Émile Gaudreault avec l'équipe d'acteurs de Père-fils thérapie. Première rangée : Jacques Gamblin, Waly Dia, Richard Berry et Baptiste Lorber. Deuxième rangée : Rachid Badouri, Manuel Tadros, Émile Gaudreault, Charles-Alexandre Dubé et Patrice Coquereau. Troisième rangée : Damien Jouillerot, Julie Ferrier et Marc Bodnar.

Émile Gaudreault : remanier son remake

Même si De père en flic a été l'un des plus grands succès de notre cinéma (10,5 millions $ de recettes, ce qui en fait le deuxième film québécois le plus lucratif, tout juste derrière Bon cop bad cop), il avait été décidé dès le départ que l'adaptation française Père-fils thérapie, qu'Émile Gaudreault a aussi réalisée, serait lancée sur les écrans québécois. En dépit des 1,2 million de Québécois qui ont déjà vu l'original en salle, à sa sortie en 2009, et connaissent certains coups de théâtre.
« On ne s'attend évidemment pas au même succès. Dans le fond, on le sort ici de la même façon qu'on le ferait pour un film français », explique Émile Gaudreault en vue de l'arrivée de la comédie chez nous le 6 janvier. « Mais jusqu'à maintenant, les gens qui l'ont vu ici nous disent qu'ils oublient vite le premier. Ils sont déstabilisés pendant les cinq premières minutes, mais c'est tellement différent et dépaysant qu'ils embarquent. »
De père en flic, on s'en souviendra peut-être, devait d'abord être adapté pour les États-Unis. « Kathleen Kennedy, qui était chez Sony à l'époque, avait acheté les droits et la boîte avait essayé de développer un scénario, mais le résultat n'était pas très heureux. Le scénariste américain n'a pas compris l'essence du film. Lorsque Kathleen est partie diriger Lucas Films, elle a eu la gentillesse de nous appeler pour savoir si nous voulions récupérer les droits, car le projet était pas mal sur la glace. »
Au même moment, Édouard de Vésinne d'Incognita Films contactait Denise Robert de Cinémaginaire pour une coproduction. Étant donné l'expérience américaine moins heureuse, Émile Gaudreault a eu envie de s'engager davantage dans Père-fils thérapie, qu'il a non seulement réalisé, mais aussi coproduit, en plus de participer à l'adaptation du scénario.
« J'avais également en mémoire Louis 19, que j'avais coscénarisé et qui a aussi été refait pour le marché américain [EDTV, avec Matthew McConaughey], mais j'avais déjà trouvé à l'époque qu'on était passé à côté. On avait ajouté des choses qui n'allaient pas dans la bonne direction. De père en flic avait été présenté en France et dans des festivals aux États-Unis et je savais ce qu'il y avait d'universel dedans », explique le cinéaste.
Ne pas refaire le même film
Paru le 28 décembre en France, Père-fils thérapie conserve 90 pour cent du scénario de base. Un père et un fils policiers (Richard Berry et Waly Dia), s'entendant comme chien et chat, se retrouvent dans la même mission : participer à un stage de réconciliation père-fils en pleine nature avec d'autres tandems semblables. Parmi eux, l'avocat d'un gangster notoire et son fils toxicomane (Jacques Gamblin et Baptiste Lorber). Objectif : faire craquer l'avocat pour qu'il trahisse son client, lequel détient un policier en otage. Mais de douteux accidents laissent croire que des tueurs ont aussi infiltré le groupe.
Certaines différences ont été apportées par les coscénaristes français (Philippe de Chauveron et Guy Laurent, qui ont signé Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?), mais d'autres sont venues d'Émile Gaudreault lui-même.
« Je ne souhaitais pas refaire le film tel quel. Philippe et Guy étaient d'ailleurs surpris de tout ce que je leur proposais de changer, d'ajouter ou de pousser plus loin. J'avais trop souvent vu la version originale avec public : je savais ce qu'il fallait retravailler. »
Le début du film a donc été condensé et le spectateur se retrouve beaucoup plus rapidement dans le groupe de thérapie. Un atelier d'extériorisation par la danse a été ajouté. Émile Gaudreault avoue s'être senti également plus en confiance pour donner plus d'« élégance » à sa réalisation, alors que De père en flic avait été une grande somme d'apprentissages.
Par contre, ce sont les Français qui ont suggéré que le psychologue joué par Robin Aubert soit remplacé par une femme, en l'occurrence l'humoriste Julie Ferrier.
« L'envie de mettre une touche plus féminine à cet univers masculin est venue assez vite du côté français. Je n'étais pas convaincu au départ, j'avais peur que ça brise quelque chose. Quand j'ai vu Julie, j'ai eu l'impression de rencontrer la Marie-Lise Pilote française. C'est une grande comique. J'ai tout de suite su qu'elle allait être bonne. »
Exotique même pour les français
Quelques acteurs québécois ont intégré la distribution française, soit Yves Jacques, Rachid Badouri, Manuel Tadros, Charles-Alexandre Dubé et Patrice Coquereau, ce dernier reprenant le même rôle de père mollasse que dans De père en flic. Composée d'un tiers de Québécois et de deux tiers de Français, l'équipe de tournage n'a vécu qu'un petit « clash » culturel au début, rapporte Émile Gaudreault.
« En fait, c'est surtout l'équipe française qui s'est adaptée à notre façon de travailler, étant donné que le réalisateur et le directeur photo [Ronald Plante], de gros morceaux sur un plateau, étaient Québécois. J'avais quelques craintes au départ, car il y a eu des ajustements difficiles mais normaux au moment de la préproduction. Nous avons simplement des façons différentes de penser. »
« Ce que les Français disent avoir apprécié, c'est notre approche beaucoup plus directe. On n'est que dans le travail. Il n'y a pas de jeu de pouvoir ni de hiérarchie. Ce n'est pas parce que tu as un job qui a moins de responsabilités que moi qu'on ne peut pas se parler. Le fait que tout le monde soit égal et respecté sur le plateau et qu'on demande l'avis de chacun était extrêmement rafraîchissant et stimulant pour eux. »
Il faut dire que les gorges du Verdon, où se déroule la thérapie, étaient un lieu de tournage assez exceptionnel et avaient un effet positif sur tout le monde. « Les Français ne connaissent pas cet endroit tant que ça. Aucun membre de l'équipe française n'y était déjà venu. Pour eux aussi, c'était exotique. »