En attendant de prêter ses traits à l'écrivaine Gabrielle Roy dans la pièce La détresse et l'enchantement (au Théâtre du Nouveau Monde, dès février 2018), Marie-Thérèse Fortin plonge dans l'univers de Pauline Julien et de Gérald Godin, le temps d'un spectacle (Ils ne demandaient qu'à brûler) monté tout spécialement pour la soirée d'ouverture des 15es Correspondances d'Eastman, jeudi. Elle sera sur scène avec Christian Vézina et le pianiste Yves Léveillé.

Entre poétique et politique

On le sait, Pauline Julien et Gérald Godin ont partagé leur vie pendant 30 ans. Les amoureux avaient la verve poétique affûtée et l'engagement politique bien ancré. Épris des mots, ces deux grands ont laissé un riche héritage culturel. Des poèmes, des chansons, des textes qui portent et qui transportent. Des textes qui se font écho, aussi, dans le spectacle Ils ne demandaient qu'à brûler. Bâti tout spécialement pour les Correspondances d'Eastman et présenté lors de la soirée d'ouverturejeudi, l'assemblage d'oeuvres croisées est signé Marie-Thérèse Fortin et Christian Vézina. Yves Léveillé accompagne le duo au piano.
« On s'est donné des balises, on a essayé de tisser des ponts entre les chansons de Pauline Julien et les écrits de Godin, de faire entendre la voix de l'un et l'autre à travers leurs oeuvres », résume Marie-Thérèse Fortin.
L'exercice scénique est donc une fenêtre sur le sentiment amoureux autant que sur l'espoir de mieux qui animait le couple sur le plan politique.
« On évoque leur relation et cette vision commune qu'ils avaient. Ils partageaient cet idéal pour le peuple québécois qu'ils ont décliné de toutes sortes de façons, elle en chantant, lui dans ses écrits et dans son engagement comme ministre au Parti québécois. Christian Vézina a fait un choix à partir des poèmes qui, pour lui, étaient plus marquants et significatifs, autant en ce qui a trait au Québec d'alors qu'en ce qui concerne l'amour. Parce que c'est toujours très proche dans l'oeuvre, il n'y a pas tant de séparation entre le politique et le privé pour Gérald Godin.»
« Et pour Pauline Julien, c'est un peu la même chose. Elle a été ''la Passionaria du Québec'', elle a chanté les plus grands compositeurs, elle a aussi interprété des oeuvres qui parlaient de certaines réalités qui, pour elle, pouvaient faire avancer le Québec. Je pense à sa collaboration avec Anne Sylvestre pour ce qui était du féminisme, par exemple. »
C'est sans compter les mots de tous ces autres auteurs qu'elle a chantés. Clémence Desrochers, Réjean Ducharme, Jacques Ferron, entre autres.
« Christian et moi, on avait aussi
ce souci de faire connaître des oeuvres importantes et de ramener des chansons que les gens connaissent un peu. Nos juxtapositions sont complètement arbitraires, guidées par ce qui, pour nous, se faisait écho. Ça donne un bouquet très impressionniste de ce qu'ont été ces deux personnes-là dans l'histoire du Québec. Et dans la littérature, bien sûr. »
Actuel étranger
Ce retour en arrière n'est pas, pour autant, que bouffée de nostalgie. Au contraire.
« C'est ce qui est si troublant. Et magnifique. Certaines oeuvres sont encore formidables de pertinence. Je pense à L'étranger, notamment, qui parle d'immigration et de combat contre le racisme. Elle est tristement actuelle, on est dedans, c'est terrible. Elle me touche d'une façon particulière. Quand je la chante, je ne suis pas animée par les mêmes motifs qui ont pu provoquer l'écriture de cette chanson-là, mais par quelque chose qui est absolument actuel, et qui est insupportable. On réalise que les oeuvres ont été écrites pour certains motifs, à un certain moment dans l'histoire, et elles redeviennent pertinentes parce que, dans la marche du monde, il y a des choses qui ne sont toujours pas réglées. Mais la poésie est là pour les nommer avec sensibilité et beauté, de façon universelle et intemporelle.»
« Cet aspect-là a aussi teinté nos choix. On a opté pour des textes qui encore aujourd'hui résonnent et nous forcent à nous rappeler que certaines choses restent encore à faire et que d'autres sont à protéger. »
Il y a des moments tendres, d'autres plus ludiques, mais du début à la fin, il y a une constante : ce sont les mots qui sont à l'avant-plan.
« On a voulu un procédé très simple. C'est comme si on faisait une petite soirée commémorative, d'une certaine façon, avec des textes qui nous touchent ou qui nous parlent particulièrement. C'est vraiment un spectacle autour des oeuvres, pour faire entendre la parole de ces deux êtres-là. »
Vous voulez y aller
Ils ne demandaient qu'à brûler
Jeudi 10 août, 20 h
Cabaret Eastman
Entrée : 33 $