Mélanie Noël et Sylvain Leblanc signent conjointement, en peinture et en mots, l’exposition Remous, présentée en février et mars à la Maison des arts et de la culture de Brompton.

Exposition Remous à la MACB: d’eau et de mots

L’eau occupe une place importante dans l’œuvre de Sylvain Leblanc. Originaire de la Mauricie, grand amateur de canot et de descentes de rivière dans une autre vie, il a tout naturellement transposé cet élément dans ses créations picturales. Mais lorsqu’on lui a demandé de trouver un autre artiste pour accompagner son exposition Remous, il a tout de suite pensé à Mélanie Noël, sans se douter que cette association coulerait autant de source.

Le fruit de leur collaboration vient d’ailleurs d’être installé à la Maison des arts et de la culture de Brompton, jusqu’à la fin de mars. Les tableaux de Sylvain Leblanc, où canots et pagaies côtoient des nageuses fantomatiques dans un bleu dominant, y rencontrent la poésie de Mélanie Noël, faite de phrases courtes, incisives, truffées de toutes les allusions possibles à l’eau.

« Je ne connaissais pas Mélanie, mais j’ai vu l’an dernier Les futurs disparus, son exposition conjointe avec le photographe René Bolduc. J’ai trouvé qu’elle avait un style coup de poing, que j’ai adoré. Lorsque je l’ai sollicitée pour mon exposition, elle m’a dit très directement oui! »

« En fait, nous étions déjà amis Facebook, précise la journaliste, poétesse et parolière. Donc je voyais déjà les tableaux qu’il mettait en ligne. J’en avais vu aussi dans des expositions collectives et chez des amis qui avaient acheté ses œuvres, et j’aimais beaucoup. Je songeais même à en acquérir. »

Résultat : l’autrice n’a eu aucun problème d’inspiration au moment de trouver les mots destinés à jouxter les toiles du peintre.

« Au contraire, j’en ai même eu trop, il a fallu faire une sélection. Lorsque Sylvain m’a écrit, il avait déjà le thème Remous en tête, et finalement, les textes qui sont restés font, pour la plupart, référence aux relations entre deux personnes, aux déclarations intimes. »

Ce qui donne des vers comme : « J’ai creusé en moi / Je t’y ai trouvé / En puits. » Ou alors : « Pour que tu ne t’étouffes pas / Dans mes trop pleins / Ne te noie pas /Je serai tremplin / Au-dessus de mes fonds de misère. »

« Pour moi, c’était quand même un défi, poursuit Sylvain Leblanc, car je n’avais jamais travaillé avec des textes, même si j’aime les mots. Finalement, tout s’est fait dans le plaisir, en harmonie. Je peux dire que c’était mon premier blind date artistique et que ce fut très agréable », ajoute-t-il dans un éclat de rire.

MARQUÉ PAR LE CANOT

Il ne faut pas croire que ce sont uniquement les textes qui sont nés des toiles : le contraire s’est aussi produit.

« Par exemple, Sylvain m’a envoyé des photos de quelques œuvres qui n’étaient pas encore achevées et qui m’ont inspiré des mots. Je les lui ai envoyés et il a terminé les tableaux ensuite, rapporte la journaliste. Certains textes ont aussi été écrits sans que je voie les peintures, et c’est après qu’on s’est aperçus qu’ils allaient ensemble. »

Même que, pour trois pièces, la poésie de Mélanie Noël se retrouve carrément intégrée à l’œuvre, ce qui a beaucoup touché l’écrivaine. « La plupart des mots de cette exposition sont éphémères, ils vont disparaître quand elle sera terminée, mais ces quelques bouts de phrase vont continuer de vivre, peut-être habiter chez d’autres gens. »

L’eau fait partie des créations de Sylvain Leblanc depuis un certain temps déjà. « J’aime sa sérénité, comme celle du canot qui glisse sur l’eau à cinq heures du matin, quand on n’entend que les oiseaux. C’est un élément marquant de ma vie. La première fois que j’ai intégré un canot dans une œuvre abstraite et que j’ai publié ça en ligne, j’ai su très vite, d’après la réaction, que j’avais un bon filon », résume l’artiste, qui utilise surtout l’acrylique, le crayon de plomb et le transfert d’images dans ses œuvres.

Un aviron vieux d’une centaine d’années, trouvé dans un embâcle par son père draveur, a aussi mérité une place dans quelques œuvres, reproduit à la façon d’un pochoir.

Quant aux nageuses, elles ont particulièrement interpellé Mélanie Noël. « Il y a quelque chose de plus paisible et contemplatif avec le canot et la pagaie, alors que les nageuses apportent plus de profondeur et un côté plus trouble. Il y a plein de mystère dans leur regard. »

Vous voulez y aller?

Remous
Sylvain Leblanc et Mélanie Noël
Maison des arts et de la culture de Brompton
Jusqu’au 29 mars