Gilles McInnis crée à partir des loupes, ces impressionnantes excroissances qui font parfois le tour d’un tronc d’arbre. « Souvent, c’est comme une sculpture en soi. J’aime les garder intactes, travailler autour pour les mettre en valeur », explique-t-il.

Gilles McInnis : le feu de tout bois

Gilles McInnis a toujours travaillé le bois. Même lorsqu’il était enfant.

« Je suis né en Gaspésie, j’ai grandi au bord de la mer. On jouait avec les morceaux de bois flotté autant qu’on s’amusait dans les paysages féeriques de la cédrière qui se trouvait derrière la maison. Je me souviens que, déjà tout petit, je sculptais des flèches dans les petits rondins. »

Après avoir été charpentier, menuisier et ébéniste, l’artisan a délaissé la production commerciale pour renouveler sa pratique.

« J’avais envie de passer à autre chose, de retrouver davantage de créativité en fabriquant des objets », raconte celui qui habite Sherbrooke depuis une vingtaine d’années maintenant.

Il a commencé à travailler les loupes de bois en gardant la couleur organique de la matière et en expérimentant la méthode du tournage contemporain il y a cinq ans. Ses pièces, épurées, amalgament la modernité des lignes au côté brut du bois.

Les loupes se créent lorsqu’une bactérie s’infiltre dans une blessure de l’arbre, explique-t-il. Les ADN de l’intruse et de son hôte se mélangent et créent d’impressionnantes excroissances qui font parfois tout le tour du tronc.

« Souvent, c’est comme une sculpture en soi. J’aime les garder intactes, travailler autour pour les mettre en valeur. Ma pratique est variée, cela dit. Je travaille aussi le composite, qui est fait de copeaux de bois récupérés et compressés et qui est souvent davantage utilisé dans les structures. J’aime les dessins et les textures qu’on y retrouve. J’y ajoute parfois des teintes, ce qui me permet de donner un aspect moderne aux pièces auxquelles je l’intègre », précise-t-il entre les deux tours à bois et la scie à ruban qui meublent son atelier.

Les lignes épurées des meubles qu’il confectionne séduisent autant les amateurs de beau que ceux qui sont soucieux d’acheter local et durable.

« Je pense que les métiers d’art se renouvellent. Les gens constatent que le travail des artisans peut tout à fait conjuguer l’authenticité à la modernité et au design. Personnellement, entre les commandes de meubles sur mesure (qui occupent la moitié de mon temps), j’expérimente beaucoup. Ce qu’il y a de formidable, avec le bois, c’est que la matière fait partie du quotidien de l’être humain depuis les débuts de l’humanité. On reproduit des gestes millénaires en réinventant la façon et la manière. Mais, comme je dis souvent, à la fin, c’est l’arbre qui finit par signer les pièces. Parce que le bois réagit à l’humidité, il reste vivant, d’une certaine façon. »

gillesmcinnis.ca

Karine Tremblay dresse le portrait de trois créateurs à l'honneur du 29e Salon des métiers d’art de l’Estrie.

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