Fabien Cloutier avait envie depuis longtemps de montrer une réalité régionale, ce qu’on voit peu dans les fictions.

Fabien Cloutier s’offre Labrèche et Dorval

CHRONIQUE / Anne Dorval et Marc Labrèche, qui font très peu de séries télé, seront de la distribution de la comédie Léo, signée Fabien Cloutier, qui en tiendra le rôle-titre. La première jouera une coiffeuse et mairesse d’un village, alors que le second sera un contremaître macho dans une usine.

L’œuvre en 12 épisodes, coécrite avec Steve Laplante, Érika Soucy et Claude Lalonde, et produite chez Encore Télévision, apparaîtra au Club illico dès l’automne. Jean-François Chagnon, qu’on a connu dans Les Appendices, signe la réalisation. Marie-Laurence Moreau jouera Cindy, sur qui Léo jettera son dévolu, Steve Laplante sera Chabot, son meilleur ami, et Julien Poulin, son père Yvon.

Ce n’est pas la première fois que Fabien Cloutier côtoie Labrèche et Dorval, puisqu’il apparaissait en curé dans les sketchs Morte campagne avec Macha Grenon, un segment hilarant des Bobos, et une des premières fois où on le voyait à la télé. Labrèche et lui avaient tissé des liens en animant un événement bénéfice. Ce rôle dans Léo est bien plus qu’un retour d’ascenseur. «Ce sont tous des acteurs qui ont un timing comique, mais aussi une grande humanité et une grande vérité», affirme Fabien Cloutier, à quelques semaines du tournage.

Mais qui est donc ce Léo? Les fidèles du théâtre de Fabien Cloutier connaissent déjà un peu le personnage, inspiré du «chum à Chabot», apparu dans deux pièces de l’auteur et acteur, Scotstown et Cranbourne. Un être désœuvré, qui vit dans le village fictif de Wallace, et qui décide de prendre sa vie en main. «Ce gars-là arrive à la quarantaine sans avoir vraiment eu des emplois stables, n’a pas son secondaire 5, vit dans un village où tout le monde se connaît», raconte l’auteur. Sa quête le mènera à travailler dans une usine de pâtisserie, où il rencontrera la belle Cindy, échaudée par des relations amoureuses toxiques.

Fabien Cloutier décrit avec enthousiasme le personnage de Jessica, joué par Anne Dorval, une coiffeuse à qui Léo se confiera, et «qui aurait pu être première ministre». «Ça lui prenait une figure féminine très forte. Il n’a pas assez eu de femmes autour de lui, il a perdu sa mère très jeune. Il travaille dans un milieu d’hommes, il a sa gang de gars. Je pense sincèrement que plus on a des femmes autour de nous, plus ça change les hommes qu’on devient. Pour Léo, ça arrive un peu sur le tard, mais ça lui donne confiance en lui.»

Fabien Cloutier dans Cranbourne en 2013. Les fidèles du théâtre de Cloutier connaissent déjà un peu le personnage de Léo, inspiré du «chum à Chabot».

L’auteur se tiendra loin de la caricature dans Léo et se collera le plus possible à la réalité, y compris dans les costumes. «Mais il va peut-être y avoir un peu plus de bottes à cap d’acier, de pickups, de filets sur la tête dans les cuisines que dans les séries habituelles.» On verra Léo confronté à ses propres préjugés, une façon d’aborder certains tabous, à travers l’humour. «Si tout était si beau au Québec, on ne se questionnerait pas encore sur la mixité sociale et La Meute n’existerait pas. Ce gars-là n’est pas raciste, mais est entouré de gens qui risquent de nous confronter, malgré le ton de comédie. Ça reste une série lumineuse», confie Fabien Cloutier.

Le créateur avait envie depuis longtemps de montrer une réalité régionale, ce qu’on voit peu dans les fictions, comme il le constatait déjà au Conservatoire. «On dirait que tout le monde travaille dans une agence de pub, dans un immeuble à bureaux. Ils sont où les gens que je côtoyais quand j’étais enfant, ado? Et je viens de Sainte-Marie-de-Beauce, à peine à 20 minutes de Québec.»

L’acteur, qu’on reverra dans Les pays d’en haut, est convaincu que le public saura se reconnaître à travers cette «envie d’être bien, d’avoir de l’amour autour de soi, de se réaliser. Ce sont des quêtes qui n’ont pas de classe sociale, de religion, de région.» Il parle avec affection de son anti-héros, qui souhaite enfin s’accomplir, malgré ses moyens modestes. «Léo n’est pas sur Facebook, Twitter et Instagram. Il n’a même pas de cellulaire, quand il veut voir quelqu’un, il va le voir, point. Certains font la course aux followers et aux likes, Léo est à des kilomètres de ça, comme une partie du Québec. Ces gens-là valent la peine d’être écoutés.»

Très présent dans notre écran depuis quelques années, Fabien Cloutier est conscient de pouvoir atteindre de plus larges publics à la télé qu’au théâtre. «Les gens vivent des choses à travers nous. C’est le fun à porter. Faire de la télé, c’est un privilège.»

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1res FOIS ET LES MAGNIFIQUES RENOUVELÉES

Sans surprise, ICI Radio-Canada Télé a donné le go à une deuxième saison de 1res fois. Jeudi dernier, l’émission de Véronique Cloutier a atteint des sommets d’émotion avec Marie-Mai et Gildor Roy, tous deux dépassés par les trouvailles des recherchistes. Sûr qu’il y avait peu d’yeux secs parmi les 1001000 téléspectateurs qui ont regardé l’émission en direct. Le diffuseur a aussi renouvelé Les magnifiques, son émission à sketchs adaptée d’une série allemande, qui ne m’a pas du tout conquis le vendredi soir. Bien peu de rires pour trop de banalités, malgré des actrices formidables. Espérons que ce sera meilleur dans la deuxième saison.