Émilie Bibeau

Émilie Bibeau: les livres comme un refuge

Les livres ont toujours occupé une place de choix dans le quotidien d’Émilie Bibeau.

« Je trouve un grand refuge dans les mots. Mon père enseignait la littérature au Cégep de Limoilou. À la maison, on avait une grande bibliothèque bien remplie. La littérature, et la culture en général, ça faisait partie de notre vie de famille. J’ai baigné là-dedans dès l’enfance et j’ai étudié en littérature au cégep avant d’entrer au Conservatoire d’art dramatique », explique la comédienne, qui caressait depuis un temps déjà l’envie d’écrire elle-même. 

« Il y a un côté de moi qui souhaitait prendre la plume, mais je sentais que je devais vivre un peu, avant. »

Elle a finalement amorcé la rédaction de ses Chroniques d’un cœur vintage pour le micro de l’émission radiophonique Plus on est de fous, plus on lit. Chaleureusement accueillis, ses textes ont ensuite servi de canevas à la pièce de théâtre du même nom qui a été présentée l’an dernier à La Licorne et qui est au programme des Correspondances, vendredi soir. Dans une mise en scène signée Sophie Cadieux, Émilie Bibeau porte elle-même le texte sur planches. Femme de théâtre, elle a souvent fait siens les mots des autres. Ce projet, c’était autre chose. Un beau plongeon, oui. Mais un grand défi, aussi, qui venait avec sa part de stress. 

« Ça m’a demandé beaucoup de courage parce que même s’il y a des choses inventées, je me révèle beaucoup. Se mettre au service du texte de quelqu’un d’autre, ça ne nous engage pas de la même façon que lorsqu’on a soi-même signé la pièce. Et même si j’avais déjà lu certains passages à la radio, ce n’était pas le même contexte. En studio, on est dans un petit cocon. On n’a pas la réaction live du public. » 

Les inquiétudes ont fondu au fil des représentations. L’accueil des spectateurs a été heureux; la pièce a été chaudement applaudie et saluée. 

Des mots qui s’impriment

« Je suis contente de reprendre ce spectacle très intime dans un contexte aussi enchanteur que les Correspondances. La pièce, c’est comme un petit objet précieux pour moi. C’est vraiment inspiré de mon vécu, mais à travers ce texte très personnel et authentique, je parle de l’expérience humaine qu’on traverse tous. Je cite les phrases d’auteurs qui m’ont marquée, des mots prononcés par mes amis autant que des passages forts de livres que j’ai lus ou de chansons que j’ai entendues. À travers tout ça, il y a beaucoup d’autodérision. Je pourrais résumer en disant que ce sont les tribulations d’une jeune femme qui réfléchit à ce qu’elle vit, qui observe son parcours et son entourage avec beaucoup d’autodérision. En y repensant bien, c’est un spectacle qui traite aussi beaucoup de solitude, finalement. Je trouve qu’on n’en parle pas assez. Parce que l’être humain est grégaire, mais très seul, en même temps. J’aime explorer ces moments-là où on se retrouve seuls avec nous-mêmes. Cela dit, je le fais sans lourdeur, avec humour. »

L’image du « cœur vintage » est évocatrice. 

« C’est ce qui m’est venu lorsque je cherchais un titre. Ça évoque cette idée de quelqu’un qui se sent en décalage avec son époque, mais ce n’est ni une glorification du passé ni une condamnation du présent. Ça réfère plutôt à la vision romantique d’un cœur qui aspire à de l’engagement, à de la loyauté. C’était une façon de parler d’une certaine nostalgie. » 

Plusieurs phrases ont nourri sa démarche créative, mais l’une d’elles a été une balise, un fil conducteur. 

« Albert Jacquard a dit : ‘‘Je suis les liens que je tisse aux autres’’. Lorsque j’ai entendu ça, j’ai été marquée. Je crois profondément à ça. Les autres, c’est notre entourage, notre famille, nos amis, nos collègues, tous ces liens qu’on crée et qu’on entretient. »

La pièce sera publiée en version papier l’an prochain. Et le goût d’écrire encore est là, bien ancré.  

« J’avoue que je ne sais toutefois pas quelle forme ça prendra. Un scénario? Des petits textes? Ce n’est pas clair, mais le désir est là. Parce que l’écriture n’est pas mon premier métier, j’ai l’impression que pour moi, il faut que ça vienne de façon organique », dit celle qui jouera dans la pièce Les trois sœurs, de Tchekhov, au TNM, en 2020.

On la verra aussi dans Vinland, le prochain film de Benoit Pilon. « Ça se passe dans les années 50, à Charlevoix. Un enseignant du collège du coin, interprété par Sébastien Ricard, amorce des fouilles archéologiques avec ses élèves pour trouver des vestiges de l’époque des Vikings. C’est une très, très belle histoire. Ces dernières années, on a beaucoup entendu parler des abus commis par des religieux. Là, ce n’est pas ça. Benoit Pilon a mis en lumière autre chose, le travail des curés qui agissaient avec bienveillance. »

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Vous voulez y aller?

Chroniques d’un cœur vintage

Cabaret Eastman

Vendredi 9 août, 20 h

Entrée : 33 $