Florence K

Fil franco

Si Florence K signe un premier disque en français, c’est un peu, beaucoup, à cause de son émission hebdomadaire à la radio de CBC.

« Ce nouvel album est le reflet d’où j’en suis actuellement dans la musique. J’étais auparavant davantage portée vers le jazz et la musique latine, mais depuis deux ans, j’ai ce micro où mon mandat est de faire découvrir la musique francophone à un public majoritairement anglophone. Parce que je veux intéresser l’auditoire, je creuse beaucoup le répertoire que je fais jouer. Je fais moi-même toutes les recherches, j’écris mes interventions. Cette immersion a fait en sorte que j’ai eu envie d’écrire en français. J’aime jouer avec les mots, mais ma force à moi réside davantage dans les mélodies que dans les textes. Je me suis donc entourée d’auteurs de talent pour pousser mes idées plus loin. »

Moran, Jean-Jacques Marnier ainsi que le Sherbrookois David Goudreault ont donné un coup de plume à la chanteuse.

« Leur apport est considérable. Ils m’ont offert quelques textes, et on en a coécrit d’autres ensemble. J’aborde différents thèmes qui touchent autant à l’intime qu’à l’universel », explique celle qui a croisé la route de David Goudreault lors d’un salon du livre.

« On avait la même maison d’édition [la chanteuse a signé les bouquins Buena Vida et Lili Blues] et on autographiait des livres l’un à côté de l’autre. J’aimais entendre David parler aux gens, j’aimais son approche. À la fin de la journée, on s’est dit qu’on devrait écrire ensemble. Quand j’ai décidé de faire un disque en français, je l’ai rappelé. On a jasé de différents thèmes. Il m’a pondu deux textes (Paparfait, Minuit moins toi) et on a signé ensemble Pas grand-chose pour être heureux, mon premier extrait radio, sur lequel il interprète d’ailleurs la portion rap. »

Des chansons et des ramens

Le disque a été réalisé avec Jean Massicotte, « un grand manitou des arrangements et du travail en studio ».

« Pour vrai, ce gars-là est un génie, insiste Florence. Et je pèse mes mots, il a quand même étudié la physique quantique! On a passé quelques mois à confectionner ce chapelet de chansons à deux, en s’alimentant de bols de soupe ramen parce que le studio se trouvait au-dessus d’un resto dont c’était la spécialité. »

Les sonorités qu’explore la musicienne sont pimentées de touches technos. Une nouveauté pour celle qui compose au piano.

« L’idée est venue de ma fille, qui est maintenant adolescente. Elle lisait sur le sofa pendant que je créais. Elle m’a dit que je faisais la même chanson depuis des années. Ça m’a donné un choc, j’ai eu envie de bousculer mes habitudes, d’autant plus que ma fille me fait découvrir plein de nouveautés musicales géniales. Il y a aussi que j’ai écouté beaucoup d’électro dernièrement. Milk & Bone, Portishead, ces trucs-là. C’est la seule musique que je suis capable d’entendre lorsque j’étudie. »

C’est que la chanteuse a fait un retour sur les bancs d’école.

« Je fais une maîtrise en santé mentale avec l’idée de postuler ensuite en neuropsycho ou peut-être même en médecine, dans trois ou quatre ans. »

Le virage peut sembler étonnant tant il détonne avec la sphère artistique.

« Parce que j’ai moi-même eu des problèmes de santé mentale, je sais combien ceux qui travaillent dans le domaine font un travail précieux. C’est un domaine qui me fascine et me passionne. Ces études ont en quelque sorte sauvé ma relation avec la musique, laquelle était pour moi, à la base, une passion et un exutoire. Mais avec tout ce qui se passe dans l’industrie, il y avait une perte de sens. Du stress, aussi. J’ai vécu beaucoup de remises en question. Le fait de me réorienter vers quelque chose d’autre qui m’allume a fait en sorte que j’ai retrouvé le plaisir de la musique. En m’ouvrant d’autres portes, j’ai retrouvé une légèreté avec mon métier. Ça fait en sorte que je monte sur scène avec le même élan que lorsque j’avais 20 ans. »