Afin de vulgariser les propos de sa mère sociologue Irène Théry sur le prétendu conservatisme des Français, tel que supposé lors des manifestations monstres contre la loi autorisant le mariage entre personnes de même sexe, le cinéaste Matthias Théry a eu recours à ses oursons en peluche. Le tandem sera présent à la Maison du cinéma de Sherbrooke mercredi pour la présentation du film La sociologue et l'ourson., en compagnie de second réalisateur, Étienne Chaillou.

FCMS : la loi, la sociologue et son ourson

En prévision de sa tournée au Canada, Mathias Théry a appelé sa mère, Irène, pour explorer avec elle les pistes de réponses lorsque les journalistes et le public allaient les interroger sur le conservatisme du peuple français après le visionnement de La sociologue et l'ourson. C'est qu'elle est de bons conseils, Irène Théry, la sociologue de ce documentaire sur le mariage pour tous dont la parole pesait lourd au milieu de tous ces cris et slogans qui ont transformé un projet de loi aux apparences simples en un va-et-vient de manifestations monstres dans toute la France.
« Le point de départ du film, c'était vraiment le projet de loi, raconte l'ourson lui-même, Mathias Théry. On pensait bien qu'il y aurait débat, mais pas un débat aussi important. On était déjà surpris qu'il y ait une manif, on ne pensait jamais qu'il y en aurait des tonnes. »
« Très rapidement, le film s'est recentré sur ma mère, poursuit le réalisateur. On aimait son énergie, sa passion au moment de raconter ses recherches, ses réflexions, ses analyses sur la situation. Son regard était vraiment porté sur les familles homoparentales. On avait envie de faire un portrait de la militante intellectuelle qui a une démarche très riche, abordant son sujet d'un point de vue sociologique, mais aussi historique, scientifique, judiciaire, parlant aussi du changement permanent, plus ou moins conscient, de la société. »
Mais les coréalisateurs Mathias Théry et Étienne Chaillou ont vite compris qu'une série de conférences et des entrevues vidéos avec Irène n'allaient pas donner un film très enlevant. « Elle n'était pas à l'aise devant la caméra, elle perdait son naturel et cette passion qui nous la rendaient si intéressante », confie son fils.
Il est donc devenu un ourson, et sa mère, une maman ourse, lorsque le duo créatif a décidé d'introduire des marionnettes à l'écran. « On a pensé à l'animation, mais c'était plus coûteux et moins rapide, explique Théry. Les marionnettes, c'était dans la logique d'une mère qui raconte une histoire à son fils, mais ça nous permettait surtout de nous approprier notre film, de mettre des images sur des bandes-son, de montrer ce qui se dit en effaçant un peu les tenants des propos. »
Ainsi marionnettes et images réelles se succèdent-elles pendant un peu plus d'une heure pour revenir sur ces longs mois de discussions, de débats et de manifestations qui ont retardé l'adoption de la loi sans toutefois l'annuler.
Plus conservateurs?
Mais la question s'est posée en 2013 et Théry a raison de prévoir qu'elle refera surface lors de sa tournée canadienne : les Français sont-ils plus conservateurs qu'on ne le croit?
« Je pense que le repli sur soi est palpable dans de nombreux pays en raison de la crise financière qui provoque instabilité et inquiétude, avance Mathias Théry. On se réfugie sur soi. Et il y a l'ambiance générale où on a davantage peur qu'avant, c'est certain. »
« Mais ça ne veut pas dire qu'on est moins ouverts, poursuit le trentenaire. C'est un peu comme le phénomène du Front national en ce moment. Fondamentalement, je ne crois pas que les gens sont racistes, mais ils croient les promesses de changement qui leur sont faites parce qu'ils sont inquiets. Dès qu'il y a de beaux parleurs, les gens se réfugient derrière eux. »
« C'est aussi ce qui explique les manifs contre le mariage pour tous qui ont marqué le projet de loi, croit Mathias Théry. Il y avait là des gens qui maitrisaient très bien les communications et qui essayaient de retourner le combat contre la loi et l'homosexualité en prétendant vouloir préserver la liberté de nos familles. Ils rendaient le message très positif, prenaient en main les manifs en fournissant les objets, les affiches et tout. Ils interdisaient même aux manifestants de s'adresser aux journalistes pour éviter que les propos homophobes ne soient rapportés. C'était tout pensé pour les catholiques plus traditionalistes qui n'ont pas l'habitude de manifester, mais qui étaient cette fois très présents. »
Sorti en France l'an dernier, La sociologue et l'ourson a remporté à Grenoble le Prix du public Documentaire au Festival Vues d'en face, connaît un beau succès à l'étranger et a même été acheté à Taïwan. Et en France?
« Il a été très bien reçu, entre autres parce qu'il s'adresse à tous. On comprend que, parmi les gens qui se sont opposés au mariage pour tous, il n'y avait pas que des homophobes, mais beaucoup de gens juste mal renseignés. Et les renseigner, c'est ça le travail de ma mère. »