Le samedi 2 décembre, Claire Pelletier clora le Festival Saint-Zénon-de-Piopolis 2017 avec son concert de Noël composé essentiellement de chants anciens et sacrés.

Faire revivre les Noëls oubliés

Aller à un concert de Noël de Claire Pelletier, c’est s’attendre à être légèrement bousculé. En tout cas, ceux et celles qui espèrent que la chanteuse ne dérogera pas d’une virgule à la tradition risquent de tomber en bas de leur traîneau. Par exemple, ils reconnaîtront très vite, derrière Laissez paître vos bêtes, l’air du Venez Divin Messie, mais assorti d’un texte complètement différent. Et si l’envie leur prend de chanter D’où viens-tu, bergère ? avec l’artiste, ils entendront le premier couplet se transformer en : « Je viens de l’étable/ De Bethléem/ De voir un miracle/ Qui me touche bien. »

« Les gens sont un peu déstabilisés, mais c’est amusant de les voir découvrir ces paroles dont ils ne soupçonnaient pas l’existence. Je ne peux pas affirmer que ce texte de D’où viens-tu, bergère ? est l’original, mais c’est le plus ancien que j’aie trouvé », rapporte Claire Pelletier, qui fait comprendre que, tout comme pour le traditionnel folklorique, les chansons de Noël ont été transformées et retransformées au fil des siècles. En fait, la plupart d’entre elles étaient d’abord profanes et le clergé se les est ensuite appropriées en changeant les paroles. Un phénomène similaire s’est produit en anglais, comme pour le Greensleeves original, complainte d’amoureux éconduit réapparue plus tard en What Child Is This ? (Quel est l’enfant ?).

Autre exemple, Une jeune pucelle, qui raconte l’histoire de l’Annonciation et clôt le deuxième album de Noël de Claire Pelletier (Noël Nau, 2015), existe aussi sous le titre Une jeune fillette. Cette version met plutôt en scène le désespoir d’une adolescente que ses parents ont forcée à devenir nonne. La mélodie est créditée à Eustache Du Caurroy (1549-1609). « Cette mélodie a servi à plusieurs interprétations. Et lorsqu’on fouille un peu, on découvre qu’elle a aussi inspiré celle du Noël huron, que l’on attribue à Jean de Brébeuf [et que Claire Pelletier offre en version amérindienne, Iesous Ahatonnia, sur son album]. »

« Quand on lit des cahiers de La bonne chanson, on se demande, pour certains textes, si c’est le responsable du recueil [l’abbé Charles-Émile Gadbois] qui aurait modifié les paroles... Comme on est dans le domaine public, tout un chacun peut changer des choses. »

L’histoire la plus racontée

En fait, ce qui indispose davantage certains spectateurs, c’est l’aspect religieux du répertoire. Mais même si elle apprécie tout autant les chants profanes, tels les grands classiques américains, Claire Pelletier a jugé que sa démarche d’historienne lui imposait d’aller vers les œuvres qui nous ont tous bercés collectivement et qui font partie des archives, indépendamment que l’on soit croyant ou non.

« On ne peut pas nier que nous ayons appartenu à la civilisation chrétienne. La naissance de Jésus reste l’histoire la plus racontée du monde et elle continue de nous fasciner. Ce que j’aime le plus de Noël, c’est qu’il me ramène à mes souvenirs d’enfance. En fait, tout dans cette fête nous ramène à l’enfant, autant celui qui renaît en nous que nos propres enfants, qui, pour moi, sont nos anges d’aujourd’hui. J’ouvre le spectacle avec cette idée-là. J’offre un moment à la fois festif et émouvant. »

Sept haltes sont prévues cette année pour cette prestation d’œuvres anciennes et sacrées, comportant l’entièreté des pièces de Noël Nau, mais aussi plusieurs du premier opus de Noël de la Sheffordoise (Le premier Noël, 2007). Le disque s’est écoulé à plus de 32 000 exemplaires aujourd’hui. En comparaison, Noël Nau vient de dépasser le chiffre des 6000.

« En dix ans, beaucoup de choses ont changé quant à la vente d’albums, soupire Claire Pelletier. C’est beaucoup plus difficile. Pour ma part, le numérique représente environ un tiers des ventes, mais une majorité d’admirateurs préfèrent encore le disque physique. J’en vends beaucoup après les concerts. »

Sur scène, l’artiste sera accompagnée par trois musiciens, soit Camille Gélinas aux claviers, Shawn Sasyniuk aux percussions et son fidèle complice et compagnon de vie Pierre Duchesne. La chorale Les Voix liées se joindra au groupe pour les trois dernières chansons du concert (Laissez paître vos bêtes, Noël nouvelet et Falala).