Quelques robes aperçues dans le clip de la chanson Too Funky de George Michael, réalisé par Thierry Mugler.

Flamboyant Mugler

MONTRÉAL — L’ouverture de l’exposition sur Thierry Mugler n’est pas passée inaperçue.

Il y avait déjà cette aura de première mondiale qui planait sur l’événement et qui piquait la curiosité. Pour la première fois, on mettait le travail du créateur de mode français en vitrine muséale.

Lorsque Kim Kardashian a annoncé sa venue éclair pour l’occasion, les journaux de partout se sont emballés. Un véritable raz-de-marée médiatique a déferlé dans la métropole. Les photographes ont été nombreux à venir pointer leur lentille sur le tapis rouge déployé au Musée des beaux-arts de Montréal.

Ça pourrait être anecdotique, mais ça ne l’est pas tant que ça.

Parce que c’est un détail qui en dit long sur le parcours du designer de mode, qui flirte depuis ses débuts avec le monde de la pop. David Bowie, Madonna, Lady Gaga, Diana Ross, Céline Dion et Diane Dufresne sont quelques-unes des célébrités qui ont porté les originales tenues du couturier. Reconnu pour sa griffe extravagante, il avait jusqu’ici refusé toutes les rétrospectives proposées par différents établissements à travers le monde. C’est la directrice du MBAM, Nathalie Bondil, qui a réussi à convaincre le grand nom de la mode de se prêter au jeu.

Même lorsque Mugler épure son style et joue la carte du strict noir et blanc dans une collection de tailleurs, l’audace et la démesure sont encore au rendez-vous.

Croquis et costumes

L’exposition-événement, portée par le MBAM et montée par le commissaire Thierry-Maxime Loriot, a attiré plus de 70 000 visiteurs depuis son inauguration, début mars. Elle propose une originale plongée dans les univers pluriels de Mugler et regroupe pas moins de 150 tenues conçues entre 1977 et 2014. Les différents tableaux immersifs qui rassemblent le fruit de tant d’années de métier permettent de prendre la pleine mesure de l’atypique parcours du créateur de 70 ans. Différents collaborateurs ont mis leur talent au profit de la scénographie, notamment Rodeo FX, boîte montréalaise spécialisée en effets spéciaux, qui figure au générique des succès Game of Thrones, Arrival, Birdman.

Au bout du compte, l’exposition est à l’image du designer qu’elle met en lumière : flamboyante.

D’entrée de jeu, on découvre le côté théâtral de l’as de la haute couture, aussi metteur en scène, parfumeur, photographe et réalisateur à ses heures. Celui qui a travaillé avec différents cinéastes, architectes, photographes et artistes célèbres a aussi été invité à mettre sa touche unique sur divers projets portés par d’autres compagnies. Au Québec, le Cirque du Soleil l’avait mandaté pour la fabrication des costumes de Zumanity.

Dans le cocon noir de la première chambre, on apprend qu’il a aussi mis sa griffe sur les 70 costumes de La tragédie de Macbeth de Shakespeare (pour la troupe de la Comédie-Française, en 1985). Entre les croquis exposés sur les murs, les détails des armures autant que les particularités des robes des dames de compagnie harponnent le regard.

Jusqu’à ce que, devant nous, des personnages prennent vie.

Grâce à un heureux jeu de projections visuelles, l’installation numérique La dissolution de Lady Macbeth (signée Michel Lemieux) reconstitue une scène forte. Sur la musique du compositeur islandais Johan Johannsson, la reine se meut et se meurt devant nos yeux. Comme introduction, c’est très réussi.

Une signature unique

Autre salle, autres écrans : on constate ensuite l’influence de l’inclassable créateur dans la sphère du spectacle. Il a habillé quantité de vedettes et a même tâté la réalisation de vidéoclip (Too Funky du chanteur George Michael). Un éventail d’extraits vidéos et d’habits de scène portés par différents artistes de renom rappelle à quel point Mugler maîtrise l’art du costume et de la mise en scène. À quel point, aussi, sa vision s’est déployée en dehors des podiums et des défilés de mode pour s’inscrire dans la pop culture.

Tout au long du circuit, on reconnaît la signature du couturier qui n’a jamais fait dans la demi-mesure. Les créations qu’il a imaginées nichent dans le créneau de l’inusité. Épaulettes exagérées et formes accentuées se découpent dans nombre des tenues qui habillent les mannequins grandeur nature. Le résultat est étonnant et l’effet d’ensemble, spectaculaire.

Les silhouettes féminines qui se dessinent d’une pièce à l’autre ont un caractère tantôt onirique, tantôt fantaisiste, tantôt improbable. Plumes, paillettes, couleurs éclatantes, accessoires extravagants, structures de métal, dentelles fines et froufrous froncés se déploient dans les costumes variés que Mugler a confectionnés au fil du temps et dans lesquels il a osé intégrer PVC, caoutchouc et autres matières nouvelles en haute couture.

Même lorsqu’il épure son style et joue la carte du strict noir et blanc dans une collection de tailleurs, l’audace et la démesure sont encore au rendez-vous. Elles caractérisent aussi les photos, les dessins et les vidéoclips qui habillent les murs du MBAM pour tout l’été. Après quoi, l’exposition partira en tournée. On l’attend notamment à Rotterdam et à Munich.

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Couturissime
Thierry Mugler
Musée des Beaux-Arts de Montréal
Jusqu’au 8 septembre