Garou rentre d’une tournée qui l’a fait voyager entre la Turquie, les Émirats arabes unis, la Pologne, la Russie et l’Ukraine.

Garou, un «entertainer» en mission

En quelques jours cet automne, Garou est passé d’une grande scène extérieure installée au pied du Burj Al Arab, le prestigieux hôtel sept étoiles de Dubai, au volant de son pick-up sur sa terre en Estrie. Une vie de contrastes, vous dites?

«C’est l’équilibre dans la diversité», résume celui qui offrira une résidence de spectacles au Capitole dans le temps des Fêtes (lire autre texte). «C’est ce que j’aime le plus, ajoute-t-il. Si je peux faire une période où je me magane, où je travaille physiquement, ça me remet tellement dans une humilité totale. Et après, on part en tournée et c’est la folie furieuse. Dès que je suis parti, j’ai hâte de revenir à ma terre. Beaucoup de Québécois disent: “ouain, tu habites en France depuis longtemps”. Heille! Je n’ai jamais habité en France et je ne peux pas être plus Québécois qu’en ce moment. Je suis vraiment ancré, enraciné…»

Pour résumer la situation, il y a Garou le chanteur, qui est revenu tout récemment d’une tournée qui l’a fait voyager entre la Turquie, les Émirats arabes unis, la Pologne, la Russie et l’Ukraine. Il y a Garou la personnalité télé, qu’on a pu voir à La voix de notre côté de l’Atlantique et à The Voice en France. Il y a Garou l’entrepreneur, copropriétaire de restaurants à Montréal, Paris et maintenant Doha. Et il y a Garou le gars de bois, qui travaille sur sa terre en Estrie. 

«J’ai énormément de chance, évoque-t-il. J’ai le luxe de faire les choses dont j’ai envie. Et quand il y a une mission, je la prends. J’ai eu un début de carrière fulgurant dans la Francophonie. J’avais René Angélil comme manager. Ma place se taillait. Là, j’ai fait: “Wô… Je ne vais pas m’emporter.” Je n’ai pas l’ambition d’être le plus grand chanteur. Je ne suis pas là du tout dans ma tête. Je veux m’amuser, je suis un entertainer avant tout.»

Tourisme et Francophonie

Pour reprendre ses mots, Garou est un homme en missions. Au pluriel. Parmi celles-ci, il a à cœur de faire rayonner la Francophonie, lui qui a selon sa propre observation «la chance inouïe d’être un francophone convoité dans des pays non francophones» depuis qu’il a interprété Quasimodo dans la comédie musicale Notre-Dame de Paris.


« Je n’ai pas l’ambition d’être le plus grand chanteur. Je ne suis pas là du tout dans ma tête. Je veux m’amuser, je suis un entertainer avant tout »
Garou

«Notre-Dame avait ouvert la porte, mais tout de suite, j’étais allé jouer en Russie. J’avais fait le grand théâtre du Kremlin assez rapidement. D’ailleurs, ce n’était pas le même monde. À cette époque, c’était des gardes armés de kalachnikovs… Mais au fil des années, ça s’est adouci, ça s’occidentalise. J’ai taillé ma place. Et en Pologne, ça remonte à mon premier album. Out of the blue, Gitan a été chanson de l’année en 2002», raconte Garou, qui a lui-même été dépassé par le phénomène.  

«La première fois que j’ai fait le théâtre au Kremlin, je ne comprenais pas. On avait vendu 112 copies [de l’album]. Mais là-bas, c’était beaucoup de bootleg dans la rue...» relate-t-il. Dorénavant, il peut compter sur les plateformes de diffusion en continu, lui qui compte notamment plus de 430000 auditeurs mensuels sur Spotify, où Sous le vent a été écoutée à plus de 11,6 millions de reprises. 

Cet hiver, Garou animera sur France 2 l’émission Destination Eurovision, où sera sélectionné le représentant de l’Hexagone à la traditionnelle compétition musicale européenne. Les cousins le verront aussi sur M6 dans le concept Together, tous avec moi, auquel participera aussi le Beauceron Robby Johnson. 

«C’est comme un nouveau La voix, on peut dire, mais avec un panel de 100 jurés. Et moi, je suis le capitaine des 100. Je ne suis pas animateur aux deux places, mais je suis le porte-étendard de deux gros shows en début d’année sur deux chaînes différentes», se réjouit Garou. 

Plus près de nous, le chanteur-entrepreneur dit bosser sur des projets qui pourraient attirer davantage de visiteurs dans sa région, l’Estrie. «Les gens qui viennent faire du tourisme, il n’y a rien de plus beau, croit-il. Ce sont des gens qui viennent découvrir, qui veulent apprendre la culture, qui veulent se nourrir de l’endroit, qui viennent dépenser de l’argent et qui s’en vont après. C’est pas formidable, ça? Ceux qui choisissent le Canada et qui viennent au Québec, ils font quoi? Ils vont à Mont-Tremblant, à Montréal, à Québec, dans la Mauricie... Là, je trouve que l’Estrie mérite d’émerger encore plus. Je suis en train d’attacher plein de fils sur plein de projets...»

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FAIRE DE LA MUSIQUE AUTREMENT

Garou n’a pas fait paraître d’album depuis son disque de Noël Xmas Blues en 2014. Il faut remonter à l’année précédente pour trouver sa dernière collection de chansons originales. Et il ne compte pas de sitôt allonger sa discographie...

«Album, c’est un mot que j’enlève pas mal de mon vocabulaire, avance-t-il. Je ne vois plus trop l’intérêt. À moins d’avoir un concept. J’ai quelques idées d’albums concepts, mais sinon, je suis vraiment rendu ailleurs. Maintenant, ma communication de musique va être beaucoup plus visuelle. Je suis en train de créer un univers dans lequel je veux faire de la musique et que je vais envoyer peut-être à la télé, peut-être en streaming dans le Web. Je ne sais pas. J’ai toutes ces options-là qui me sont présentées. Mais je crée à un endroit, qui est une vieille grange, où je vais inviter du monde et on va triper à faire de la musique.»

Le chanteur ne ferme pas la porte à la création de nouvelles pièces. «Mais sortir un album de 12 chansons d’un coup, à moins qu’elles soient vraiment attachées et qu’il y ait un sens à en mettre 12 ensemble et à les sortir le même jour, je n’y crois plus. J’aimerais mieux sortir une chanson chaque deux mois», évoque celui qui n’a pourtant jamais eu de mal à vendre des disques... Mais qui ne changera pas d’avis pour cette raison.  

«Je n’ai jamais été dans les choses pécuniaires, note Garou. Je suis un très mauvais homme d’affaires. Je suis un gros homme d’affaires, parce que je suis impliqué dans plein d’affaires. Mais je ne suis pas un bon homme d’affaires, parce que l’objectif n’est jamais l’argent.»

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LE BON MOMENT POUR UNE RÉSIDENCE DES FÊTES

Il n’y a pas si longtemps, il aurait fallu être persuasif pour convaincre Garou de présenter un spectacle en résidence en décembre. 

«Pour moi, le temps des Fêtes, c’était sacré. Je ne partais pas en tournée, confirme-t-il. Je l’ai fait une fois avec Notre-Dame de Paris en 1998, alors qu’on était au Palais des congrès à Paris. Je m’étais dit: “plus jamais”. Après ça, j’avais accepté de faire le 31 décembre 1999 avec Céline, mais j’avais eu du mal, tellement c’est sacré pour moi le temps des Fêtes...»

Cette année, pourtant, le chanteur animera la fin d’année sur la scène du Capitole à partir du 19 décembre et jusqu’aux premières minutes de 2019 avec le spectacle Dans l’temps. Pour lui, le timing était bon. «On va être en famille pareil, explique-t-il. Nonobstant le fait qu’on arrive d’une grosse tournée, on avait du temps, cette année. Je suis revenu au Québec il y a 10 jours. En général, j’arrive le 22 décembre et il faut que j’achète les cadeaux, que je décore la maison… Chaque fois, j’arrive en retard et c’est une course contre la montre pour arriver à Noël en même temps que tout le monde. Cette année, j’avais du temps. Pour ne pas trop m’emmerder, j’ai décidé de m’occuper!»

Avec sous le bras l’album de Noël blues-rock Xmas Blues, lancé en 2014, le chanteur a de quoi mettre dans un premier temps son public dans l’ambiance «en mode party». «Après, c’est le condensé de mes années de bars, de mes années de carrière, de mes influences d’avant. Je pense à ce gros medley de Ray Charles qu’on fait. On fait du mash-up… À un moment, je fais trois de mes chansons à l’intérieur de Iris des Goo Goo Dolls. C’est un gros trip musical Rhythm and blues», décrit celui qui s’est aussi amusé, nous dit-il, à mélanger le succès Sous le vent avec Zombie des Cranberries. 

Le spectacle offrira finalement l’occasion à Garou de partager les planches avec Yama Laurent, sa protégée au concours télévisé La voix. «On a répété cette semaine. Elle est venue à mon appartement à Montréal. Les voisins l’ont su!» rigole-t-il. 

Garou présentera son spectacle Dans l’temps au Capitole du 19 au 29 décembre à 20h30 et le 31 décembre à 22h.