Pour créer ses oeuvres faites à partir de matières organiques végétales, l’artiste Nadia Loria Legris s’inspire du passage du temps.

Éphémérités à la MACB : Art environnemental

Nadia Loria Legris et Bernard Bourbonnais ne se connaissaient pas, mais tous deux avaient une approche artistique parente. C’est la directrice de la Maison des arts et de la culture de Brompton (MACB), Maude Charland-Lallier, qui a eu la belle idée de créer une rencontre professionnelle et de jumeler l’univers créatif des deux artistes.

« On a réalisé qu’on avait beaucoup de points communs, autant dans notre travail et notre démarche que dans les préoccupations environnementales qui nous habitent tous les deux depuis de nombreuses années », exprime Mme Legris. 

Éphémérités, l’expo conjointe qu’ils présentent dès dimanche et jusqu’au 31 mars à la Maison des arts et de la culture, a un ancrage écologique important. Dans une originale formule de type plateau double, les œuvres de l’un et de l’autre se complètent et se répondent dans les trois salles d’exposition du rez-de-chaussée. 

« Notre approche à tous les deux n’est pas culpabilisante », précise M. Bourbonnais, qui travaille la photographie numérique.

« Avec mes œuvres, dit-il, je souhaite amener le visiteur à se poser des questions quant aux conséquences de ses actions quotidiennes. Je cherche à faire émerger une autre perception des choses. Les décisions qu’on prend, les gestes qu’on pose ici n’ont pas nécessairement un impact immédiat sur notre environnement, mais ils peuvent modifier celui de nos voisins plus ou moins éloignés comme celui de ceux qui nous suivront. Notre niveau de consommation et notre mode de vie ont un impact. »

Inspiré par la Gaspésie

Intitulée L’intangibilité des apparences, l’exposition qu’il signe rassemble divers clichés grand format répartis dans deux salles distinctes. La première est un espace zen où les couleurs bleutées dominent. On pense tout de suite à un univers marin sur lequel on aurait pointé un zoom, d’autant que le bruit des vagues que souffle un enregistrement invite à la détente, au calme et à la contemplation. 

« J’ai toujours été fasciné par les négatifs en photographie. J’ai utilisé ceux-ci pour créer les images de cette zone », explique l’artiste qui trouve son inspiration en Gaspésie. 

« J’ai découvert cette région en 1998, j’en suis tombé amoureux. J’y ai une maison depuis dix ans, d’ailleurs, et c’est une précieuse source d’inspiration. Je crée des univers visuels à partir des photos que je prends là-bas. Je ne recherche pas la photo parfaite, mon approche n’est absolument pas technique. Ce qui m’intéresse, ce sont les fragments que je peux aller chercher dans une image, et ce que je peux en faire ensuite. »

Pour L’intangibilité des apparences, il a travaillé à partir d’une base de plus de 400 photos, parmi lesquelles il a fait une sélection. C’est en passant dans la pièce voisine qu’on découvre les images originales aux teintes terreuses. On reconnaît alors la carcasse d’une baleine échouée sur la plage. 

« Ce ne sont pas nécessairement les mêmes images que j’ai utilisées d’un côté et de l’autre, mais elles font partie de la même série et se font écho. »

L’artiste Bernard Bourbonnais s’intéresse aux perceptions et à la portée de nos actions.

illustrer le passage du temps

Titulaire d’un diplôme de deuxième cycle en pratiques artistiques actuelles de l’Université de Sherbrooke, Nadia Loria Legris présente, elle, différentes séries dans l’exposition Marques et métamorphoses. Toutes ont en commun d’être réalisées à partir de matières végétales. Une variété de fruits et de légumes ont été photographiés à différents stades de composition et se voisinent sur de larges panneaux. La mosaïque illustre ainsi le passage d’un état à un autre. Elle montre l’effet du temps qui passe. 

« Le titre est venu rapidement. C’est le fruit d’une démarche créative amorcée il y a plusieurs années. Je m’intéresse au vivant et à notre environnement, je travaille la matière organique qui est délaissée, gaspillée, perdue. J’ai commencé en la transformant et j’ai réalisé qu’il y avait des choses intéressantes qui se passaient lorsque je me posais plutôt en observatrice. J’ai été étonnée de voir la singularité du résultat. Chaque fruit, chaque légume suit sa courbe propre. Pour moi, il y a un parallèle évident à faire avec la nature humaine. Dans notre société, la performance et l’aspect lisse et parfait des choses prennent beaucoup de place, alors que ce qui rend la vie intéressante, c’est justement la richesse de toutes nos marques, de tout ce qu’on porte. Et tous, on est changeants et éphémères, parce qu’on est mortels. Il y a plusieurs niveaux de lecture dans ce que je propose. »

Sur le mur voisin, la transformation et les métamorphoses prennent une autre dimension et mettent en lumière la valeur du compost.  

« J’ai pensé à des natures mortes en bâtissant cette série. J’avais envie de m’intéresser à ce qu’on considère comme des déchets, à ce qui était auparavant jeté, mais qui trouve une seconde vie à travers le compost. »

À côté, de petits terrariums en verre suspendus abritent des matières végétales à différents stades de décomposition. L’installation permettra de voir la matière éphémère et vivante changer au fil de l’exposition.  

Jouer avec les perceptions

« La perception des choses est très importante dans notre démarche à tous les deux, remarque Bernard Bourbonnais. Un état qui peut être répulsif à première vue, par exemple un aliment en décomposition, peut aussi receler de la beauté si on s’attarde aux détails. On voit alors la transformation, le passage d’un état à un autre qui peut alimenter notre réflexion sur des questions autres. La mort, on la voit négativement parce que nos émotions sont en jeu, mais sur le plan de la nature, c’est seulement un état de transformation qui transmet la vie d’une autre façon. » 

Une zone interactive fait également partie du parcours, tout comme une autre où les deux artistes ont créé ensemble diverses œuvres à partir de matières organiques qu’ils avaient chacun dans leurs cartons. Des ateliers créatifs seront offerts aux écoliers des classes qui visiteront la Maison, de sorte que cette portion de l’exposition prendra du coffre au fil des semaines.

Vous voulez y aller?

Vernissage de l’exposition Éphémérités

Dimanche 3 février, 14 h

Maison des arts et de la culture de Brompton

Entrée gratuite