne reprochera pas à Guy Nantel sa grande cohérence, au contraire, non seulement dans les critiques vives et lucides des contradictions du peuple québécois, mais dans l'ensemble de son long monologue, brillamment conçu pour s'enchaîner sans qu'on voit le temps passer. Un seul monologue qui louvoie vers la liberté citoyenne, les droits individuels en démocratie, la souveraineté du Québec et la capacité à modifier son propre destin.
Cohérence, donc, dans le choix de la religion comme entrée en matière. Puisque Dieu créa le monde, Guy Nantel gifle d'entrée de jeu, avec la même vigueur, les ultrareligieux catholiques, musulmans ou juifs. Le thème tombe pourtant un peu à plat, non pas en raison de la sensibilité du sujet, mais parce qu'il récite des lignes maintes fois entendues. Les blagues de soutanes et de pédophilie ne surprennent pas.
En enchaînant sur le consentement et les libertés sexuelles, Maître Nantel prend néanmoins de la vigueur, accélère le rythme en même temps que son indignation, et ne regarde plus jamais derrière. Le spectacle décolle véritablement.
Les allusions aux questions controversées pleuvent, des attentats de Québec à la poursuite dont a fait l'objet Mike Ward. Si on ne rit pas nécessairement aux éclats, on se trouve souvent à réfléchir, à acquiescer ou à douter un tantinet. À trop rire, on échapperait probablement l'essence du travail acharné de Guy Nantel, le fruit d'une réflexion nourrie qui cherche à nourrir la réflexion.
Ce n'est pourtant pas qu'il n'y a pas matière à rire entre les droits et la liberté qu'évoque l'humoriste. Mais le génie de l'ironie, c'est de dénoncer le conformisme et l'obéissance irréfléchie devant un public qui boit ses paroles et obéit de A à Z à toutes les consignes qu'il formule. Drôlement ingénieux.
Il ne reste donc que très peu de coups de poings à rayer du monologue dans cet exercice qui n'en est pourtant qu'à ses premières représentations. À preuve, il suffit d'essayer de retenir ne serait-ce que la moitié des synonymes de l'expression « personne pas vite d'esprit » qu'il déploie comme une cavalcade sémantique pour comprendre que la plupart des blagues sont attachées bien serrées. Brillant!
Si la salle presque pleine s'est vidée dans un mélange de sourires et d'introspection, Guy Nantel n'aura pas manqué sa cible.
Guy Nantel monte à nouveau sur la scène du Vieux Clocher de Magog vendredi et samedi. Il y retournera également les 22 et 23 septembre, alors qu'il sera à Sherbrooke, à la salle Maurice-O'Bready, les 24 et 25 novembre.