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Joachim Lafosse, Damien Bonnard, Leïla Bekhti et Gabriel Merz Chammah, la «famille» des Intranquilles sur le tapis rouge.
Joachim Lafosse, Damien Bonnard, Leïla Bekhti et Gabriel Merz Chammah, la «famille» des Intranquilles sur le tapis rouge.

Festival de Cannes: perdre la tête...

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
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CANNES — Pas d’inquiétude, le titre ne fait pas référence à ma santé mentale. Quoique, à près de 30 films en dix jours et quantité de textes… Hasard de la programmation ou volonté du délégué général Thierry Frémaux, allez savoir, les deux derniers films de la compétition de cette 74e édition du Festival de Cannes abordent la question de la santé mentale. Et Les intranquilles de Joachim Lafosse s’y attaque de front en montrant l’impact sur la personne qui souffre, mais aussi les graves répercussions sur sa famille.

Le long métrage du réalisateur français débute dans le cadre idyllique de la Côte d’Azur. Rapidement, toutefois, le spectateur voit qu’il y a quelque chose qui cloche chez Damien (Damien Bonnard, fantastique). Le peintre, survolté, ne tient pas en place. Il termine ses vacances à l’hôpital… psychiatrique.

Lafosse a le tact de ne pas en révéler plus sur la nature de sa maladie. Il s’efforce plutôt de montrer l’impact de celle-ci sur Leïla (Leïla Bekhti) et leur jeune fils Amine (Gabriel Merz Chammah).

L’inquiétude et la tension montent dès qu’ils sentent que Damien, incontrôlable, commence à partir en vrille. Parce qu’il refuse de prendre ses médicaments.

Sa femme, malgré son refus de devenir «son infirmière ou sa mère», entre dans un état d’hypervigilance qui la place sur le bord de la crise de nerfs. Amine, lui, est gêné par les actions farfelues de son père malgré son amour inconditionnel.

Damien (Damien Bonnard) et Leïla (Leïla Bekhti) doivent composer avec la maladie mentale du peintre dans <em>Les intranquilles </em>de Joachim Lafosse.

Impossible de ne pas se sentir interpellé (surtout que les acteurs gardent leur propre prénom, accentuant le trouble ressenti au visionnement).

Que ferions-nous à la place de Leïla? À un moment, je me suis surpris à penser : «Non, mais, fais-le enfermer!» La honte…

Le couple dans tous ses états, surtout au bord du précipice, s’est avéré un sujet de prédilection pour le cinéaste (Folie privée, À perdre la raison, L’économie du couple…). Or, la fin ouverte joue ici un rôle fort efficace.

Joachim Lafosse s’est toujours distingué par sa mise en scène rigoureuse, certes, mais aussi le doigté de sa direction d’acteurs. Cette fois encore, ce qui permet à Damien Bonnard d’être d’une singulière justesse dans la peau de ce peintre qui n’arrive pas à concilier son intense désir de création et sa maladie.

Un prix d’interprétation serait approprié, sans rien enlever à Leïla Bekhti, également très solide.

La bombe à retardement

Même chose pour Caleb Landry Jones, remarquez. Il s’avère formidable (et inquiétant) dans Nitram de Justin Kurzel (Macbeth, en compétition en 2015).

Caleb Landry Jones dans <em>Nitram</em> de Justin Kurzel.

Le jeune homme, qui vit avec père aimant (Anthony La Paglia) et mère sévère (Judy Davis, très solide), est moins intelligent que la moyenne — ce qui n’explique pas tout. Colérique, il semble constamment sur le point d’éclater malgré sa médication.

Les choses vont se calmer lorsque Nitram rencontre Helen, une héritière excentrique. Le film prend une tangente à la Harold et Maude. Pas pour longtemps : un terrible accident entraîne celle-ci dans la mort.

Le réalisateur fait alors basculer son long métrage dans le suspense. Le spectateur sait que Nitram s’apparente une bombe à retardement. Quand va-t-il exploser?

Le film s’inspire de faits réels qui se sont déroulés dans les années 1990 en Australie. Quelques raccourcis dans le scénario en mine un peu sa crédibilité. Et sans connaître la véritable histoire (j’ai été le voir sans lire le synopsis — mon credo à Cannes, pour me réserver la surprise de la découverte), son aspect prévisible nuit à sa force d’impact.

N’empêche que le spectateur est en droit de se demander si les choses se seraient déroulées de cette façon si la mère de Nitram avait accepté qu’il rencontre un psychologue, comme le recommandait son médecin traitant… La honte que son fils soit différent alors que, peut-on croire, il aurait pu être soigné.

C’était il y a plus d’un quart de siècle, mais les stigmates associés à la maladie mentale demeurent présents…

+

En vue du palmarès de cette 74e édition, remis samedi soir à Cannes, voici un tableau récapitulatif de mon appréciation des films de la compétition.

On a vu

Un héros

Asghar Farhadi 

**** 


Drive My Car

Hamagiuchi Ryusuke

*** 1/2


Flag Day

Sean Penn

*** 1/2 


France

Bruno Dumont

*** 1/2


Haut et fort

Nabil Ayouch

*** 1/2


La fracture

Catherine Corsini

*** 1/2


Le genou d’Ahed

Nadav Lapid

*** 1/2


Les intranquilles

Justin Kurzel

*** 1/2


Les olympiades

Jacques Audiard

*** 1/2


The French Dispatch

Wes Anderson 

*** 1/2


Titane

Julia Ducournau 

*** 1/2 


Tre piani

Nanni Moretti

*** 1/2


Benedetta

Paul Verhoeven

***


La fièvre de Petrov

Kyrill Serebrennikov

*** 


Les liens sacrés

Mahamat-Saleh Haroun

***


L’histoire de ma femme

Ildiko Enyedi

***


Nitram

Justin Kurzel

***


Red Rocket

Sean Baker

***


Tout s’est bien passé

François Ozon

***


Annette

Léos Carax

** 1/2


Bergman Island

Mia Hansen-Love

** 1/2


Julie (en 12 chapitres)

Joachim Tier

** 1/2


Memoria

Apichatpong Weerasethakul 

** 1/2


Compartiment No. 6

Juho Kuosmanen 

**