Parmi ses multiples activités, Guy Jodoin amorce la tournée de la pièce Bilan de Marcel Dubé, dans laquelle il tient le rôle principal, celui de William Larose, un bourgeois québécois qui voit son monde s’écrouler.

Guy Jodoin est tombé dans la bonne potion

Guy Jodoin anime Le tricheur, tout le monde le sait. Également La magie des stars, qui a repris du service dimanche dernier. Dans La dérape, arrivée sur les ondes de TVA cette semaine après le Club Illico l’an dernier, il incarne le méchant Rick St-Pierre, rôle qui lui a valu le Gémeaux du meilleur rôle de soutien masculin dans une série jeunesse. Il joue aussi un concierge dans la nouvelle fiction M’entends-tu ? à Télé-Québec. Parallèlement, le comédien a réintégré les rangs de la Ligue nationale d’improvisation l’automne dernier, et cette semaine, il reprenait les habits de William Larose, personnage principal de la pièce Bilan de Marcel Dubé, pour une tournée de onze dates dans dix villes du Québec.

La première question paraît évidente : mais où prend-il l’énergie pour faire tout ça ?

« Je pense que j’ai toujours eu une bonne dose d’énergie. J’ai l’impression d’être tombé, comme Obélix, dans une potion quand j’étais petit, mais une potion de sucre. Quand je finissais mes céréales, il restait toujours une petite montagne de sucre dans le fond du bol, raconte-t-il en s’amusant ferme. Je niaise un peu. En fait, j’étais un garçon plutôt timide, mais quand j’ai découvert l’improvisation au secondaire... »

L’acteur sherbrookois raconte alors à quel point il était mauvais dans les sports. « Je n’étais vraiment pas bon, mais quand j’ai trouvé l’improvisation, c’est comme si j’étais tombé sur le 200 volts. Je pouvais m’amuser à créer des personnages. Je n’avais pas besoin d’essayer les paradis artificiels : j’étais au paradis de l’impro. C’était tellement fort et agréable ! D’autres personnes autour de moi pourraient peut-être donner d’autres raisons, mais j’ai vraiment l’impression que ça m’a apporté un méchant boost ! Je pouvais m’épanouir dans autre chose que le hockey pour être quelqu’un. Un peu comme Billy Elliot lorsqu’il découvre le ballet. »

Meilleur alignement

On pourrait dire qu’après avoir traversé une période mouvementée de sa vie — il s’est ouvert il y a deux ans sur les difficiles moments entourant son divorce en 2013 —, Guy Jodoin a retrouvé un bien meilleur alignement de planètes en 2018, puisque, outre son Gémeaux pour La dérape, il a remporté un trophée Artis pour son animation du Tricheur, et, ce qu’il attendait encore moins, l’Olivier du meilleur sketch web, pour son Guyves reçoit avec Patrice Bélanger. Cette capsule où il manipule un alter ego marionnette interviewant des invités s’inspire notamment de l’équivalent américain The Diego Show.

« Je dois lever mon chapeau à Caroline Lemieux et Olivier Benoît, qui sont respectivement maître de jeu et producteur du Tricheur, et qui sont venus me voir un jour pour me dire qu’ils avaient reçu une petite enveloppe de TVA pour faire du web. Ça a été comme un trip de jeunes du secondaire et la magie a fonctionné avec Patrice. Mais on ne s’attendait jamais à l’Olivier. On a probablement été aidé par Julien Lacroix, qui avait deux nominations. On pense qu’il aurait dû gagner, mais qu’il a divisé le vote et qu’on s’est faufilé », dit, humblement, celui qui avait déjà été en nomination pour la mise en scène du spectacle de Dominic et Martin.

Créé par Jean Duceppe

Toujours soucieux de ne pas rester prisonnier de certains types de rôles, d’aller là où on ne l’attend pas et de se remettre en danger, Guy Jodoin a vite accepté l’offre du metteur en scène Benoît Vermeulen d’incarner William Larose dans Bilan de Marcel Dubé. Il a réussi à faire tasser les enregistrements du Tricheur afin de regoûter à ses premières amours pour le théâtre.

« J’étais flatté, parce que ce n’est pas le genre de rôle qu’on me propose d’habitude. C’est un personnage très loin de moi, créé par Jean Duceppe, et qui représente le passage de la Grande Noirceur à la Révolution tranquille », résume celui qui partage notamment la scène avec Sylvie Léonard, Christine Beaulieu, Rachel Graton, Marie-Ève Milot et Mickaël Gouin dans cette production du Théâtre du Nouveau Monde.

William Larose est un homme qui a construit sa fortune sous Maurice Duplessis et qui se présente pour l’Union nationale en espérant barrer la route aux libéraux de Jean Lesage. Il finit toutefois par se rendre compte qu’aucun de ses enfants ne souhaite prendre sa relève en affaires et que son mariage est foutu.

« Son monde s’écroule. Il s’aperçoit que sa vie a été un gaspillage. Ce n’est pas une mauvaise personne, mais ce n’est pas quelqu’un qui mené de hautes études. Il a fait sa fortune dans l’automobile et le béton, mais il s’est un peu perdu dans l’argent et il réalise qu’il n’a pas tant de liens humains que ça, parce que tous ses gestes étaient calculés pour s’enrichir. C’est aussi un homme de son époque, cassant, qui ne laisse pas de place à la discussion, alors que le Québec commence à s’émanciper. »

« Le théâtre de Marcel Dubé donne notamment la parole à des personnages qu’on n’entendait pas à l’époque, poursuit Guy Jodoin. À commencer par les femmes. Dubé leur a fait dire leur sentiment d’écrasement et leur désir de s’épanouir. »