Mathieu Quesnel

Fausse politesse et vrai talent

Il s'appelle Mathieu Quesnel. Il a déjà une longue expérience au théâtre et à la télé, mais on le connaît surtout depuis qu'il a joint l'équipe de comédiens de SNL Québec l'an dernier. Il a eu aussi un rôle dans Le règne de la beauté de Denys Arcand. Et dans Le vrai du faux, il se fera remarquer pour sa composition du personnage d'Éric Lebel, ex-soldat en stress post-traumatique, et... pour son immanquable scène de nudité.
En effet, alors qu'il partage une chambre d'hôtel avec Marco, Éric sort nonchalamment de la salle de bains en tenue d'Adam, pour simplement jaser avec le cinéaste, alors que ce dernier, indisposé, le presse de passer une serviette autour de sa taille.
«Quand j'ai lu la scène, j'ai été crampé de rire! Je n'ai même pas hésité. Ce n'est qu'après que j'ai réalisé que ma mère et une bonne partie du Québec allaient la voir... Mais je ne regrette rien», confie l'acteur, qui trouve que la nudité d'Éric démontre simplement la confiance et l'amitié qu'il voue à Marco Valois.
Elle traduit aussi le paradoxe du soldat (et de bien des hommes) qui n'a aucune gêne à se foutre à poil devant un ami, mais est totalement incapable de «dénuder» ses émotions en racontant son traumatisme vécu en Afghanistan.
Mathieu Quesnel a beaucoup lu sur le stress post-traumatique. «Les soldats qui en sont atteints ont des symptômes qui ressemblent à l'autisme. Ils ont constamment des hauts et des bas. Tantôt, ils sont incapables de se concentrer, tantôt, ils le sont à l'extrême. J'ai tenté de jouer cette forme d'instabilité.»
Nouvelle fragilité
La préparation n'a pas été que mentale : pour incarner un soldat crédible, Mathieu Quesnel a gagné un peu plus de dix kilos de muscles... qu'il a depuis perdus. Il a adopté un ton de voix plus grave. «J'ai aussi joué plusieurs scènes en contractant mes pectoraux, car Éric aime projeter une forme de puissance.»
Mathieu Quesnel connaissait bien le rôle puisque c'est lui qui l'avait créé au théâtre. Au champ de Mars devait être présentée à Sherbrooke en automne 2011, mais elle avait été annulée, à cause de la grève au Centre culturel. Mathieu l'a jouée plus de 60 fois.
«Mais le théâtre et le cinéma sont deux choses très différentes. Quand on m'a demandé à l'audition, j'ai cru que c'était seulement par politesse. Sauf qu'Éric est un personnage que j'adore. Je me suis donc quand même bien préparé. J'étais en lice avec cinq ou six autres gars qui avaient tous déjà fait du cinéma, contrairement à moi...» rapporte le comédien, qui a gardé foi en ses chances.
«Émile m'a quand même demandé de réduire, car mon jeu était trop théâtral. À la différence du film, le personnage de la pièce avait coupé tous les ponts. Il ne tentait pas de reconquérir son ex. Je lui ai donc ajouté une nouvelle fragilité.»