L’artiste montréalais Douglas Scholes réalise, à partir de pièces de trophées et d’objets divers dénichés chez Estrie-Aide, de nouvelles récompenses valorisant les tâches ménagères.

Estrie-Aide reçoit Douglas Scholes : Rejets de société et quotidien glorifié

Pour Douglas Scholes, l’invisible bien en vue mérite aussi une place au soleil. Ces derniers jours, cloîtré dans les profondeurs des ateliers d’Estrie-Aide, l’artiste remanie des vestiges de trophées pour en faire des odes aux tâches quotidiennes si peu valorisées.

Après avoir complété une résidence d’un mois au centre en art actuel Sporobole, le Montréalais qu’on connaît aussi comme l’Éboueur sauvage a eu envie de séjourner à nouveau en Estrie pour y poursuivre un projet entamé quelques années auparavant. Sa série de trophées réinventés, dont trois sont actuellement affichés à l’entrée du magasin d’Estrie-Aide, s’intéresse aux actions invisibles et banalisées que sont les tâches ménagères.  

« On répète pour une course, pour une compétition, dit-il. Pourtant, quand on passe l’aspirateur chaque semaine, on répète aussi une action. C’est du travail, ça aussi. »  

Gisent sur son établi de vieilles plaques inscrites Very Good et Nageur du mois. Un trophée « épousseteur du mois » ne paraît soudainement plus tellement absurde.

Une dizaine de trophées naîtront de son travail, qui inclut également l’utilisation d’objets divers dénichés chez Estrie-Aide, comme des bonbons en verre, des planches de coupe, des morceaux de marbre et plus.

« J’aimerais en laisser au moins un ici, chez Estrie-Aide. Je ne suis pas encore certain de sa vocation précise, mais je voudrais souligner l’unité du travail qui se fait ici », partage-t-il.  

L’aspect kitsch des pièces amassées l’appelle. « Je vais faire graver des plaques et je vais faire de la finition également. Je veux que ça ait l’air précieux », dit-il.

Il mentionne au passage le paradoxe derrière la fabrication en série de plusieurs pièces de trophées, alors que ces derniers servent à récompenser quelque chose d’unique. « On réduit la valeur pour faire quelque chose de valeur », ajoute-t-il.  

La crise des déchets  

Douglas Scholes, qui se préoccupe des résidus matériels de la consommation, ne peut que s’émerveiller devant le travail qui se fait chaque jour chez Estrie-Aide. De la réparation d’appareils électroniques au polissage de bijoux, l’entreprise redonne vie aux rejets des citoyens autant que possible.

« C’est génial que toutes ces choses soient données et réutilisées. Le problème, c’est que, justement, tout ça est donné, faute d’en avoir besoin », se désole l’artiste.

Les raisonnements de l’Éboueur sauvage sont plus qu’actuels, alors que le centre de tri de RécupEstrie est aux prises avec un surplus de matières recyclables depuis plusieurs mois.

« C’est inquiétant de savoir qu’une partie des matières sont seulement compressées en cube et emportées aux sites d’enfouissement », avance-t-il, faisant référence aux 46 pour cent de matières recyclables non valorisées au Québec.  

Il compare le centre de tri et les lieux de collecte comme Estrie-Aide à des intestins, précieux à un système digestif.

« Ce qui s’y trouve, les gens n’aiment pas ça, ce n’est pas beau. Mais c’est nécessaire, sinon, rien ne va plus dans le système. Je veux donner une valeur à tout ça d’un point de vue artistique, et soulever les problématiques sociales qui s’y rapportent. »

C’est donc par « l’esthétique pragmatique » qu’il porte notre attention sur les objets courants et le rapport entre leur apparence, leur utilisation et la manière dont ils traversent le temps.

Ses trophées seront dévoilés le 3 juillet, lors de sa dernière journée de création chez Estrie-Aide. Cet exercice s’inscrit dans la continuité de son actuelle exposition à Sporobole, Les errances d’un cueilleur de déchets, où il s’interroge sur la relation des citoyens avec ce qu’ils jettent.