Emilie Richard se dit ravie d’avoir pu donner une seconde vie à ses clichés sur les drag queens sherbrookoises.

Emilie Richard, entre photo et journalisme

Celle qui travaille pour Radio-Canada depuis neuf ans s’était d’abord lancée dans la photographie pour le plaisir, il y a une dizaine d’années. Son congé de maternité lui a par la suite donné le temps et l’inspiration pour se consacrer plus activement à ce loisir, ce qui la mène à présenter sa première exposition aux Correspondances d’Eastman, en 2015.

« Mes patrons étaient venus voir l’exposition, et je pense qu’à partir de ce moment-là, ils se sont dit : "Ok, elle est capable de prendre des photos." Parce qu’à l’occasion, ça arrive qu’ils me confient des sujets où il y a de belles photos à prendre, style photoreportage », rapporte Emilie Richard, en mentionnant par exemple la série de clichés prise lors du passage de Clémence DesRochers au Théâtre Granada ou encore pour la campagne Au cœur de la vie au profit de la Fondation du CHUS.

Toutefois, ces affectations restent assez rares, puisqu’elle est avant tout employée en tant que journaliste et que de trop nombreux sauts derrière l’objectif ébranleraient les effectifs — bien que, précise-t-elle, les besoins en photos suivent la croissance en importance du Web et qu’il arrive de plus en plus que les journalistes prennent des photos de temps à autre.

« Si je peux le faire le plus souvent possible dans le contexte de mon travail, ben tant mieux! Parce qu’au quotidien, je manque un peu de temps, avec la petite, l’école, la routine et tout ça... » confie la photographe dilettante.

Saisir le moment

Avec un peu d’initiative, elle arrive néanmoins parfois à créer l’occasion, comme ce fut le cas avec sa série sur les drag queens : « Pour celui-là, je me suis peut-être un peu imposée, quand même », rigole la journaliste, en expliquant qu’elle était si intéressée par ce sujet sur lequel se penchait sa collègue, Fanny Lachance-Paquette, qu’elle a demandé à ses patrons s’il était possible d’accommoder son horaire pour y intégrer cette affectation — faveur qu’ils ont acceptée.

Se coller les sourcils avec de la colle en bâton : telle est une des étapes des métamorphoses des drag queens, qu’Emilie Richard a immortalisée.

« Je savais qu’il y avait un potentiel de fou! Et je ne le regrette pas, ça a vraiment été une de mes belles soirées de reportage sur le terrain et ils ont vraiment été généreux », se souvient Emilie Richard.

Le but des deux journalistes était de ne pas se limiter aux flamboyantes paillettes et plumes sur scène, mais de plutôt d’en explorer les dessous et la préparation.

« Eux ont accepté de nous montrer leur intimité pour promouvoir l’acceptabilité de la diversité, comme ils la décrivent — et de pouvoir contribuer à ça, je trouvais ça important... Et je leur avais demandé s’il y avait des choses qu’ils ne voulaient pas qu’on montre et ils nous ont répondu : "Non, pas du tout." Donc pour moi, c’était un terrain de jeu extraordinaire! », ajoute-t-elle.

Durant les six heures que prenaient les colorés artistes pour se préparer, elle a par exemple été témoin d’un moment cocasse où Marc, l’une des drag queens, avait du mal avec son maquillage puisqu’il était encore plutôt nouveau dans cette pratique.

« Une des étapes, c’est de se coller les sourcils avec de la colle en bâton! Quand je l’ai vu sortir ça, je me suis dit : "Ben non, ça ne se peut pas! Méchante job!" Et le but, c’est d’en mettre plusieurs couches pour que les sourcils collent et ne paraissent plus. Puis ils se maquillent par dessus. Marc avait besoin d’aide parce que ça ne fonctionnait pas, alors son ami l’a aidé. Et dans cette photo-là, il se laissait vraiment faire et on voit vraiment l’abandon dans son visage, ça m’a marqué! »

L’exposition Nos histoires d’un océan à l’autre et les autres activités World Press Photo seront présentées au Marché Bonsecours du Vieux-Montréal du 28 août au 29 septembre, de 10 h à 22 h tous les jours, sauf les jeudis, vendredis et samedis, où la fermeture est plutôt à minuit.