France Beaudoin animera à partir de vendredi l'émission « Pour emporter » sur ArTV.

France Beaudoin à mots ouverts

Au printemps dernier, quand Dominique Chaloult a téléphoné à France Beaudoin, la directrice générale de la Télévision de Radio-Canada n’avait pas encore terminé sa proposition que l’animatrice s’emballait : « Attends, tu es bien en train de me dire : une heure d’entrevue avec n’importe qui? Chaque semaine? »

C’était bien ça. 

« C’est rare que je ne prenne pas le temps de penser, d’analyser, de changer d’idée une fois et puis une autre. Mais ce coup-ci, tout de suite, j’ai dit oui », raconte celle qui pilote Pour emporter, nouveau rendez-vous télévisé qui débarque à ArTV vendredi.

Chaque semaine, un invité viendra s’asseoir avec l’animatrice originaire de Disraeli, pour une longue causerie de 60 minutes qui prendra ancrage dans les mots. Les mots lus, entendus, tus, aimés, imprimés. Les mots marquants, les mots passés et présents, les mots qui portent et qui transportent. Ceux qu’on a prononcés, ceux qu’on a retenus. 

« Ce n’est pas une émission littéraire, précise France. On peut partir d’un livre, mais aussi d’une citation, d’un extrait de chanson ou de scénario, du conseil d’un proche, d’un article de journal, d’un titre de film. » 

Les mots sont un levier et une locomotive, le fil d’Ariane d’une conversation qui se déploie sur le long cours. 

« On rebondit sur ces mots-là qui ont influencé notre invité et, ce faisant, on se promène dans son univers, mais d’une façon nouvelle. Ça nous amène dans des zones inattendues. Parfois, c’est très personnel. D’autres fois, on est davantage dans les questions de société », dit celle qui envisageait un retour à l’entrevue depuis quatre ou cinq ans.

Il s’agissait de trouver le bon concept, le bon moment.  

À contre-courant

« Après Bons baisers de France, pour être honnête, j’avais besoin de prendre une pause. Avant ça, j’avais animé La vie en Estrie et Deux filles le matin. Je faisais de la quotidienne depuis 17 ans. J’avais envie de vivre autre chose. Quand Dominique Chaloult m’a parlé d’une case horaire d’une heure, avec un seul invité, j’ai souhaité plonger. Il y a en moi un petit côté rebelle qui aime infiniment faire les choses un peu à contre-courant. Avec ce concept, on a le temps d’installer une discussion, de mettre les choses en contexte, de réfléchir. On a le temps de prendre le temps, en fait. Des émissions au cours desquelles on se permet ça, il n’y en a pas tellement. On est vraiment formaté pour du court et du punché, ce que je ne déteste pas, cela dit, mais disons que j’ai dû reprogrammer quelque chose, me réapproprier une autre façon de faire. » 

L’émission est enregistrée d’une traite, sans césure, au rythme de la discussion. Antoine Gratton, qui a composé le thème musical de l’émission, ponctue l’entrevue en apportant sa touche mélodique. 

Au début, l’équipe avait à l’esprit de varier les champs d’expertise de ses invités. Une humoriste, une animatrice, un acteur, un journaliste, un auteur, vous voyez l’idée.  

« Mais on a vite réalisé que même si, à un moment donné, la conversation glisse sur la profession d’un invité, ça reste un aspect plutôt secondaire. La posture de l’émission fait en sorte qu’on s’en va dans toutes sortes de direction, qu’on s’intéresse au parcours et à la personne dans ce qu’elle est plutôt que dans ce qu’elle fait. »  

Serge Denoncourt, Maripier Morin, Patrick Lagacé, Frédéric Lenoir, Virginie Fortin, Louis T., Mariana Mazza, Alain Vadeboncoeur sont quelques-uns des 20 invités qui sont venus se raconter autour d’un verre de vin. Le Sherbrookois David Goudreault, auteur, slameur et chroniqueur à La Tribune, a également passé une heure sur le chaleureux plateau. 

« Il a fait un slam en direct avec des mots que les gens lui suggéraient à la fin, c’est assez impressionnant! »

Des moments suspendus

Chacune des captations a donné lieu à de l’inattendu. À des moments suspendus. 

« On est dans un autre espace-temps. Peut-être, en partie, parce qu’on a tourné tard le soir. Notre réalisateur, Guillaume St-Arnaud, ne voulait pas de décor. Il souhaitait qu’on voie la ville, le soir, il voulait un drone pour tourner des séquences de l’extérieur. On a commencé le tournage en juin, alors que le crépuscule est plus tardif. On commençait un premier enregistrement à 21 h 30. Le temps de se réinstaller pour recevoir un deuxième invité, il était souvent tout près de 23 h, ce qui nous menait à terminer la captation après minuit. Le tournage de soir a installé une ambiance particulière, très intime, très relax. » 

Originalité bien pensée : l’émission s’ouvre sur une définition de l’invité écrite par un auteur choisi, différent chaque semaine.

La production comme telle est signée Pamplemousse Média, la boîte qu’ont lancée France Beaudoin et Nancy Charest il y a sept ans. Le saut en affaires a été salutaire pour l’animatrice, qui avait déjà tâté de la coproduction avec Attraction Images pour En direct de l’univers et Silence, on joue!

« Autant c’est difficile, vertigineux et précaire, autant ça m’a aussi amené une stabilité. Ça a libéré l’animatrice, en quelque sorte, parce que je n’attendais pas que le téléphone sonne. Je pouvais créer mes projets, les mettre en place. Même quand les idées ne se concrétisent pas, au moins, tu es dans l’action, tu n’es pas dans la vulnérabilité d’attendre qu’on veuille de toi. Moi, je voulais avoir le choix, provoquer des choses, les réaliser. Je voulais être responsable de mon bonheur. Et ça me fait beaucoup de bien parce que je ne pourrais pas faire une seule chose. J’aime pouvoir goûter au magazine social avec Banc public, dont le retour est d’ailleurs confirmé l’an prochain, autant que j’aime toucher au quiz télévisé avec Silence, on joue! et faire le gala Mammouth avec les jeunes. Chaque projet m’emmène dans des zones différentes et j’adore ça. »  

L’enregistrement de « Pour emporter » s’est fait au Centre des sciences de Montréal pour profiter de la vue sur la ville.

Penser en dehors de la boîte

Avec une nouvelle proposition télé tout entière tournée vers les mots, impossible de ne pas poser la question : de ton côté, France, quels mots sont des repères précieux? 

« Lors d’un séjour aux Îles-de-la-Madeleine l’été dernier, j’avais eu un coup de cœur pour une toile. J’étais retournée la voir souvent, mais sans l’acheter, en me disant que c’est un tableau que j’aurais aimé mettre dans la cuisine. Mon chum me l’a fait livrer pour ma fête. Quand j’ai ouvert la boîte, j’ai remarqué le titre de l’œuvre pour la première fois : Penser en dehors de la boîte. C’est drôle parce que, ça, pour moi, c’est un principe de base, quelque chose que je répète souvent. Et depuis toujours. Je ne suis pas une révolutionnaire, mais la possibilité de penser autrement, de se donner le droit à ça, c’est une idée qui m’habite en permanence. Le tableau a définitivement trouvé sa place à côté de la table de la cuisine. »

Mots Pour emporter

Chaque semaine, les mots choisis par les invités seront imprimés et disposés sur les tables où s’assoit le public présent pour l’enregistrement. Citations, affiches de film, livres, boutades, paroles de chansons sont laissés à la disposition des gens. Ceux-ci sont invités à les éplucher pendant l’entretien et ils peuvent repartir avec ce qu’ils veulent, avec ce qui résonne en eux.  

« Ça va dans toutes les sphères. Les spectateurs peuvent repartir tantôt avec l’évangile selon Jean apporté par le philosophe Frédéric Lenoir, tantôt avec Le guide de l’auto dont parle le comédien Patrice Robitaille, par exemple. »

En direct depuis 10 ans

Comme l’an passé, ICI Radio-Canada lancera sa saison sur le plateau d’En direct de l’univers, le 8 septembre prochain. Pendant 90 minutes, France Beaudoin mènera une vingtaine d’entrevues avec différents artistes qui font partie de la programmation. 

« C’est comme un gros party de famille », résume celle qui en est à sa 10e année à la barre de la populaire émission musicale diffusée en direct chaque samedi. Celle-ci a d’ailleurs été renouvelée pour deux ans par le diffuseur. Une rareté dans le milieu télévisuel, qui a plutôt l’habitude d’avancer une saison à la fois dans le calendrier. Stéphane Rousseau, Julie Bélanger, Louise Latraverse, Karine Vanasse, Bianca Gervais, Élise Guilbeault et Yannick Nézet-Séguin sont quelques-uns des invités confirmés. 

Vous voulez regarder?

Pour emporter
ICI ArTV
Vendredi, 20 h, dès le 17 août