Patrick Groulx

Être Groulx, ce n’est pas un luxe

Patrick Groulx peut dormir sur ses deux oreilles. Les angoisses qui le tenaillaient avant son retour sur scène, après cinq années loin des planches, sont maintenant derrière lui. Non seulement son public est encore au rendez-vous, mais son quatrième effort solo, baptisé simplement Groulx, est sélectionné deux fois au prochain gala Les Olivier, pour le spectacle de l’année et pour les meilleurs textes, que l’humoriste a signés avec l’aide de François Avard, Pierre Fiola et Julien Tapp.

« J’avoue que la deuxième nomination me fait très plaisir. Pierre Fiola et moi, ça va faire 20 ans qu’on travaille ensemble. François Avard s’est occupé de la script-édition et il s’est avéré encore extrêmement pertinent. C’est incroyable, le talent de ce gars-là! Il a tellement une belle façon de voir le spectacle d’en haut, illustre-t-il. Nous, les auteurs, on a toujours le nez collé sur le texte. Puis François débarque avec sa vision globale et il est déjà capable de te dire si tu vas trop loin ou dans la mauvaise direction. »

« J’avais un numéro qui faisait beaucoup rire. Lui, il arrive et il te lance qu’il l’enlèverait. Pour un humoriste, ôter un truc qui marche, c’est presque sacrilège. On lui a tenu tête un peu, le plus qu’on le pouvait, et à la fin, on a fini par conclure qu’il avait raison et on s’est débarrassé du numéro », raconte-t-il en riant de bon cœur.

Au fil des années, Patrick Groulx a pris goût aux plaisirs du travail d’équipe. « Quand on commence dans le métier, on veut se prouver comme auteur, montrer qu’on peut être drôle tout seul, mais pour mon précédent spectacle, j’ai décidé de m’entourer davantage et j’ai adoré ça. Je trouve que ça nous permet d’aller plus loin. Une fois que tu as fait le tour de ta propre tête, c’est extraordinaire d’avoir accès à quelqu’un qui a une autre vision. Tout à coup, tu t’aperçois qu’il y avait une fosse à gags à côté que tu aurais pu rater », dit-il... son analogie faisant évidemment référence à une fosse à saumon.

Patrick Groulx

Quelque chose à dire

L’humoriste de 45 ans a tout de même vécu son lot d’inquiétudes pendant la gestation de Groulx. Après une si longue sabbatique, le public l’aurait-il oublié?

« Au début du rodage, un journaliste m’a carrément demandé pourquoi je revenais et ce que j’avais à dire, dans un contexte où la relève est très forte en ce moment. Tabarouette! Je peux te dire que j’ai eu une nuit blanche ce soir-là! Sur le coup, ça m’a secoué, mais c’était une excellente question et le journaliste a bien fait de me la poser, parce qu’on dirait que je revenais juste parce que c’est ma job. Alors pendant un an j’ai travaillé fort, j’ai rodé beaucoup, j’ai vérifié si j’étais encore drôle. Je suis passé à travers toutes ces étapes jusqu’à ce que je sois certain que j’avais quelque chose à dire. Ça n’a pas été facile, parce que, rendu au quatrième show, le public a des attentes, même quand c’est du rodage. »

« Mais une fois que tout ça est passé [la première montréalaise a eu lieu en février] et que tu sais que tu tiens quelque chose de bon, c’est juste le fun. C’est ce que je vis en ce moment », résume-t-il, en ajoutant que cette relâche de cinq ans lui a également permis de s’ennuyer de la scène.

« J’ai commencé à donner des spectacles à 19 ans. Ma pause est arrivée après 20 ans de tournée, à travailler le soir et les fins de semaine, à rater des mariages d’amis, des baptêmes, des fêtes de famille... J’ai enfin pu vivre une vie un peu plus normale. »

Quant à la fameuse question du journaliste, l’humoriste a trouvé beaucoup de trucs à dire. Notamment que vieillir n’est pas une si mauvaise chose. Qu’il y a même des avantages, parce qu’on n’accorde plus autant d’importance à ce que pensent les autres, on se fait davantage confiance et on a envie d’être soi-même (d’où le titre du spectacle, Groulx). Que ça vaut également la peine de se retirer temporairement de la scène pour se rapprocher de ses enfants et de vivre sa job de père, sans pour autant céder à la pression d’être un parent parfait. Aussi qu’on peut survivre à une séparation et même la réussir. L’humoriste a en effet traversé une rupture en 2015, avec Tania Lebel, la mère de ses enfants, qui fut sa conjointe pendant presque dix ans.

« Je suis resté très ami avec elle et on fait encore des choses en famille, même si ça a été difficile. »

Mais Patrick Groulx avoue que certains événements de sa vie, qui l’ont inspiré pour son spectacle, n’ont pas été faciles à rendre drôles sur scène. « Il y a des sujets comme ça qui sont tabous. Celui sur la séparation a été le plus difficile à travailler en rodage. Je touchais une corde trop sensible. Même chose pour le numéro sur la garde partagée, car j’ose dire que j’y trouve des avantages. Aujourd’hui, ces numéros vont bien, mais les thèmes ont été plus durs à aborder que je le pensais. »

Patrick Groulx en compagnie des concurrents de la saison 1 de Maître du chantier. La deuxième commencera le 13 janvier à V Télé.

La télé en parallèle

Ce n’est pas parce qu’il était en pause de la scène que Patrick Groulx se tournait les pouces. Sa carrière d’animateur, elle, continuait de bien se porter. Après 11 saisons et 226 épisodes de Jobs de bras, à Z Télé, l’humoriste a retrouvé un autre plateau où les habiletés manuelles sont à l’honneur : celui de Maître du chantier. La première diffusion, l’hiver dernier à V, a obtenu un succès suffisant pour répéter l’expérience. Le tournage de la deuxième saison est en cours et le début est prévu pour le 13 janvier à 20 h. Une quinzaine des meilleurs jeunes travailleurs et travailleuses de la construction s’opposent dans cette compétition au terme de laquelle le vainqueur met la main sur un important prix en argent (65 000 $ lors de la saison 1), lui permettant de développer ou de lancer sa propre entreprise.

« C’est un show qui est vraiment le fun à faire! On dirait que c’est la suite naturelle de Jobs de bras. Moi, je suis un fils de gars du Bell. Mon père a travaillé toute sa vie en construction pour cette compagnie, il est monté dans les poteaux, il a géré des équipes. C’était un homme de métier. Mais lorsque je faisais mon secondaire, ce n’était pas très valorisé. C’est quelque chose que j’aurais aimé, mais à mon époque, quand tu n’allais pas à l’université, tu te faisais juger, ce que j’ai toujours trouvé complètement ridicule. Dans la vie, chacun a ses forces et ses talents, personne ne peut tout faire et tout le monde a besoin de tout le monde! Ceux qui ont sept ans d’université étaient probablement bien contents que les gens d’Hydro montent dans les poteaux lors des dernières pannes électriques... »

Patrick Groulx lors du gala Carte blanche de Philippe Laprise en juillet dernier.

Patrick Groulx se considère donc comme très chanceux de pouvoir, avec Maître du chantier, présenter des charpentiers-menuisiers à des adolescents qui, peut-être, ne se reconnaissent pas dans le système d’éducation d’aujourd’hui. « Jobs de bras a fait ça pour ben du monde », souligne-t-il.

En plus, renchérit-il, la télé-réalité s’associe à des organismes sans but lucratif. « À chaque épisode, l’équipe va faire du bien, par exemple en aménageant un parc pour les enfants. » 

L’animateur va aussi renouer avec les émissions de canulars, par l’entremise de Coups de cochon, diffusée à Z Télé à partir de janvier. À la différence que ce ne sera pas lui qui jouera les tours. Il se fera épauler par une équipe constituée de complices humoristes, soit Michelle Desrochers, Guillaume Pineault et Matthieu Pepper. Des artistes invités (dont Yannick de Martino et Bob le Chef) feront également appel au trio pour piéger un proche, réaliser un souhait gênant ou concocter une petite vengeance. Mais il n’est pas dit que les tours ne se retourneront pas vers ceux qui tentent de les jouer...

« À 29 ans, j’ai eu la chance d’animer Le Groulx Luxe, c’est n’importe quoi [à MusiquePlus]. J’ai fait des sketchs, j’ai joué des tours et j’ai testé la patience du monde. Après, on m’a souvent proposé des concepts similaires, voire de refaire le Groulx Luxe. J’ai toujours refusé, je n’aime pas répéter les mêmes trucs. Quinze ans plus tard, j’ai deux enfants, mes cheveux grisonnent et je suis devenu beaucoup trop mûr pour ce genre de choses! J’ai donc demandé à des plus jeunes. Je les envoie sur des missions, mais je m’organise aussi pour qu’ils se niaisent entre eux. Ils ne savent jamais vraiment ce qui peut se passer », dit-il en rigolant.

« C’est aussi une émission où on montre les coulisses des gags, où on nous voit discuter avant et après. Et on se joue des tours en studio! »

Souvenir de Star Académie en 2012, alors que Patrick Groulx, qui était reporter lors des ralliements pour sauver les candidats en danger, s’est retrouvé à la Place de la Cité de Sherbrooke devant une foule en délire en soutien à Olivier Dion, alors mannequin pour la boutique Mes bobettes.