Une scène du tournage de Bori/Garneau, le film, avec Edgar Bori en avant-plan.
Une scène du tournage de Bori/Garneau, le film, avec Edgar Bori en avant-plan.

Garneau/Bori, le film : un film qui prend son temps

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
En sortant du spectacle Garneau/Bori, présenté au Théâtre Outremont en 2018, les réalisateurs Jean-Pierre Gariépy et Benoit Pilon étaient convaincus qu’un film devait être produit. Le cinéaste Denys Arcand, qui a assisté à une des représentations suivantes, était du même avis. Il y avait consensus.

« Il s’agit d’un film et non d’une captation du spectacle, précise Edgar Bori. On a tourné au théâtre et dans les rues de Rosemont, mon quartier. On a inventé une histoire. Celle de l’auteur qui est en train d’imaginer sa pièce de théâtre dans une salle sans spectateurs. Il réfléchit, sort dehors, parle tout haut. Et le tout est génialement monté. »

Le tournage de Garneau/Bori, le film vient de s’achever et déjà un premier montage est prêt. Réalisé par ce même Jean-Pierre Gariépy, un vieil ami de Bori, le film est une adaptation cinématographique du spectacle créé par Edgar Bori et mis en scène par Michel Bruzat, du Théâtre de la Passerelle, à Limoges, en France. C’est ce dernier qui a eu l’idée de mélanger les mots de Michel Garneau à ceux d’Edgar Bori.

Jusqu’en 2017, les deux hommes de lettres ne se connaissaient pas, même s’ils avaient quitté, à 15 ans d’intervalle, le même collège classique d’Outremont à l’âge de 15 ans, bien avant la fin du programme. Ils ont eu les mêmes professeurs de français avant de tourner le dos à leur monde bourgeois pour embrasser celui de la poésie écrite, lue et chantée.

« À une époque, dire le mot sein était un péché capital. Puis, il y a eu une rébellion des poètes et de la parole. Michel Garneau a été un des nombreux premiers à utiliser les mots québécois et souvent crus dans ses textes », raconte Bori, qui s’est notamment approprié La chanson d’amour de cul de Garneau.

« Quand j’te pogne les fesses ou que j’te plante, j’plante dans le soleil et le bonheur avec », fredonne-t-il au bout du fil.

Michel Garneau

Prendre le temps de prendre le temps

Edgar Bori, avec la complicité de la comédienne Josianne Paradis et du musicien Jean-François Groulx, raconte et chante ainsi, avec ses mots et ceux de Michel Garneau, « des petits voyages d’humains au cœur battant, parfois battu. Un monde qui prend le temps de dire et de chanter la vie, sa douceur, sa dureté, sa force et ses couleurs ».

« Garneau est quelqu’un qui a beaucoup aimé les femmes et, sans être déplacé, la démesure dans la nourriture et dans l’alcool. Ses textes portent à croire que la vie tourne autour du plaisir sensuel. Puis plus il vieillit, plus on remarque dans ses textes qu’il se tourne vers le plaisir de respirer et d’être, par exemple en accord avec un coucher de soleil. »

« C’est un film qui prend son temps, car c’est le propos du film. Ça commence par : aujourd’hui, on va prendre le temps de prendre le temps de prendre notre temps comme dans le temps où on avait tout notre temps. Ce n’est pas un film qui s’écoute en regardant les notifications sur notre cellulaire », ajoute le chanteur montréalais.

C’est une première expérience cinématographique pour l’artiste qui avait prédit, dans sa biographie de l’avenir de Bori, écrite en 1996, qu’il sortirait un premier film en 2021.

« La sortie du film est prévue pour mars 2021 et, selon le livre du futur, je gagnerai un prix avec ce film. C’est aussi écrit que je meurs en 2054 après avoir donné un show d’adieu quelques années plus tôt », souligne, moqueur, l’artiste de 66 ans.

Homme aux 1001 anecdotes

Au cours des trois dernières années, Garneau et Bori ont développé une belle relation. « C’est le genre d’homme avec mille et une anecdotes. Il était chum avec Leonard Cohen, il a écrit des dizaines de pièces de théâtre, il a participé à la première nuit de la poésie en 1970 avec Gaston Miron. Tu vas chez lui juste pour lui faire signer un papier et tu ressors quatre heures plus tard », résume Bori.

La postproduction du film est en cours et Bori invite les amis de l’écriture, du cinéma, du théâtre, de la musique et de la chanson à soutenir cette dernière étape essentielle du projet en participant à sa campagne de sociofinancement.

« Ce défi cinématographique à compte d’auteur a pris la route il y a deux ans et nous arrivons aujourd’hui au dernier kilomètre du périple, avant d’atteindre grâce à vous le fil d’arrivée. Pour que ces mots populaires québécois rendant hommage à Michel Garneau demeurent dans nos mémoires, aidez-nous à boucler la boucle », demande Bori.

Le budget total du film est de 200 000 $ et il manque 20 000 $ pour compléter le financement. « Au Québec, un film doit coûter environ 7 M$, un film d’auteur, 1 M$. Alors 200 000 $, c’est rien. Mais j’ai déjà mis beaucoup de sous edgarboriens », souligne le nouvel acteur.

La première du film aura lieu le 16 mars 2021 à 19 h au Théâtre Outremont. Une tournée de présentation suivra au printemps et en été 2021 à travers le Québec.

Pour contribuer : http://www.haricot.ca/project/garneau-bori-le-film.