Five Alarm Funk : Quand la confiture prend feu

La première image qui accueille le visiteur sur le site internet de Five Alarm Funk (FAF), c’est un Tayo Branston torse nu et en sueur dans une lumière rouge. Le batteur-chanteur aux cheveux bouclés dégoulinants se trouve au beau milieu de la scène, hurlant dans son micro, entouré d’une tribu de musiciens dont certains portent un costume flamboyant ou excentrique, devant une foule sautillante et enflammée.

C’est clair : Five Alarm Funk carbure au party. Et ce n’est pas le frontman du septuor vancouvérois qui va le démentir.

« Nous avons une sorte de mantra en spectacle : nous sommes ici pour nous amuser, pour divertir, pour faire sourire les gens et leur faire aimer la vie. Et vivre une expérience de scène où tu peux te laisser aller et être le plus libre possible, c’est tellement le fun! Les personnes qui viendront nous voir chez vous peuvent s’attendre à repartir avec un grand sourire au visage », raconte Tayo, qui ne cache pas être souvent complètement épuisé à la fin d’une prestation.

« Mais en seize ans de scène, nous avons appris à retenir l’énergie et à la pousser à fond aux moments opportuns. Ça reste quand même fatigant, comme un match de ho-ckey ou de soccer. Tu donnes tout, mais pendant le spectacle, tu surfes sur toute cette énergie », explique celui qui assume, au surplus, le rôle de leader du groupe.

« Ça a toujours été très naturel pour moi. Je suis très à l’aise devant une foule et avec le micro. Quand nous avons débuté, j’étais à l’arrière comme tous les batteurs. Mais le public ne voyait pas qui lui parlait, caché derrière le mur des autres musiciens. Et tu ne peux pas connecter avec quelqu’un que tu ne vois pas. Pour des raisons professionnelles, nous avons vite déménagé ma batterie à l’avant de la scène. »

Il faut dire que ce n’est pas comme si Tayo Branston devait interpréter des mélodies très élaborées tout en frappant sur ses tambours : la plupart des pièces de FAF sont instrumentales. Et lorsqu’il y a des paroles, elles sont le plus souvent scandées à l’unisson par tout le groupe. Certaines sont même créées sur scène selon l’énergie du moment.

Allumer la mèche

On l’aura compris : la spontanéité a joué et joue encore un rôle important dans l’histoire de Five Alarm Funk, non seulement sur scène, mais aussi dans la manière de créer de nouvelles pièces ainsi que dans la genèse même du septuor.

Tout ça a commencé en 2003 par une « séance de confiture » (jam-session) entre musiciens vancouvérois. « C’est une façon très organique de fonder un groupe, commente Tayo en riant. Nous nous sommes rencontrés lors d’une fête organisée dans une maison privée. Il y avait des musiciens d’un peu tous les quartiers de Vancouver. Nous avions

à peu près tous déjà entendu parler les uns des autres, de ces gars censés être de fantastiques instrumentistes. Les personnes qui ont assisté à cette jam-session l’ont vraiment appréciée. C’est après ça que nous avons décidé de créer des pièces originales. »

Sans le savoir, Tayo Branston et ses deux coéquipiers fondateurs, le guitariste Gabe Boothroyd et le bassiste Neil Towers, venaient d’allumer la mèche d’une explosive expérience artistique et scénique, laquelle conquiert depuis un nombre croissant d’amateurs. Après avoir mis le feu à la côte ouest, la flambée atteint maintenant l’Est, le Québec se laissant consumer à son tour.

35 fois passera

FAF a évidemment sophistiqué sa façon d’écrire depuis ses débuts, mais il arrive encore que les membres du groupe fassent naître de nouvelles chansons en improvisant ensemble, révèle Tayo.

« En fait, je pense que c’est parce que nous avons diversifié nos façons d’écrire si le groupe a maintenant un répertoire aussi varié. Certaines chansons sont travaillées par un seul musicien, parfois par un petit groupe de trois, parfois tous ensemble en répétition, où chacun lance des idées aux autres jusqu’à ce que quelque chose de magique se produise. Rien n’est coulé dans le béton. »

On s’en doute, la communication au sein du groupe est très importante, surtout quand toute la bande part ensemble en tournée. Il y a d’ailleurs eu un certain roulement de musiciens chez FAF. Tayo Branston évalue à 35 le nombre d’instrumentistes qui y sont passés plus ou moins longtemps. Lors de la réalisation de Sweat (2017), leur plus récent disque, les gars étaient encore huit.

« Mais la gang que nous avons en ce moment est assurément une des plus dévouées. C’est essentiel pour la survie d’un groupe comme le nôtre. Chacun a ses responsabilités en dehors de la musique : la comptabilité, les réservations et les locations, les produits dérivés, les médias sociaux, les relations de presse, la gestion… Tout ça permet à chacun de focaliser sur l’unité du groupe. Et tout le monde a une attitude très positive. »

Le plus chaud

Autre avantage : chacun apporte ses influences, et elles sont nombreuses. Si le funk restera toujours le noyau du groupe — ils sont de grands amateurs de James Brown et Tower of Power —, les membres de FAF adorent tout autant Frank Zappa que Tito Puentes ou la formation afrobeat Antibalas. Toutes ces couleurs et bien d’autres (jazz, métal même) se retrouvent aujourd’hui sur leurs six albums.

« C’est un peu devenu notre marque de commerce », résume Tayo Branston, celui qui a proposé Five Alarm Funk comme nom de groupe.

« Mon père était pompier. Un feu de cinquième appel (five alarm) est le plus chaud de tous. Un five alarm chili est le chili le plus piquant. C’est donc avec Five Alarm Funk que tu auras le funk le plus brûlant. C’est aussi simple que ça! » conclut-il en éclatant de rire.

Vous voulez y aller?

Five Alarm Funk se produira le 8 juillet à 19h30 sur la scène de Place d'Youville au Festival d'été de Québec et le 10 juillet à 20h au Théâtre Granada de Sherbrooke.