Francis Cabrel s'est à nouveau produit devant une salle Maurice-O'Bready presque pleine lundi soir, pour interpréter ses grands classiques comme les chansons de son plus récent album In extremis.

Francis Cabrel: la musique d'abord

CRITIQUE / Généreux et rigoureux, proche mais toujours quand même un peu timide, respectant une mise en scène réglée au quart de tour, soucieux de faire passer la musique avant tout, Francis Cabrel a à nouveau fait cadeau d'une séduisante soirée à près de 1500 amateurs déjà conquis, lundi soir à la salle Maurice-O'Bready.
Une soirée à l'image qu'on se fait de l'artiste depuis toujours. Certes, il est beaucoup moins coincé qu'avant, l'âge lui a donné une assurance qui est belle à voir, mais on n'est pas encore dans la grande familiarité, même si une complicité se tisse avec l'auditoire dès les premières notes.
Il faut dire qu'elle date de longtemps, cette relation d'amour avec le public québécois, et le barde d'Astaffort n'a guère négligé d'étape, de Petite Marie, Je l'aime à mourir et L'encre de tes yeux jusqu'aux plus récentes chansons d'In extremis, paru en 2015. Les amateurs de la première heure en ont eu pour leur plaisir. Quoique, devant un répertoire aussi vaste, presque tout le monde doit repartir avec un « zut! il n'a pas fait celle-là! »
Francis Cabrel reste quand même dans la conception traditionnellement européenne du spectacle : ne jamais voler la vedette aux chansons. À part un « pis? », jamais il n'entamera de grande conversation (Dieu sait pourtant que le public boirait ses paroles), se permettant au plus ce qu'il a appris dans ses leçons d'expression corporelle. Comprendre, ici, quelques déhanchements prétendument sensuels mais plutôt volontairement grotesques.
La contrepartie de cette approche, c'est la générosité musicale : 23 chansons en un peu plus de deux heures sans entracte, une mise en scène ne laissant rien au hasard, quelques digressions mais jamais d'improvisation. Bref, une rigueur parfois un peu contraignante mais quand même très professionnelle. La variété et l'ampleur données aux éclairages, jamais redondants, en était un bon exemple, tout comme la brigade de quatre musiciens et trois choristes féminines.
Gospel
Les éclairs de génie viendront au début et à la toute fin du spectacle. D'abord La voix du crooner, avec accompagnement de piano solo, livrée avec un humour pince-sans-rire qui ne transparaissait pas sur l'album. Puis, à la toute fin, Rosie chantée a cappella avec les choristes dans une facture gospel. On en aurait vraiment pris plus.
Pour le reste, Cabrel n'a pas trop pris de liberté, restant près des arrangements originaux, se permettant un peu d'Amérique du Sud sur Les gens absents et C'est écrit. Quelques pièces privilégiées ont eu droit à une interprétation en guitare solo, telle Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai (malheureusement, le chanteur n'arrive plus à chanter les vers les plus hauts du refrain et est obligé de les prendre une octave plus bas).
Seulement cinq chansons du plus récent opus ayant eu une place, de très belles ont été laissées de côté, dont Le pays d'à côté, avec son choeur et ses rythmes africains.
Mais avec des immortelles comme La fille qui m'accompagne, Encore et encore, Hors saison, La robe et l'échelle, La corrida et Sarbacane, personne n'a eu le sentiment d'avoir manqué de moment magique.
Mais faudra quand même revenir, Monsieur Cabrel, pour nous livrer un autre morceau de votre immense oeuvre.