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Gravure et artistes en vitrine
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Gravure et artistes en vitrine
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Les Ateliers Dufferin : Presse, papiers, projets [VIDÉO]

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Les Ateliers Dufferin : Presse, papiers, projets [VIDÉO]

Sonia Bolduc
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La Tribune
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La porte est presque toujours ouverte, alors forcément, les marcheurs ralentissent le pas plus ou moins subtilement, ils s’arrêtent et admirent les œuvres magnifiques qui se côtoient en vitrine, puis s’avancent encore un peu, osent un œil à l’intérieur.

« Vous pouvez entrer », lance une femme qui s’active dans le lieu mystérieux. 

On est sur Dufferin, au centre-ville, juste en face du Musée d’histoire de Sherbrooke, de biais avec le Musée des beaux-arts, au cœur de ce que d’aucuns souhaitent pouvoir nommer le quartier des artistes.

« Avec les musées, la centrale des métiers d’arts, les différents ateliers dans le secteur et celui-ci qui s’ajoute, ça commence pas mal à ressembler à un quartier des artistes », reprend Deborah Davis, la fameuse femme s’activant avec quelques complices dans le lieu mystérieux qui se dévoile un peu.

Les Ateliers Dufferin, nom qu’ont choisi pour le lieu et l’art à démystifier Deborah Davis, ses colocs d’atelier Valérie J. Gosselin, Julie Lajoie et Hélène Ferland, ainsi que Marie-Claude Plante, fondatrice et directrice de l’organisme De cause à effets qui agit comme gestionnaire du projet.

Les Ateliers Dufferin, 1350 pieds carrés fraîchement repeints d’un blanc éclatant, dans lequel se déploient tables de travail, meubles et espaces de rangement, pinceaux, rouleaux, couteaux, gouges et outils divers, papiers, matériaux de toutes sortes, œuvres et presses d’acier.

Les Ateliers Dufferin, quelques espaces individuels d’une part, et seul espace collectif entièrement dédié à la gravure à Sherbrooke, un lieu surtout pour réunir les initiés, accueillir les artistes émergents, offrir des cours et de la formation à la population, proposer des ateliers aux entreprises, aux groupes, aux écoles, aux organismes.

Pandémie maudite

« Là, à cause de la pandémie, on est restreint dans l’offre, mais éventuellement, on veut accueillir autant les artistes, les étudiants en art, les enfants du primaire ou des camps de jour que des employés d’entreprises pour qui l’initiation à la gravure pourrait servir de team building », s’entendent les initiatrices du projet soutenu par Commerce Sherbrooke et financé par le biais du Plan de relance économique de la Ville de Sherbrooke.

« En fait, on souhaite que les gens adoptent le lieu et la gravure, que tout le monde ait tellement envie d’en profiter, de venir faire des projets, et qu’on n’ait pas le choix transformer tout l’atelier en un grand espace collectif hyper vivant », souligne Deborah Davis, qui rêvait d’un tel atelier collectif déjà à la belle époque de La Fabrique. 

Et en attendant que puissent être mises en place les formations et les modalités de location des Ateliers Dufferin, on tient les portes et les vitrines grandes ouvertes afin que les passants, les curieux et les artistes s’y sentent les bienvenus.

« La gravure est au centre du projet, mais la vitrine est ouverte aux artistes et artisans du coin, du quartier des artistes », reprend-elle. 

« Avec les collègues artistes du quartier on a décidé de se l’approprier, rues Dufferin et Frontenac, on peut ajouter Wellington. Dans notre vitrine, on a huit, dix espaces à offrir. On n’est pas une boutique, mais on peut rendre service pour la vente. C’est surtout une vitrine sur la culture du quartier qu’on offre. On veut qu’il y ait de la vie dans et autour de l’atelier. »

Suffit de ralentir le pas.

Pourquoi la gravure?

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Pourquoi la gravure?

Sonia Bolduc
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On a demandé à Deborah Davis et Valérie J. Gosselin ce qui les interpelle tant dans l’art de la gravure. D’emblée, elles parlent d’intimité avec le papier et la matière, du lien étroit avec la création. Du plaisir des équipements aussi, des gouges et du papier jusqu’aux presses que l’on manie avec cérémonie en attendant de voir le résultat après le dernier tour de volant.

« Moi, je suis sculpteure a priori, un art que j’aime parce que tout le corps est engagé, explique d’abord Valérie J. Gosselin. Mais j’aime mélanger les formes d’art, croiser les médiums de recherche, et la gravure est le pont entre différentes choses. C’est un art qui te permet de penser beaucoup aux étapes de ta création. Tes lignes, tes creux, tu dois les penser encore plus. »

« En gravure, quand tu imprimes, tu as des surprises », s’entendent les deux artistes fraîchement installées aux Ateliers Dufferin, un lieu entièrement consacré à la gravure.

« Les œuvres sur papier sont plus intimes. Le papier porte une certaine noblesse, tout comme la gravure qui elle, ajoute aussi la poésie », note de son côté Deborah Davis, qui a été initiée à la gravure par Richard Séguin il y a près de 20 ans. Depuis quelques années maintenant, c’est elle qui transmet son savoir.

« Enseigner la gravure, c’est enseigner une technique. Je n’interviens pas sur la création de la personne, ce qui, pour moi, est essentiel. Ce qui m’intéresse, c’est d’offrir un outil pour qu’une personne puisse exprimer une part d’elle-même. Parce qu’elle est complexe et composée de plusieurs étapes de travail, la gravure est idéale pour laisser passer la création à travers les parois de la caverne qui parfois l’emprisonnent. La technique de la gravure devient ma complice pour qu’une personne se révèle à elle-même. Y assister est un pur privilège », précise Deborah Davis.

Un art millénaire [PHOTOS]

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Un art millénaire [PHOTOS]

Sonia Bolduc
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On résume un peu, mais la gravure est un art millénaire qui permettait à l’époque de reproduire en série et de façon identique des images souvent bibliques ou religieuses. En fait, la gravure est l’ancêtre de nos duplicateurs à alcool, photocopieuses et imprimantes.

On peut utiliser différents matériaux comme le bois, le métal, le plastique, le linoléum et tutti quanti afin de graver l’œuvre en creux (collagraphie, eau-forte) ou en relief (bois, linoléum). Ce matériau ainsi gravé devient la matrice qui servira à l’impression. 

La gravure permet de reproduire une œuvre en série ou en tirage limité.

Si on grave en creux, c’est la partie non gravée qui viendra s’imprimer sur la matière papier. Si on grave en relief, c’est donc le contraire. D’une façon ou d’une autre, en gravure, on imprime à l’envers.

Selon que l’on grave en creux ou en relief, ce que révèlera la matrice à l’impression variera. Ici une œuvre de Valérie J. Gosselin.

On peut pour procéder à l’impression utiliser divers équipements et méthodes selon la matrice utilisée, le papier choisi ou le résultat espéré. On peut se débrouiller si on n’a pas de presse, mais ça demeure l’outil le plus adéquat.

La gravure offre une intimité de création particulière, note Deborah Davis depuis une vingtaine d’années.

Une fois le résultat atteint sur une première épreuve, on pourra obtenir autant de copies que l’on souhaite de l’œuvre initiale en retournant la matrice et le papier sur la presse.

Un quartier des artistes... partout en ville

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Un quartier des artistes... partout en ville

Sonia Bolduc
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Il y a cette envie de créer un quartier des artistes, là, dans ce centre-ville sherbrookois qui se renouvelle à coups de pont de béton et de ponts humains. Mais existe aussi ce désir de créer des ateliers d’artistes dans tous les quartiers, puis entre tous ces ateliers et ces quartiers des liens qui seraient là pour durer.

« L’atelier de gravure est parti d’une série de projets que j’ai déposés auprès de la Ville, et j’ai constaté alors qu’il y avait un souci politique réel pour les arts et la culture, que ce projet allait s’inscrire dans quelque chose de plus grande envergure encore », raconte Marie-Claude Plante, fondatrice et directrice de l’organisme De cause à effets qui se spécialise dans le maillage entre le monde des arts et de la culture et celui des affaires.

Ancienne directrice du Parvis, Marie-Claude Plante assure sentir une volonté politique forte pour la culture à Sherbrooke. « C’est du jamais vu, insiste-t-elle. Je crois qu’il y a vraiment une fenêtre pour lancer des projets et établir un maillage solide, que ceux et celles qui ont des projets n’hésitent pas à se manifester. »

Soutenu par Commerce Sherbrooke via le Plan de revitalisation, le projet des Ateliers Dufferin pourrait être la première pierre d’une série d’ateliers propulsés aux quatre coins de la ville afin de dynamiser les quartiers et la culture.

Paul Gingues

« Ça vient donner l’impulsion dont nous avons besoin », s’entendent Marie-Claude Plante et le président du comité de la Culture, le conseiller Paul Gingues.

« Je veux pouvoir répéter ce type de projets dans tous les quartiers », assure Marie-Claude Plante, qui mise sur un maillage solide entre le milieu culturel, celui des affaires et le politique.

« Je veux qu’on fasse du maillage de façon différente, qu’on aille plus loin que le simple don ou le mécénat. Il faut voir les arts et la culture comme des éléments structurants d’une communauté, mais même d’une entreprise. C’est un changement de paradigme. Quand Abdel Khalil nous a fait visiter le local pour les Ateliers Dufferin, on sentait sa fierté de participer à la dynamisation du quartier, ce n’était pas juste de la location », précise encore Marie-Claude Plante.

Elle espère ainsi que des entreprises seront prêtes à créer des liens entre leur expertise et celle de certains artistes, citant en exemple Filspec et la créatrice 

Johanne Côté qui se spécialise dans les arts textiles.

Ultimement, on souhaite que ce maillage renforcé assure l’autonomie des différents projets et ateliers, que ce soit par la location de salles, les formations, les collectifs locatifs ou autres, note encore Marie-Claude Plante.

« On pourrait avoir un quartier des artistes, dit-elle. Et mieux encore, une chaîne d’ateliers de quartier où l’art, la culture et les artistes ont leur place. »