La journaliste Émilie Perreault, animatrice de <em>Faire œuvre utile </em>
La journaliste Émilie Perreault, animatrice de <em>Faire œuvre utile </em>

Faire œuvre utile... en ces temps de confinement

Depuis le début du confinement, la journaliste Émilie Perreault a renoué avec le téléphone. Elle a eu envie de passer un coup de fil aux gens inspirants et résilients qu’elle a côtoyés dans le cadre de son émission, Faire œuvre utile, inspirée du livre du même nom, ce qui a donné lieu à un podcast. Ces conversations, dit-elle, pourraient nous faire du bien.

Ces histoires pourraient nous permettre de relativiser.

Comme celle de Gabriel, ce père de famille qui a survécu à un lymphome de Burkitt et qui a dû vivre en isolement pendant quatre mois à l’hôpital.

L’animatrice l’a contacté pour voir comment il vivait ce « nouveau » confinement. Ce qui l’aide à passer à travers cette seconde période d’isolement? Le jeune père parle de lâcher prise sur ce qu’on ne peut contrôler. Du même coup, il avoue qu’il y voit un retour du balancier : ce temps d’arrêt lui permet de passer du temps avec ses enfants, de qui il a été privé pendant sa longue hospitalisation. Dans un épisode télé de la deuxième saison diffusée à ICI ARTV, on découvre aussi comment l’univers de la pianiste Alexandra Stréliski s’est mêlé au sien.

C’est à la suite d’une discussion avec un ami qu’Émilie Perreault a eu cette idée.

« J’ai un ami qui m’a un peu mise au défi. Il m’a dit : ‘‘Moi en ce moment ce qui me manque, ce sont des conversations signifiantes.’’ J’ai pensé que j’ai accès à un bassin de gens tellement inspirants! Quand on fait Faire œuvre utile, il y a vraiment une connexion particulière (...) C’est comme si j’ai déjà un canal avec les gens, je sais que je peux les appeler et avoir une discussion qui va au-delà de ‘‘Ça va bien, oui toi?’’. C’est ce que j’ai eu envie d’explorer. » 

L’enregistrement des conversations, prévient-elle, est fait « avec les moyens du bord », à partir de chez elle.

« C’est le mieux que je pouvais faire, c’est ce que je peux offrir. La réponse est quand même bonne, je pense que ça fait du bien d’entendre ces conversations (...) Je me trouve bien chanceuse en fait d’avoir ces numéros de téléphone, parce que moi, sincèrement, ça me fait du bien. Si ça peut aider d’autres gens, tant mieux. » Le podcast est disponible sur sa page Facebook. 

Quelle entrevue nous recommanderait-elle en cette période de pandémie?

« Par rapport à la série documentaire (Faire œuvre utile), c’est sûr que l’épisode avec Biz et le père de Saint-Jérôme qui a oublié son enfant dans la voiture, dans la catégorie ‘‘résilient’’, on est pas mal aux Olympiques. Ça nous sort de notre propre drame aussi, c’est une chose qui fait du bien aussi, de relativiser. De façon générale, quand on regarde la série, ça amène le téléspectateur à se questionner et à se demander ce qui l’aide à vivre en ce moment. Plus que jamais, on a bien des réponses à ça. Essaie de vivre ce confinement-là pas de télé, pas de livre, pas d’art et pas de musique... On aurait beaucoup plus de difficulté à vivre ce confinement sans tout ça. Pour moi, dans la pyramide de Maslow, l’art est plus en bas qu’en haut. Si tu veux avoir un bel équilibre, l’esprit a besoin d’être nourri et ça, ça passe par la culture. » 

Pendant qu’elle est à la maison, elle planche sur un projet d’écriture qui touche à la santé culturelle, un essai sur les saines habitudes culturelles qu’on devrait adopter. Émilie Perreault se dit convaincue que l’on entendra de plus en plus parler de ce sujet. D’ailleurs, dit-elle, plusieurs études scientifiques montrent cette importance. L’essai sera publié aux Éditions Cardinal. 

En cette période difficile, il faut voir ce qui nous fait du bien, et l’art peut faire une grande différence. Elle le voit dans sa vie.

« J’ai différentes playlists que je mets selon l’humeur que j’ai besoin de vivre à ce moment-là. Je pense que je n’en ai jamais tant écouté. On est toujours entre quatre murs, les toiles, les œuvres d’art que j’ai achetées au fil du temps, je ne les vois plus comme avant. Des fois mon regard se perd et je me dis que je n’avais pas remarqué ça dans ce tableau. Il y a toute cette beauté-là qui tout d’un coup apparaît à mes yeux, qui est là depuis des années, mais que je ne voyais plus. Je suis contente d’avoir ça », dit-elle en ajoutant que la musique prend actuellement beaucoup de place. 

« Je me rends compte que je retourne à des choses que j’ai déjà lues. J’ai ressorti les lettres d’amour de Gérald Godin et de Pauline Julien. Je les avais lues il y a longtemps, mais on dirait que je les lis différemment. Ça me fait rêver », dit-elle en riant. 

Émilie Perreault a une pensée toute particulière pour les artistes et le milieu culturel, qui sont frappés durement. « Je m’inquiète pour eux. On va reprendre une vie normale probablement dans les prochains mois, mais la distanciation sociale et les salles de spectacle, en ce moment, je ne vois pas comment ça va arriver... Il va falloir qu’on trouve quelque chose pour les aider. »

Gabriel, un père de famille qui a dû être isolé pendant quatre mois à l’hôpital

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Ses coups de cœur artistiques qui font du bien

Musique

Maude Audet
Tu ne mourras pas
« Cet album est extraordinaire, c’est d’une douceur! Je l’écoute beaucoup avec mon fils. Quand il a une explosion de colère, je le mets à son insu... il ne s’en rend pas compte, mais ça le calme. C’est vraiment essentiel pour moi en ce moment. »

Ásgeir, un artiste islandais
Bury the Moon
« C’est vraiment magnifique. Ce qu’il dit a rapport avec ce qui se passe en ce moment, il y a beaucoup de synchronicité... »

Littérature 

« Tout ce qu’écrit Naomi Fontaine, c’est magnifique. Son plus récent, c’est Shuni ou sinon Manikanetish... C’est un bouillon de poulet pour l’âme. »