Avant même de boucler son projet de disque pour enfants, l'auteure-compositrice-interprète Ariane DesLions (alias Ariane Dion-Deslauriers) a été invitée à présenter sa Quincaillerie musicale en France. Elle mène aussi une campagne de sociofinancement sur la plateforme régionale LaRuche pour enregistrer sa première galette.

Grands projets pour tout petits

« Entrez, c'est ouvert! », lance une voix derrière la porte en bois. De l'autre côté, Ariane DesLions est postée près d'un atypique et coloré instrument pendant que notre photographe lui tire le portrait.
La jeune artiste suit mon regard intrigué : « C'est un gougounophone », m'explique-t-elle en levant les sandales bigarrées avec lesquelles elle tapote sa création.
L'instrument est aussi impressionnant que l'univers musical de l'auteure-compositrice-interprète est riche.
La créatrice sherbrookoise a peaufiné son concept jusque dans le menu détail : sa « Quincaillerie musicale » est non seulement bâtie sur de solides fondations, elle fait aussi du chemin.
Ses instruments joliment patentés et ses chansons bien tournées ont séduit les oreilles des Français. Avant même de présenter son spectacle ici, avant même de lancer le premier disque jeunesse sur lequel elle planche, la jeune femme de 28 ans a été invitée à chanter en Europe. Elle s'envole vers les Hautes-Alpes le 13 juin. Spectacles, conférences et tournée des écoles sont au menu de son séjour de deux semaines.
« Les organisateurs du colloque Les rendez-vous de la petite enfance ont vu mon site internet et ils sont venus me chercher. »
Aussi simple que ça.
« Il y a beaucoup d'artistes pour enfants, mais je pense que ce que je propose niche dans une catégorie à part.. »
C'est que la « fabricoleuse » musicienne touche à des sujets sensibles. Séparation des parents, immigration, gestion des émotions, tout ça. Sur des rythmes festifs, elle ose aborder ces thèmes délicats pour donner des outils aux enfants.
« J'avais envie de garnir leur coffre, de leur montrer qu'on peut fabriquer nos propres instruments pour composer avec les problèmes qui surviennent en cours de chemin. »
Ariane a une formation en travail social. Elle a oeuvré pendant six ans auprès d'itinérants. Sur le terrain, elle a vu les blessures, les manques, les failles. Elle sait qu'il faut parfois puiser loin pour réparer les êtres que la vie n'a pas ménagés. Elle sait aussi qu'on peut faire beaucoup en amont.
Donner des clés
« Éveiller tout de suite les jeunes enfants pour les amener à s'ouvrir à l'autre, c'est une façon de leur donner des clés pour traverser les épreuves de la vie. Et ça, on n'en a jamais trop. »
La musique, dans tout ça, devient un prétexte d'intervention autant qu'un mode d'expression.
« Les arts ont toujours été présents dans mon quotidien, la musique fait partie de ma vie depuis la petite enfance », dit celle qui a fait le parcours musical typique des écoliers sherbrookois. Primaire à Sacré-Coeur, secondaire à Mitchell-Montcalm.
« J'ai une formation musicale classique, mais c'est en apprenant à jouer à l'oreille et en commençant à composer mes chansons que tout a pris un sens », exprime celle qui enseigne aussi au sein de l'organisme Jeunes musiciens du monde.
Le personnage qu'elle a créé est très près de l'enfant qu'elle était.
« Je bricolais avec tout et n'importe quoi, j'étais toujours en train de dessiner ou de confectionner quelque chose. », dit celle qui a obtenu une bourse du Conseil des arts et lettres du Québec (CALQ) pour la mise en scène de son spectacle. Celui-ci est rempli d'instruments originaux faits main. Des flûtes en tuyaux de pvc, un harmonica, des castagnettes, des bâtons de pluie et tutti quanti. Le tour de piste qu'elle a tricoté se joue à deux. Son acolyte Simon Bergeron incarne sur scène le personnage de Tiyou. Tous les deux, ils ne communiquent que par sons.
« Le duo ne se comprend pas toujours, mais il finit par trouver un diapason commun », explique celle qui, depuis mercredi, affiche aussi son univers coloré sur la plateforme estrienne de financement participatif LaRuche.
Elle espère ainsi amasser 4000 $ pour graver ce premier CD qu'elle porte depuis deux ans.
« Après, j'ai d'autres idées pour faire vivre ce projet longtemps. »
Son coffre à idées, comme son coffre à outils, est plus que bien garni.