Gab Paquet profite du 14 février pour exhiber ses plus beaux atours avec ses cinq musiciens, au bar Ninkasi.

Gab Paquet, le Cupidon assumé

L’endroit choisi pour la prise de photos, le très vintage Rétro Bordello, rue Saint-Joseph, allait comme un gant au personnage. Gab Paquet, notre Cupidon local qui entretient savamment son image de chanteur de charme rococo-kitsch à moustache et à coupe Longueuil, enfile une chemise blanche constellée de pulpeuses lèvres rouges et des gants blancs. Allongé lascivement sur un divan, dans la vitrine du magasin, un gros cœur entre ses mains, difficile de faire plus sur la coche comme thématique de la Saint-Valentin.

La romance à l’eau de rose est le fonds de commerce de Gab Paquet. L’auteur-compositeur-interprète originaire de Limoilou joue à fond, en mode autodérision, la carte du cliché et du stéréotype à la Harlequin. Le ver d’oreille Santa Barbara, avec son ambiance vaporeuse et son saxophone langoureux, en est le plus bel exemple.

«Santa Barbara dans mes bras/ A-bra-cada-bra dans tes draps/ Chou-bidou-bidou dans le ciel/Ya-bada-badou dans mon cœur» 

Ajoutez à cette poésie psychotronique une vidéo où rivalisent crème de menthe verte, plumes de paon, peau d’ours devant un foyer et pétales de rose dans un bain mousseux, et Liberace peut aller se rhabiller…

Depuis son passage remarqué au dernier Festival d’été, en première partie de Michel Louvain, Gab Paquet a élargi son bassin de fans, même si ce n’était pas gagné d’avance de conquérir le cœur des inconditionnels de l’interprète de La dame en bleu.

«Au début, ils n’aimaient pas ça. Il y en a qui ont réagi fort, ils ont été scandalisés que je me mette en bedaine. Ils pensaient que je me moquais de lui. À la fin, je les avais convaincus. Tout le monde était debout. Après le show, je signais des autographes en peignoir», se remémore-t-il, attablé dans un café du quartier Saint-Roch.

L’artiste de 35 ans, auteur de trois albums et d’une trentaine de chansons, ne cache pas que ce spectacle, présenté devant quelque 10 000 spectateurs à place D’Youville, a donné un «gros push» à sa carrière, lui qui avait toujours joué de façon confidentielle dans les bars de la capitale. «Comme si, tout à coup, les médias de Québec me découvraient grâce au Festival.»

Assoiffé d’amour et maladroit

C’est dans la vingtaine que Gab Paquet a commencé à développer son personnage de chanteur de charme à l’eau de rose. À l’époque, le musicien chanteur donnait plutôt dans le rock et la «poésie surréaliste». «Je suis un mélomane. Je peux écouter du Black Sabbath et mettre à travers ça un disque de Joe Dassin. C’est la musique qui m’intéresse.»

«Avec un ami musicien, poursuit-il, j’ai découvert plein de vinyles avec des pochettes risibles, des perles rares. De fil en aiguille, j’ai inséré dans mon répertoire des chansons romantico-louches. Le public pouvait comprendre que j’incarnais un homme assoiffé d’amour, mais maladroit. Ça amenait les gens à rire et à revenir me voir pour ces chansons plus humoristiques. J’ai décidé de me lancer à fond dans ce style-là parce que j’ai vu que c’est ce qui accrochait le monde.»

Et à ceux qui restent perplexes devant tant de guimauve rose bonbon, tu leur dis quoi? «Les gens qui me connaissent savent très bien que je ne suis pas de même. Ceux qui ne saisissent pas le deuxième degré, il faut leur expliquer, mais en même temps, comment expliquer ça, le deuxième degré? Si ça suscite des interrogations et amène des questions, tant mieux.»

Gab Paquet profite évidemment du 14 février pour exhiber ses plus beaux atours dans la soirée de la Saint-Valentin «la plus assumée en ville», avec ses cinq musiciens, au bar Ninkasi, rue Saint-Jean. Il sera également en spectacle mercredi à Montréal et le 17 à Baie-Comeau. Outre ses propres compositions, il glissera ici et là quelques classiques romantiques, chou-bidou-bidou, dont des tounes des B.B.

Avis à ces dames, il se mettra peut-être en chest…

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EN RAFALE...

Sa plus belle chanson d’amour

«L’hymne à l’amour, ça ne pourra jamais être kitsch. Les chansons de Piaf, on ne peut pas se moquer de ça, c’est intemporel.»

Sa pire chanson d’amour

«Changer, de l’opéra Don Juan. Changer pour que l’amour arrive, il y a quelque chose qui m’énerve là-dedans. En amour, il faut rester soi-même, il ne faut pas chasser le naturel.»

Le grand amour, on y croit?

«Oui, sauf qu’il faut s’en méfier, comme le chantait Michel Rivard.»

Et l’amour, dans la vie privée de Gab, ça dit quoi?

«Ça fait cinq ans que je ne suis plus célibataire. Ça marche bien. J’y crois.»

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COEUR À COEUR AVEC TOI

Les chansons sont au cœur de nos premiers… et derniers moments de couple. Pour la Saint-Valentin, nous avons réuni des duos, parfois mal assortis : les contraires s’attirent. Mais aussi des morceaux qui se répondent, font entendre deux versions d’une même réalité. Et qui parfois nous horripilent, une fois le ravissement passé et qu’il reste les conséquences. L’amour sous tous ses angles, finalement.

Sans cri ni haine, Marie-Mai

Être l’amante qui vient briser l’harmonie d’un couple, ce doit être plutôt inconfortable. Mais est-il convenable de vouloir s’en déculpabiliser en chantant  : «Sans cri ni haine/Dis-lui d’être forte/La vie t’emmène/Ce n’est pas sa faute/C’est nous/Nous sommes devenus fous»? Certains voient dans la chanson de Marie-Mai de la compassion, j’y vois surtout un refus d’assumer la souffrance qu’on cause à l’autre. Chose certaine, être celle qu’on laisse et me faire dire des inepties pareilles, je n’y verrais absolument rien de réconfortant. Comme c’est une traduction, je suis retournée aux paroles originales de la chanson Call Your Girlfriend, de la chanteuse Robyn. Une version beaucoup moins complaisante, qui pousse plutôt le gars à prendre ses responsabilités. À choisir entre les deux, je préfère les nuances de celle-là…  Isabelle Houde

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Garde-Moi, Sylvie Paquette

Le titre du superbe album de Sylvie Paquette annonce la couleur : Souvenirs de trois (2001). En son sein, une magnifique chanson qui évoque le désamour qui s’immisce quand le doute ronge. Qui pose une question terrible : jusqu’où l’abnégation quand on aime? «Regarde-moi/Garde-moi avec
toi/Tu feras tout ce que tu veux/,Mais garde-moi dans tes yeux/T’en aimeras même une autre/Et quand vous serez côte à côte/Je ne dirai rien….
» La magnifique mélodie dépouillée sert d’appui à la voix prenante de Sylvie Paquette. Elle est toujours aussi bouleversante après 15 ans. Peut-être parce qu’il faut être prêt à abattre toutes ses défenses pour énoncer autant d’amour et, oui, bien sûr, une certaine dépendance affective…  Éric Moreault

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Every Breath You Take, The Police

Lorsqu’on parle de malentendu chansonnier, difficile de faire mieux. Une chanson d’amour, Every Breath You Take de The Police? Oh que non! Que des gens la considèrent comme telle a de quoi stupéfier jusqu’à son auteur. Sting a en effet déjà qualifié la pièce de «méchante» et de «mauvaise» (dans le sens diabolique du terme), soulignant qu’elle parle de «jalousie, de surveillance et de possessivité». Sans doute que la mélodie et les arrangements ont jeté de la poudre aux oreilles de certains fans, quitte à leur faire oublier les mots : «À chacun de tes souffles/À chacun de tes pas/À chacun de tes mouvements/Je vais t’épier...» Le chanteur a déjà raconté en entrevue à la BBC qu’il n’avait eu qu’un souhait pour un couple ayant fait de la chanson le thème musical de leur mariage : «Bien bonne chance!»  Geneviève Bouchard

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As Long as You Love Me, Backstreet Boys

Comme l’affirme le dicton : chaque guenille trouve son torchon… Sans doute que le personnage de cette chanson des Backstreet Boys pourrait filer le «parfait» bonheur avec le contrôlant dépeint par Sting dans Every Breath You Take. Prêtons attention au refrain de cet hymne à la dépendance affective : «Je me fous de qui tu es/D’où tu viens/De ce que tu as fait/Tant et aussi longtemps que tu m’aimes». Tu es un(e) violent(e)? Un(e) manipulateur(trice)? Un(e) tueur(euse) en série? Pas grave! Si tu m’aimes, «je laisse ma vie entre tes mains», laisse entendre la mielleuse pièce du boys band floridien, qui n’en était pas à sa dernière offense au chapitre des métaphores romantico-louches. Un autre exemple? La pièce Drowning, qui assimile le sentiment amoureux... à une noyade. Voilà un couple qui n’est pas destiné à faire vieux os!  Geneviève Bouchard

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Je t’aime moi non plus, Serge Gainsbourg et Jane Birkin

Reconnaissable entre mille dès ses premiers accords, cette érotico-langoureuse chanson de Serge Gainsbourg, susurrée en duo avec Jane Birkin, est sans équivoque dans sa façon d’appeler un chat un chat. Mes poussinots, on va vous montrer que les bébés, «ça se trouve pas dans les magasins», comme l’a déjà si bien chanté Renaud avec Morgane de toi. Entre deux lamentations de sa compagne, à ne pas confondre avec celles d’une fin de solo en patinage artistique, Gainsbourg parle avec une poésie non feinte de l’amour physique qui est «sans issue», c’est bien connu, par opposition à l’amour spirituel, beaucoup plus pur il va sans dire. Serge fait la vague, Jane imite une île nue; il l’aime, elle non plus, et vice-versa. Ça va et ça vient entre une certaine partie de l’anatomie, comme la vague irrésolue incapable de se brancher. Jusqu’à la perte de contrôle fatidique qui, quelques mois plus tard, amène des couples à magasiner la couleur de la chambre du bébé, bingo!  Normand Provencher

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En cloque, Renaud

On parlait de Renaud, ça tombe bien, c’est lui qui a chanté avec le plus de magie ce qui arrive à une gente dame quand elle prend son pied à jouer à l’île nue fouettée par la vague coquine. Renaud qui parle de la maternité sous l’angle masculin, c’est touchant et absolument unique, sans doute l’une des plus belles chansons de son répertoire. Jamais artiste n’a aussi bien mis en mots et en musique, avec telle sensibilité, ce qu’un mec peut vivre lorsque sa compagne attend un enfant, à la fois ébahi et étranger à ce qui se passe en elle. Et que dire de la chute (pas de reins, celle de la chanson…) : «Parfois c’ qu’y m’désole/C’ qu’y fait du chagrin/Quand j’regarde son ventre/Puis l’mien/C’est qu’même si j’devenais/ Pédé comme un phoque/Moi j’serai jamais/En cloque». Sans issue, l’amour physique? Chéri, va acheter des couches, on s’en reparle...  Normand Provencher